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Les éditions de minuit2012 pages
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Avis de Alexandre : "La géographie est une chose trop grave pour être confiée à des romanciers, la carte du tendre exclue"

 « Anthime s’est vu affecté dans la 11e  escouade de la 10e compagnie, appartenant dans un ordre croissant au 93e régiment d’infanterie, 42e brigade, 21e division d’infanterie et 11e corps d’armée de la 5e armée ». L’auteur semblant aimer jouer avec les nombres, comme la citation qui précède le montre, je l’ai suivi dans cette voie. 1 comme l’unique femme réellement présente dans ce livre,  2 comme le couple qui se forme à la fin du récit, 5 comme le nombre de soldats dont on suit les péripéties au front, 14 comme l’année de déclaration de la Grande Guerre et du début de l’action, 15 comme le nombre de jours où on allait terminer cette guerre et comme le nombre de romans que l’auteur a écrit à ce jour, 18 comme l’année de la fin de la guerre et du roman, 44 pour le département appelé en 1914 la Loire-Inférieure (préfecture Nantes), 60 comme le nombre de minutes pour lire ce livre, 65 comme le 65e RI où le personnage principal aurait dû être mobilisé (cantonnement à Nantes), 72 pour l’âge de Clemenceau à la déclaration de la guerre (puisqu’il est si souvent question de Vendéens), 85 pour le département de la Vendée, 93 comme le 93e RI où sert le personnage principal, 87 pour le nombre de départements métropolitains en 1914, 124 pour le nombre de pages et 2 100 comme la distance en kilomètres qui sépare Sarajevo de Nantes où vivent les protagonistes en juillet 1914.

Revenons à nos  93e RI  et 65e RI, l’action bien que non précisée se déroule à Nantes (mention de la place Royale, de la rue Crébillon, des bords de Loire) or les cinq personnages principaux se retrouvent mobilisés dans le régiment de la ville où ils habitent. Or Jean Echenoz donne là le 93e RI qui a sa caserne à La Roche-sur-Yon. En fait ici Nantes semble la capitale de la Vendée et de plus l’auteur n’arrête pas de nous parler de Vendéens et jamais de Bretons ; je précise qu’elle ne l’est même pas de la Vendée militaire, Mauléon ayant ses lettres de noblesse pour cela et Cholet étant décidé à jouer en la matière le rôle de prétendante attitrée. On se dit que même s’il a eu son bisaïeul Georges Echenoz ingénieur des Eaux à Nantes, Jean Echenoz a une vision de la géographie d’un Parisien lambda.    

Vous me direz qu’en France on associe la géographie à l’histoire et en effet il se rattrape en histoire au point de nous mettre pratiquement toutes les images associées à la Première Guerre mondiale, je vous les laisse découvrir. On peut retenir en priorité : «  La situation est simple, on est coincés : les ennemis devant vous, les rats et les poux avec vous et, derrière vous, les gendarmes ». Il affirme : « je me suis rendu compte que je ne connaissais, à vrai dire, pas tant de choses sur la Grande Guerre » dans un interview à L’Express publié le 08 octobre 2012 sur le site de l’Express dans la rubrique livre de l’ensemble culture. Il venait à ce moment de trouver les carnets d'un poilu de la famille de sa compagne, qui avait fait toute la Grande Guerre. Jean Echenoz ajoute qu’à la place d’un récit guerrier qu’il attendait il a découvert que «  cet homme racontait la vie quotidienne, parlait du vent, de la pluie, de la neige, de la chaleur étouffante, de l'ennui ».

Jean Echenoz livre là toutefois un récit globalement fort émouvant avec en arrière-plan un amour qui met beaucoup de temps à s’exprimer ; il renseigne sur nombre d’aspects matériels qui aident à rentrer dans l’univers de cette courte mais sanglante période. Son héros est un poilu qui est réformé par une "bonne blessure " (on disait plutôt "fine blessure"). Redevenu civil et sous-directeur d’une usine de chaussures, il ne proteste pas lorsqu’il voit son patron fabriquer pour l’armée des brodequins en trichant sur leur qualité. « Ces brodequins (…) prenant l’eau et se mettant à bâiller très vite, ne tenaient pas deux semaines dans la boue du front ». Ce roman reste une belle propédeutique pour donner à des lecteurs l’envie d’en savoir plus sur un des nombreux aspects de cette guerre telle qu’elle a été vécue au front ou dans un arrière qui ne connaît aucun risque de bombardements. 

 

 

Alexandre

Note globale :

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