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Silas Corey , Le réseau Aquila 1/2

Silas Corey , Le réseau Aquila 1/2
Glénat64 pages
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Avis de Alexandre : "Au service d’un Clemenceau contre une paix blanche et les noirs dessins de l’espionnage allemand."

S’il est vrai qu’au printemps 1917 des perspectives de paix dite « blanche » se dessinent avec l’appui de Joseph Caillaux, elles sont bien timides côté français et la stature politique d’alors de Joseph Caillaux ne permet pas qu’elles soient concluantes. Ces contacts succèdent à la tentative plus sérieuse menée par le président du conseil Aristide Briand en janvier 1917 par l’intermédiaire de Belges. Toutefois à sa chute en mars 1917, ce dernier tient au courant Poincaré et Ribot son successeur ; devant l’hostilité du président de la République et du président de conseil, A. Briand ne poursuit pas ses contacts. Comme ces trois personnages le comprennent seul le petit territoire alsacien de Thann, qu’avait repris à l’été 1914 l’armée française, était possible de voir revenir à la France.

Il est fort surprenant de voir consacré une pleine page pour porter un des éléments centraux de l’intrigue, à savoir une vision diamétralement opposée de la conduite de la guerre entre Caillaux et Clemenceau, en portant trois erreurs historiques. Premièrement dire que « Clemenceau n’a plus qu’un siège de député et un journal » est d’abord confondre député et sénateur, deuxièmement c’est ignorer qu’en tant que président de la commission des Affaires étrangères et de l’armée du Sénat il est le parlementaire le plus influent sur les questions militaires (ses visites au front sont régulières dès 1915). Deuxièmement Caillaux n’est pas président du conseil et n’est même plus ministre depuis mars 1914. Troisième problème le président du conseil Alexandre Ribot a fait échouer un début de discussions entre Briand et les Allemands, via les Belges. On démarre un scénario avec l’idée farfelue que celui qu’on appellerait aujourd’hui le premier ministre français d’alors, mène individuellement des négociations avec l’Allemagne (un compte-rendu en est fait en écrivant au dos des timbres de courrier en direction de la Suisse). Cette idée assez incongrue est complétée par une autre, les mutineries sur le front sont dues au fait que des agents allemands ont introduit des «charançons» (et non «charençons», comme cela est orthographié page 44) dans la farine à destination du front. Les poilus se sont révoltés contre la nourriture servie …

Le héros est un ancien reporter à « l’Humanité » avant août 1914 ; c’est peu vraisemblable vus ses propos et son style de vie à la Arsène Lupin (on aurait mieux fait de parler de collaborateur soit au « Temps » soit au « Libertaire« ). Il est devenu détective (après avoir été réformé pour graves blessures), et lutte contre les agents allemands vivant à Paris sous la direction d’Aquila (nom bien proche de celui d’Attila). On se demande à quel lectorat s’adresse cette BD. Les allusions historiques nombreuses : Marthe Richard « des maisons closes » authentique espionne française, le capitaine Ladoux ici appelé colonel Ledoux, la veuve Zarkoff (complètement fictive, elle est là pour rappeler la puissance du marchand d’armes Basil Zaharoff décédé d’ailleurs en 1936). Cela fait que ce récit devrait plaire aux fans de la BD historique, mais ces derniers risquent d’être déçus de devoir pointer des invraisemblances. Les amateurs de BD d’aventures risquent de trouver la dimension historique bien complexe. Tous apprécieront au moins le comique de certaines situations croquées ou dessinées comme ici : « – Actuellement sans emploi… – Faux. Je suis détective. – L’agence Corey a été fermée après qu’un de vos clients vous a retrouvé au lit avec sa femme. – Mon client souhaitait prouver l’adultère… c’est ce que j’ai fait ».

Alexandre

Note globale :

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