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Histoire des chrétiennes : 1, Des origines évangéliques au siècle des sorcières

Histoire des chrétiennes : 1, Des origines évangéliques au siècle des sorcières
Tallandier 812 pages
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Avis de Ernest : "Si derrière toute barbe il y avait de la sagesse, les chèvres seraient toutes prophètes."

Il s’agit de la réédition de l’ouvrage sorti sous le titre d’Histoire des chrétiennes, l'autre moitié de l'Évangile, chez Bayard en 2008. De nombreuses informations ponctuelles fort intéressantes sont distillées ainsi peut-on lire que :

«  À son évènement, en 41, l’empereur Claude avait confirmé les privilèges de la religion juive, mais interdit qu’elle devint prosélyte. » (page 11)

Le premier chapitre s’attache à montrer que dans la religion romaine et la religion grecque la femme est généralement exclue des hommages aux dieux, sauf s’il s’agir de déesses. Dans ce dernier cas, les prêtres se déguisent en femme lors du culte et les femmes doivent se voiler. L’auteure poursuit en présentant les grandes figures féminines de l’Ancien testament.

Le second chapitre s’intéresse à la place fort réduite que les apôtres Pierre et Paul entendent réserver aux femmes dans la nouvelle religion. Le troisième chapitre a pour sous-titre l’idée que les Évangiles ont un contenu libérateur dont s’emparent les chrétiennes, cette idée est également développée dans les chapitres suivants. Les deux-cents-cinquante premières pages sont consacrées à des relectures  successives des Évangiles puis les trois-cents-cinquante autres pages à l’évolution de la condition des chrétiennes (cloitrées ou on) jusqu’au seizième siècle. Sont alors mis en exergue des figures collectives comme les béguines ou individuelles comme Sainte Radegonde (belle-fille de Clovis) et Hildegarde de Bingen.

On est heureusement surpris de voir apparaître des questions inattendues, vues d’un angle particulièrement libérateur comme le divorce d’Aliénor d’Aquitaine. En effet, malgré la narration qu'en feront les chroniqueurs du roi de France, on ne peut affirmer que Louis VII ait choisi de répudier son épouse. C'est la première fois qu'une reine demande elle-même – et obtient – l'annulation de son mariage. Est-il pourtant bien pertinent d’écrire, sinon en forçant très profondément le trait :

« (Aliénor) trouve dans l’archevêque de Sens un allié complaisant pour répudier purement et simplement le roi de France. »    (page 466)

L’auteure entend montrer que l’interaction entre le Christ et les femmes est à distinguer de l’interaction entre le Christ et l’Église, cette dernière étant constamment dans les mains des hommes. Le discours s’attache à montrer pourquoi les femmes furent attirées par le message de l’Évangile et combien l’instauration du célibat des prêtres permit de retrouver certaines pensées de saint Augustin (pour qui la femme descendant d’Ève est porteuse du mal) et un discours aristocélien assez misogyne. Il est fort intéressant de voir que le dernier chapitre, autour de l’apparition de la Réforme (qualifiée ici d’affaire d’hommes),  s’intitule "Libérées du papisme, piégées par l’étatisme".

Au regard de ce passé on se demande si aujourd’hui l’Église catholique en interdisant plus longtemps aux femmes d’accéder au sacerdoce presbytéral ne va pas rater le renouvellement de ses fidèles féminines en son sein ? Les alternatives pour les chrétiennes de vivre leur foi en dehors du catholicisme sont nombreuses et au moins en surface (quand ce n’est pas en profondeur) la place donnée aux femmes est largement plus attrayante dans l’univers réellement chrétien non assujetti à Rome (éliminons de prime abord ceux qui dévoient totalement le message comme les Témoins de Jéhovah ou les Mormons).

Pour connaisseurs Aucune illustration

Ernest

Note globale :

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