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Hommes et patrimoines en guerre: L’heure du choix (1914-1918)

Hommes et patrimoines en guerre: L’heure du choix (1914-1918)
Éditions universitaires de Dijon 294 pages
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Avis de Alexandre : "Des opinions tranchées"

Les archéologues et historiens de l’art ne participèrent pas seulement à la mobilisation idéologique des savants qui visait à dénoncer les actions de l’ennemi et réfuter les crimes et destructions imputées à sa propre nation.

L’historien de l’art rhénan Paul Clemen a laissé une collection de 10 000 clichés de bâtiments historiques de la Belgique  et un nombre imprécis pour les régions françaises occupées par l’armée allemande ; on peut d’ailleurs le voir posant devant les décombres de l’église de Varennes-en-Argonne (le village où on arrêta Louis XVI).  D’autres historiens de l’art agirent à ses côtés dans le même souci de garder des traces photographiques d’édifices susceptibles ou non d’être détruits, on nous évoque ici Heribert Reiners et Julius Baum.

Les archéologues italiens, qu’ils soient sensibles aux thèses futuristes ou nostalgiques de Rome, furent partisans de la poursuite du conflit et certains se proposèrent de réfléchir comment protéger le patrimoine architectural et en particulier celui de la ville de Venise pas si éloignée que cela de la frontière puis du front après la défaite de Caporetto. Le destin de plusieurs, durant la Grande Guerre et le fascisme, est évoqué ici.

Les archéologues et préhistoriens espagnols, selon qu’ils aient ou non des sympathies pour l’autonomisme catalan, ne réagissent pas de la même façon face au conflit ; certains unitaires ne cachent pas leur sympathie pour l’Allemagne qui est pour eux un modèle en matière de modernité de la recherche et de l’organisation tant de l’armée que de l’État. Ces quatre interventions appartiennent à l’ensemble intitulé "Choisir son camp : regards croisés des archéologues et historiens de l’art européens".

La seconde division a pour chapeau "Enseigner et éditer : parler du passé au temps présent depuis l’arrière". Un texte montre en particulier comment en restant vivante la recherche française participe à l’effort patriotique national, comment l’histoire antique (dont les invasions barbares) est parfois instrumentalisée dans un objectif patriotique et que l’arrivée de troupes françaises sur des terrains comme les Balkans ou la Palestine se traduit par une récolte d’objets qui sont étudiés par des savants.   Le texte suivant a pour titre "Camille Julian et l’Allemagne au fil des temps", Camille Julian pose la question des frontières à donner à l’Allemagne et devant l’impossibilité actuelle de faire de la Rhénanie une région française (comme sous le Premier Empire) il argumente pour une division de l’Empire germanique.

Une contribution signale que le Louvre fut fermé durant tout le conflit et s’intéresse au fonctionnement de l’École du Louvre entre 1914 et 1918 ; si le nombre de cours est sérieusement réduit, ceux restant sont parfois instrumentalisé pour la propagande tant à visée nationale qu’internationale. Un autre texte propose d’analyser la correspondance entretenue un membre de l’Académie des inscriptions et  belles-lettres et par ailleurs conservateur du musée de Saint-Germain-en-Laye dès 1902 (après avoir été conservateur adjoint et attaché de conservation là depuis 1885), à savoir Salomon Reinach avec historiens de l’art et archéologues français, il y est question de" science allemande caporalisée".  Un de ces correspondants est Franz Cumont qui s’intéresse durant le conflit à la romanisation de la province Belgique, à la paix romaine qui précédait les invasions germaniques  et à la Syrie romaine.          

La dernière partie n’est pas la moins intéressante puisqu’elle s’intéresse aux nouvelles pratiques et de nouveaux sujets d’étude. En Angleterre le contenu de l’histoire de l’art va évoluer du fait de la guerre. La civilisation hittite, objet de polémiques entre les deux camps pour l’attribution de certaines découvertes, voit son étude approfondie. Pour les musées italiens, comme pour le patrimoine architectural, se pose des questions de préservation en cas de bombardement d’artillerie ou d’aviation. Enfin l’archéologie russe en Asie centrale rentre dans un cycle de perturbation qui, si elles perturbent très sérieusement les fouilles, n’empêchent pas la persistance de publications dont les idées forces sont analysées. Notons que cet article permet de rappeler qu’en 1916  éclate une révolte, au Turkestan russe, due au refus d’une conscription accrue et aux réquisitions. Saluons l’importante iconographie variée contenue dans cet ouvrage.

Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations

Alexandre

Note globale :

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