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Pour en finir avec le Moyen Age

Pour en finir avec le Moyen Age
Seuil158 pages
1 critique de lecteur

Avis de Grégoire : "Vive le moyen âge !"

Ecrit en 1979, ce livre est un cri du coeur de la part de Régine Pernoud, qui ne supporte plus d'entendre parler du moyen-âge comme une époque d'ignorants ou d'arriérés.

Elle donne d'abord quelques exemples de merveilles datant du moyen-âge : architecturales (Notre-Dame de Paris, l'abbaye de Fontevrault, le Mont St Michel, tout l'art roman ...), littéraires (poésie courtoise, invention du roman, Tristan et Yseult). Elle rappelle que nous devons à cette grande époque historique des inventions aussi diverses que nos notes de musique ou nos horloges mécaniques. Nombreuses sont les avancées dans tous les domaines à cette époque !

Mais la principale thèse de son livre est de montrer à quel point on se fait une image idyllique de la renaissance, au détriment du moyen-âge.
Régine Pernoud explique que la renaissance a imité l'antiquité (et encore, quasiment limitée au siècle de Périclès) dans tous les domaines, en particulier le droit, l'architecture, alors que le moyen-âge a été une époque d'innovations (tout en maintenant une grande connaissance des écrits antiques, comme le montre leur conservation et leur analyse - Pernoud évoque Isidore de Seville).
Le moyen-âge possède d'ailleurs lui aussi une époque de "renaissance" : la période carolingienne, qui pourtant souffre de la même image obscure que le reste du moyen-âge.

Notre société actuelle revient, sur plusieurs plans, à un système "du moyen-âge" : gestion décentralisée avec pouvoir accrue aux régions (d'actualité !), unité de l'Europe (cf. période carolingienne là encore). Sur de nombreux autres aspects, nous aurions beaucoup à apprendre aussi : coutumes, importance des communautés, terroir, activité culturelle en milieu rural (par l'intermédiaire du chateau et de sa cour (mot qui a donné courtois) mais aussi des monastères), droit d'asile. Les peuples soumis à Rome et devenant autonomes sont un équivalent à la décolonisation du XXe siècle. Temps de paix : savons-nous que Paris n'a subit aucun siège entre les invasions normandes de 885 et Etienne Marcel ?

L'esclavage a disparu presque complètement au moyen-âge - pendant presque 1000 ans donc, notamment grâce à l'Eglise qui l'interdisait. Pour revenir plus fortement que jamais à la renaissance, qui, pour le coup, ne s'est pas privée de l'industrialiser et de piocher à nouveau dans l'antiquité une influence qu'on oublie souvent de mentionner.
Les serfs de l'époque médiévale, que l'on évoque souvent comme la pire condition qu'on puisse imaginer, avaient un sort autrement plus enviable que les esclaves de l'antiquité ou de la renaissance. Premièrement, ils étaient considérés comme humains. Ils possédaient presque leur terre (ils pouvaient en tout cas en profiter toute leur vie), n'étaient jamais expropriés puisque les terres n'étaient jamais vendues.

Vient ensuite un chapitre sur les femmes, qui sera plus développé dans le livre de Pernoud "la femme au moyen-âge". Quelques aspects dans le désordre qui montrent que la femme était mieux considérée au moyen-âge que dans les siècles qui l'ont suivi : Les reines avaient plus d'importance (elles étaient couronnées notamment) qu'elles n'en auront à la renaissance. L'Eglise a donné un grand rôle aux femmes : d'abord, elles sont "reconnues" pleinement par l'Eglise (baptême, communion). Ensuite, on peut évoquer les premières femmes Saintes (Agnès, Agathe, Cécile), le culte de la Vierge, certaines abbesses qui avaient un pouvoir administratif et une puissance parfois équivalente à celle d'un seigneur. Les religieuses étaient très instruites, notamment en matière de science religieuse. Fontevrault était un monastère double (un d'hommes et un de femmes) sous autorité commune d'une femme (la première abbesse, Pétronille de Chemillé, ayant 22 ans). Enfin, on pourrait bien sûr parler de Ste Geneviève ou Jeanne d'Arc.
Parallèlement, plusieurs documents ou actes notariés font preuves de votes de femmes dans des assemblées urbaines ou des communes rurales. Différents corps de métiers sont exercés par des hommes aussi bien que par des femmes.
A l'inverse, au XVIe siècle, avec la montée en puissance du droit romain, la femme est écartée de toute fonction dans l'état.

Chapitre sur l'Eglise : perçue comme arrogante et dictatoriale, alors qu'elle le sera, encore une fois, seulement à la renaissance. Les hôtel-Dieu sont un exemple de soins gratuits pour les pauvres dispensés au moyen-âge au nom de la foi.
Galilée a été emprisonné pour avoir dit que la terre tourne autour du soleil (on savait qu'elle était ronde depuis plusieurs siècles) en 1633, c'est à dire 100 ans après la naissance de Montaigne, et non au moyen-âge. De même, les fameux procès pour sorcellerie ont lieu à partir du XVe et XVIe siècle, et se répandent au XVIIe. Pernoud parle également de l'inquisition, et sans en cacher les atrocités, elle en explique le contexte et les erreurs que l'imaginaire collectif nous a mises en tête.

Pour finir, Régine Pernoud parle de l'Histoire en règle générale, et de son apprentissage. Pour elle, l'Histoire est la science des faits réels, concrets, et non pas un prétexte pour développer ou justifier des idées. D'où l'importance des dates qui sont des données historiques indépendantes de toute interprétation ou idéologie, et communes à tous.
Elle regrette également que notre culture ignore ces mille ans d'Histoire qu'on appelle Moyen-Age, que ce soit en histoire ou en littérature et dans bien d'autres domaines. Les medias relaient souvent des erreurs historiques, et les seules rectifications qui y sont faites (de même que les corrections de scénarios de films, de livres ...) sont cloisonnées dans des revues très spécialisées, réservées aux plus fins connaisseurs. "Le moyen âge est une matière privilégiée : on peut en dire ce qu'on veut avec la quasi certitude de n'être pas démenti."
Elle explique que notre connaissance de l'antiquité, y compris celle d'autres pays, est bien plus grande que notre connaissance du moyen-âge, duquel il reste tant à apprendre (en particulier, explique-t-elle, de l'analyse des enluminures qui constituent un trésor d'informations). Les étudiants ont du mal à trouver un sujet de thèse en antiquité tant tout a été étudié, alors qu'en moyen âge, les nombreux documents inexplorés et les kilomètres d'archives découragent trop souvent. S'ensuit une critique du monde universitaire : "pour la Sorbonne, entre Pluton et Descartes il n'y a rien".

Mon avis personnel sur ce livre : court, direct, franc, passionnant !
J'ai trouvé un peu étrange parfois de comparer le moyen-âge et la renaissance, l'un présenté comme "mieux" que l'autre, mais j'ai bien compris que c'était simplement en réaction aux images d’Épinal que l'on a tous plus ou moins du moyen âge, et qui illustrent en fait le seul XIVe siècle (guerres, épidémies, famines). Je ne saurais dire si le milieu universitaire a changé depuis que l'ouvrage a été écrit (il y a 35 ans), mais je sais que le moyen-âge bénéficie aujourd'hui d'un renouveau culturel qui bien qu'insuffisant, aurait probablement ravi Régine Pernoud. Il reste à explorer toujours plus ces dix siècles, et à y découvrir toutes les richesses que promettent déjà le peu que l'on en connaît !
coup de coeur ! idé cadeau

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Grégoire

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