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Le Pauvre Homme - Molière et l'affaire du Tartuffe

Le Pauvre Homme - Molière et l'affaire du Tartuffe
L'Harmattan269 pages
1 critique de lecteur

Avis de Georgia : "Le théâtre ? Une invention du Diable"

Fort de sa fortune personnelle et de sa position de prince du sang, le prince de Conti, cousin de Sa Majesté Louis XIV pensionne la troupe de théâtre inexpérimentée du jeune Molière. C'est une vie de bohème que mènent ces acteurs itinérants. Placarder les affiches, répéter la pièce, jouer, jouer encore et jouer toujours. De simples tréteaux font office de scène. Peu de moyens mais beaucoup de passion poussent les acteurs à continuer. La France profonde, vraie et misérable n'entend que les rires gras et les farces de Monsieur Poquelin. Pour l'heure, les recettes sont maigres comme les vaches qu'ils croisent sur le chemin.

La dévotion subite de monsieur le prince de Conti le pousse à rejeter ce théâtre qu'il subventionne et juge maintenant sacrilège. La pension est supprimée. La troupe n'a plus de bienfaiteur. Mais Jean-Baptiste aspire à bien autre chose quà se jeter dans les routes. Il ambitionne de créer des pièces qui aient un sens, dénoncer l'hypocrisie, l'avarice, et les faux dévots qui, sous couvert de religion, trompent leur monde. Car un vent nouveau s'est levé, celui de la Contre-Réforme.

Combattre le protestantisme est pour Louis XIV un devoir religieux. D'autant plus que la foi recule. Les plaisirs de la vie, la célébration de l'amour, la vie immédiate sur terre, prévalent dans les salons et montrent du doigt les directeurs de conscience qui s'en offusquent. Le Roi est tiraillé entre la raison d'état et son désir de se faire divertir par Molière qui se montre capable de monter au pied levé une pièce pour la jouer devant la famille royale. "Insigne honneur" nous rappelle l'auteur.

Molière a la faveur du Roi. Il croit la victoire gagnée. C'est mal connaître la vindicte du pouvoir religieux pour qui rire est déjà un affront fait à la piété. Oser parler de la foi au théâtre est taxé d'arrogance et de folie démoniaque. "Brûlons les théâtres et bannissons les comédiens" disent-ils. Le 7 mai 1664 , à Versailles, il est six heures du soir.

Les plaisirs de l'île enchantée commencent. Le 12 mai, on donne à jouer le Tartuffe devant le Roi et sa Cour pour la première fois. Le lendemain, on murmure que la pièce serait interdite. Molière est chagriné et accablé. Le parti dévot a fait le siège auprès du Roi pour la faire interdire. Arguant de sa conscience religieuse et de la raison d'état, préoccupé par le problème janséniste, Louis XIV leur donne raison .

L'attente est insupportable. Alors, Molière écrit d'autres pièces. Dom Juan ou le Festin de Pierre, le Misanthrope, l'Avare, Georges Dandin, une féroce farce, dénoncent l'hypocrisie et le vice dans le monde des nantis. Une autre façon de rappeler que Le Tartuffe est toujours dans sa boîte. C'est que Molière vit comme une injustice la censure de sa pièce. Certes, elle ne peut être représentée devant le Roi. Alors, Molière multiplie les lectures privées dans les salons littéraires et chez les princes, cherche des soutiens.

La société a changé. Pas le peuple affamé des campagnes. Mais à la Cour, Louis XIV s'est affirmé et entend réduire les prétentions des Grands par des amusements auxquels Molière n'est pas étranger. D'autant plus que le nouveau Pape, Clément IX par deux petites bulles, met un terme aux dissensions du clergé. Entre jésuites et jansénistes, le fils aîné de l'Eglise Louis XIV a tranché. Le Tartuffe peut être joué. Enfin. Le 5 février 1669, la troupe de Molière joue au Palais Royal sa pièce autrefois si licencieuse.

Le quotidien d'une troupe de théâtre, - celle de Monsieur, frère unique du Roi, y est décrite parfaitement, De même que sont évoquées les tensions avec les autres troupes, le théâtre du Marais, celui de l'hôtel de Bourgogne et ses "Grands Comédiens", spécialistes du tragique qui jouent les pièces de Jean Racine et Pierre Corneille, entre autres tragédiens. Agréable à lire, très bien documenté. Ce roman mérite d'être lu. Sorti en 2013, le sujet est revenu d'actualité. Ce "Pauvre Homme", citation du Tartuffe, est un de nos grands auteurs. Pour l'éternité.

coup de coeur !

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Georgia

Note globale :

Par - 45 avis déposés - lectrice régulière

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