Avis de Octave : "Les lieutenants sont des amis, les capitaines sont des camarades, les commandants sont des collègues, les colonels sont des concurrents et les généraux sont des adversaires (maxime officieuse de l’armée française)"
L’ouvrage est composé d’une introduction. De celle-ci, à propos de l’effondrement du pays face à l’armée allemande, on peut retenir en priorité ceci : « En France, la recherche de boucs émissaires débuta immédiatement. Au lendemain de la défaite, toute une littérature accusatrice et prompte à l’autoflagellation vit le jour, avec des titres tels que Les Fossoyeurs (d’André Géraud), J’accuse ! The Men who Betrayed France, plus tard traduit sous le titre Les hommes qui ont trahi la France (d’André Simone), Vérités sur la France (de Louis Lévy). Un ouvrage publié en 1941 s’intitulait même Dieu a-t-il puni la France ? La réponse était oui, bien sûr. En fonction de leurs préférences idéologiques, les gens accusaient les politiciens ou les généraux, les agitateurs communistes ou ceux de la cinquième colonne fasciste, les enseignants ou les industriels, les classes moyennes ou les classes ouvrières. Ils blâmaient, au choix, l’individualisme, le matérialisme, le féminisme, l’alcoolisme, la dénatalité, la déchristianisation, l’éclatement de la famille, le déclin du patriotisme, la trahison, le malthusianisme, la littérature immorale. Le débat sur la défaite de la France dure depuis 1940, mais aujourd’hui, au moins, il est possible d’aborder cet événement avec davantage de sérénité, en laissant de côté la polémique et les accusations. Tel est l’objectif de cet ouvrage : raconter l’histoire de cette défaite, expliquer pourquoi elle est advenue et réfléchir à ses conséquences pour la France et le monde » (pages 16-17).
Suivent différentes divisions que nous exposons ci-dessous.
PREMIÈRE PARTIE
Le récit
- « Nous sommes vaincus »
- Une alliance précaire
- Les conséquences politiques de la défaite
- Le peuple français en guerre
DEUXIÈME PARTIE
Causes, conséquences et scénarios contrefactuels
- Causes et scénarios contrefactuels
- Conséquences
Le récit démarre en évoquant le coup de fil reçu, par Winston Churchil, le 15 mai 1940, de la part de Paul Reynaud. Ce dernier est angoissé par la brèche créée dans le front, près de Sedan. Le lendemain Winston Churchil est au Quai d’Orsay pour une réunion avec les dirigeants français. Un fossé est souligné entre la panique présente du général Gamelin et le discours plein d’assurance de celui-ci depuis le début de la guerre jusqu’alors autour des capacités humaines et matérielles de l’armée française. En prolongement est proposé un panorama de l’armement ce cette armée française.
La question suivante est : « À quel type de guerre l’armée française s’attendait-elle et quel usage comptait-elle faire de ses armes ? ». Si la ligne Maginot s’arrêtait vers Longwy, la Belgique disposait de trois lignes de défense. Pour l’état-major parisien, le choc des armées françaises et allemandes était jugé plus que possible. Comme on leverra au second chapitre, la Belgique refusa la présence des armées anglaise et française sur son sol pour la protéger, ceci jusqu’à ce qu’elle fut envahie.
Le général Georges, adjoint de Gamelin, pointe qu’entre Meuse et Moselle, l’armée de son pays serait démunie de moyens nécessaires à une riposte face à une offensive allemande, Par ailleurs le député nationaliste Pierre Taittinger, ancien dirigeant des Jeunesse patriotes, patron de presse et futur président du Conseil municipal de Paris (entre 1943 et 1944), après une visite le long des frontières française, adressa un rapport alarmiste à Daladier et Gamelin, mettant en exergue de graves déficiences présentes à Sedan.
Une comparaison est faite entre le plan Schlieffen appliqué en 1914, le plan Jaune abandonné suite à sa connaissance par les Alliés et le plan Manstein finalement mis en œuvre en mai 1940. La principale offensive des panzers à travers les Ardennes, conduite par le groupement blindé Kleist, sous le commandement du général Ewald von Kleist, est largement disséquée. Les hommes, acteurs de cette percée, devaient ne pas dormir durant trois jours pour réussir l’opération, aussi furent-ils approvisionnés en cachets de pervitine. On relève page 59 cela : « Si seulement le haut commandement français avait compris ce qui se passait, la gigantesque concentration de blindés allemands progressant sur l’entrelacs des routes des Ardennes aurait constitué une cible facile pour les bombardiers alliés. En réalité, la plupart des bombardiers furent envoyés dans le nord de la Belgique pour y freiner l’avancée allemande ». Nombre de péripéties nous sont contées et ce premier chapitre se clôt, à la date du 19 mai, ainsi page 82: « Ce soir-là, les premiers panzers atteignirent la Manche, à l’embouchure de la Somme : les armées positionnées en Belgique étaient désormais complètement encerclées ».
Ce 19 mai, le général Gamelin avait été remplacé par le général Weygand et on verra dans le second chapitre, sur un temps moyen, comment la France avait perdu ses alliés de l’Est de l’Europe et combien la coopération diplomatique des deux côtés de la Manche ainsi que la synchronisation militaire entre les armées françaises et allemandes rencontrèrent des obstacles. Alors que Gamelin comptait sur une résistance polonaise, il se contenta en appui d’une percée en Sarre de huit kilomètres de profondeur sur douze kilomètres de large. Ainsi dès début octobre, la France sait qu’elle fera face sous peu à une offensive allemande.
Le troisième chapitre débute page 134, il sert à développer les débats, au sein du gouvernement français, autour du fait de demander ou pas un armistice. Est très significative l’affirmation suivante : « L’option de l’armistice pariait sur le fait que la Grande-Bretagne ne serait pas en mesure de tenir le coup après une défaite française. Mais ce jugement militaire dissimulait des arrière-pensées politiques. Un armistice ferait porter la responsabilité de la défaite aux responsables politiques – comme Ludendorff l’avait fait avec succès en Allemagne en 1918 – et permettrait de préserver l’armée, afin d’éviter que la défaite n’entraîne une révolution, comme lors de la Commune de Paris, en 1871. À plus long terme, en permettant à l’armée de sauver son honneur après la débâcle, l’armistice pourrait un jour lui permettre de devenir l’instrument du renouveau spirituel de la France. Lorsque Weygand demanda officiellement un armistice, à Cangé, il n’exprima pas ces considérations politiques de façon explicite, et celles-ci n’étaient peut-être pas évidentes pour tous ses auditeurs, mais cela faisait plusieurs jours qu’elles occupaient son esprit » (pages 138-139). Ceci amène à évoquer la crainte ressentie par une partie de la bourgeoisie française après la victoire électorale du Front populaire. On sait que cette peur s’exprima par la maxime : « Plutôt Hitler que les casquettes du Front populaire ». Cette crainte du communisme avait déjà empêché la finalisation d’une alliance militaire avec l’URSS (un rapprochement amorcé dès 1935) et causé la signature du pacte germano-soviétique.
On voit également, dans cette partie de l’ouvrage, que le manque de confiance qu’a Reynaud en Gamelin ravive constamment des tensions entre Reynaud et Daladier. L’action et les causes psychologiques d’une certaine inaction du ministre des colonies Georges Mandel (directeur du cabinet civil de Clemenceau entre 1917 et 1919) sont évoquées. Les manœuvres de Laval plus ou moins en lien avec celle de Marquet, le maire de Bordeaux, ne manquent pas aussi d’être évoquées. Ce quatrième chapitre se clôt par une réflexion sur la combativité des armées françaises entre mai et juillet 1940. Il est souligné que l’inactivité des soldats durant les neuf premiers mois du conflit et l’annonce prématurée de la demande d’armistice par Pétain jouèrent un rôle certain.
La cinquième partie démarre page 235 et se termine page 322, nous laisserons découvrir son intérêt qui repose en partie sur la mémoire de cette période de l’Exode dans des productions culturelles. On eût aimé connaître les journaux où paraissent les dessins de presse et leurs auteurs. Ainsi seul un usage très grossissant permet d’identifier, si on la connaît déjà, la signature de Jean Sennep, dans une production mettant en cause la lecture de livres ou pièces de théâtre de trois auteurs homosexuels et on reste sur sa fin au sujet du support de ce dessin. Page 241, une caricature représentant Gamelin (en uniforme) et Daladier, Blum, Mandel et Reynaud, apparaît au sujet du procès de Riom, sous la signature de André René Charlet (toujours grâce à un effet loupe et une recherche personnelle sur les prénoms), sans que l’on est la moindre idée du journal où elle est prise. Certes quelques œuvres sont sourcées, comme Blum en joueur de flûte d’Hamelin, attirant rats socialistes allemands ou communistes en France. Cette allusion à des réfugiés fuyant le régime nazi, fut publiée dans le journal d’extrême-droite Gringoire le 18 janvier 1938, cependant le dessin n’est pas signé. On apprécie les photographies et les cartes géographiques en rapport avec les opérations militaires.
Pour connaisseurs Beaucoup d'illustrations