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Georges Mandel, le premier résistant

Georges Mandel, le premier résistant
Perrin521 pages
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Avis de Adam Craponne : "Il brillera dans l’Histoire comme un flambeau (la fille de Georges Mandel à Philippe Pétain)"

Les ouvrages autour de Georges Mandel sont nombreux, que ce soit des témoignages ou des études. Un colloque s’est d’ailleurs tenu à Soulac en Gironde, ville dont il fut maire de 1919 à 1940, en 2024. Nicolas Sarkozy, alors qu’il est membre du gouvernement Balladur, signe en 1994 une biographie de Georges Mandel, dont le contenu fut assez largement contesté mais qui eut le mérite de mettre en lumière le personnage pour le grand public, car l’auteur courut les médias sous ce prétexte.  

Hugo Coniez, dans son avant-propos, justifie le qualificatif qu’il attribue à Mandel, à savoir celui de premier résistant. L’argument essentiel tient dans ce propos : « En mai-juin 1940, il a jeté toutes ses forces dans la bataille politique pour refuser la signature de l’armistice et obtenir le départ des pouvoirs publics pour l’Afrique du nord, en vain. Enfin, au lendemain même de l’accession au pouvoir du maréchal Pétain, il s’est affirmé comme le premier opposant au nouveau chef de l’État, devenant ainsi l’homme à abattre » (page 11).

Au premier chapitre sont évoquées les origines de la famille du personnage, celles-ci sont à aller chercher au tout début du XIXe siècle dans l’est de la Bavière pour le côté paternel, cependant ce grand-père émigre France et un peu plus tard, installé à Paris il se marie avec une parisienne Nanette Nether dont on ne sait si les parents étaient juifs, à moins d’aller consulter un site de généalogie juive. Si Abraham Rothschild, le grand-père paternel, est orfèvre, Edmond le père est dans la confection textile au Sentier. Ce dernier a épousé en 1881 Henriette Mandel née le 6 juin 1855 à Marmoutier (Bas-Rhin). La famille de celle-ci a opté pour la France en 1871. Louis Rothschild naît quatre ans plus tard. Républicain sous le Second Empire et blessé à la seconde bataille de Buzenval en janvier 1871, Edmond élève ses enfants dans le culte de la République et du patriotisme. Il leur fait faire leur Bar Mitzvah.

Louis Rothschild suit sa scolarité jusqu’à 15 ans à la pension Springer en compagnie du futur homme de lettres Pierre Frandaie, qui savons-nous de notre propre chef publia en 1934, il a publié une enquête historique, très complaisante (à tort envers l’idée) de complot ou a minima des autorités de protectorat tunisien, intitulée L'assassinat du marquis de Morès. Louis Rothschild termine sa scolarité secondaire au lycée secondaire. Il a pour professeur de philosophie Émile Chartier (Alain de son nom de plume).

Pour se lancer dans le journalisme, Louis Rothschild choisit de signer Georges Mandel, en utilisant un prénom qui lui est habituellement donné dans la famille et le nom de jeune fille de sa mère. Edmond Rothschild connaît Joseph Reinach, ce dernier, neveu et gendre du baron de Reinach impliqué dans le scandale de Panama, fut journaliste et député républicain laïc de Digne de 1889 à 1914 (avec une interruption de six ans au milieu). Celui-ci fait entrer Georges Mandel au Siècle. De là il passe rapidement à L’Aurore, journal de Clemenceau auquel il collabore dès 1903. Ce dernier juge son style trop littéraire, trop anticlérical dans son ton en matière de politique intérieure, il est invité à chroniquer la politique étrangère. On relève notamment ses condamnations des persécutions turques vis-à-vis des Arméniens, des pogroms en Russie et de l’exploitation cruelle dans noirs dans le Congo de Léopold II.

 

Mandel aurait dû effectuer son service militaire en 1906, je n’ai trouvé dans cet ouvrage la raison pour laquelle il a été réformé, à savoir insuffisance physique, par des allusions page 91, que dans un chapitre consacré à sa personnalité, fort éloigné des pages consacrées aux années du début du XXe siècle. Cette année-là, Clemenceau est ministre de l’Intérieur et Mandel entre au cabinet du sous-secrétaire d’État à l’Intérieur. Il s’agit d’Albert Sarraut, directeur de la Dépêche de Toulouse. Dès cette époque, Mandel tente d’influencer la presse et tient un répertoire d’actions et déclarations de personnages, en particulier les parlementaires. Quelques mois après, Clemenceau devient président du Conseil et Mandel passe à son cabinet. En juillet 1909, le gouvernement de Clemenceau tombe, et Mandel se trouve sans emploi. Il entame des études de droit et continue à hanter les couloirs des Chambres, recueillent de multiples informations dont il va amicalement délivrer la substantifique moelle à Clemenceau. Ce dernier est sénateur du Var et nomme Mandel président du journal départemental qui le soutient.

 

Mandel est né en juin 1885, les législatives de 1910 ont lieu en avril et mai. Il se porte candidat à Levallois-Perret, sous l’étiquette de radical indépendant (une nuance très centriste) alors qu’il faut avoir 25 ans pour être élu. Il approche 10% au premier tour et n’est pas élu.  En 1914, à Castellane le député sortant ne se représente pas, Joseph Reinach encourage Mandel à se présenter. Cependant le banquier Jacques Stern se présente et arrose les électeurs d’une circonscription réduite à 2 000 âmes. Mandel se retire à l’issue du premier tour. On est fin avril  et Félix Mesnard meurt le 5 juillet 1914, une élection législative partielle doit avoir lieu à Lesparre en Gironde dans les trois mois qui suivent, Mandel désire se présenter mais la guerre éclate. 

 

Les trente premières années de la vie de Georges Mandel ont largement été délaissées dans les biographies de ce dernier. Grâce à cet ouvrage, on peut percevoir que la proximité entre Clemenceau et Mandel remonte à 1903. Elle n’est en rien comparable avec Tardieu qui s’est revendiqué comme proche de Clemenceau jusqu’à ce que Clemenceau se fâche définitivement avec lui. Le Tigre avait d’ailleurs déclaré « Tardieu me paraît avoir moins de conscience que Briand. Ce n'est pas facile » (c’est moi qui cite, pas notre auteur). Ce n’est en fait que pendant la guerre, que Clemenceau s'était appuyé sur Tardieu en tant que haut-commissariat à Washington pour coordonner l'effort de guerre avec les États-Unis. Plus tard, il avait été l'un des principaux négociateurs français du traité de Versailles du 28 juin 1919, au nom du Tigre.

           

Mandel et Clemenceau sont victimes de la censure au début de la Première Guerre mondiale dans leur journal L’Homme libre, si bien que le Tigre fait reparaître son journal le 30 septembre sous le titre L'Homme enchaîné. Mandel joue par contre les actifs censeurs durant toute la durée des fonctions du Tigre, comme président du Conseil durant le conflit. Par ailleurs, il instruit des accusations contre ceux qu’il nomme les défaitistes. Cela débouche sur notamment les inculpations de Caillaux et Malvy, Briand est sauvé d’une telle infamie par sa prudence et le gong de l’Armistice.

 

On verra comment en 1919, Mandel prépare son élection en Gironde, il est le moteur d’une liste modéré. Les candidats marquent des nuances importantes sur la question de la laïcité, et Mandel pour les réunir accepte d’agir pour le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Vatican, rompues en 1904 sous le ministère Combes. Cette liste dépasse la moitié des suffrages exprimés malgré la présence de quatre autres listes dont une avec des députés radicaux-socialistes sortant et une également avec des députés sortants modérés mais laïques. Selon le mode de scrutin alors en usage, c’est tous les noms de la liste qui sont élus.

 

Alors que ses colistiers rejoignent soit un des deux groupes de modérés soit le groupe qui, sous la houlette notamment de Paul Reynaud et Pierre Taittinger réclament une réforme des institutions, Mandel rejoint les non-inscrits et siège à la Commission des Affaires étrangères.  Mandel et Tardieu manoeuvrent en vain pour faire élire Clemenceau président de la République, ce dernier victime de son orgueil et des actions de Briand ne pose finalement pas sa candidature.

 

Poincaré, Aristide Briand et Tardieu n’apprécient guère Mandel et ce dernier reste peu sympathique pour nombre de parlementaires qui voient en lui un acteur de manipulations pour déstabiliser quiconque, grâce aux fiches qu’il fait sur eux. Georges Bonnefous, député de Seine-et-Oise, assez marqué à droite, déclare à son propos durant les Années folles : « On e peut pas nier son intelligence, mais quel mauvais emploi il en fait ! On disait que sa principale préoccupation est de prouver à tous que rien n’existe en dehors des petits papiers et des petites querelles. On ne voudra jamais de lui […] dans aucun département ministériel, et on aura raison, car les malheureux qui s’associeraient à lui seraient ses premières têtes de Turc » (page 112).

 

En 1924, la moitié de ceux qui ont été élus avec lui en Gironde, le refusent sur la nouvelle liste qu’ils montent, il se pourrait que Poincaré les ait encouragés dans ce sens et on est pour le moins sûr qu’il s’en félicite. Mandel constitue une liste où il appelle, avec l’accord de l’archevêché, le très populaire abbé Daniel Bergey (proche des idées de Jacques Piou à la Belle Époque, nous autorisons à préciser par nous-mêmes). Ce dernier est tellement apprécié qu’il rassemble 37 558 voix alors que Mandel, certes second, n’en compte que 33 528. Comme cette liste n’a droit qu’à un seul élu, Mandel est battu.

 

Ajoutons personnellement que Tardieu est victime du même phénomène, en Seine-et-Oise, les élus d’une même liste en 1919, se retrouvent sur deux listes en 1924 (dont les voix réunies dépassent tout de même 50%). Comme il est possible de panacher et de rayer il est onzième sur douze en nombre de voix sur sa liste qui n’obtient que six sièges  En 1928 et 1932, on revient au scrutin uninominal à un tour et Mandel devient député de la circonscription de Lesparre. Cependant certaines manœuvres de Mandel y sont pour quelque chose. En 1936, Mandel réussit avec près de 53% une élection au premier tour, son clientélisme très actif a porté ses fruits. Dans ce paragraphe, nous avons, par des ressources complémentaires, quelque peu explicités des passages de l’ouvrage d’Hugo Coniez. 

Ce n’est qu’en 1934 que Mandel accède à une fonction ministérielle, celle des PTT au moment de la naissance de la télévision et du large développement de la radio (on approchera bientôt du chiffre de six millions de postes). Il sert sous quatre gouvernements dont celui de Laval, avec qui il entretenait des bonnes relations auparavant. Cependant Mandel s’oppose à lui tant sur le plan intérieur (hostilité à sa politique de déflation) qu’à sa politique extérieure.  

Il est également ministre des Colonies à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Les personnes intéressées aux questions de laïcité ne manqueront pas de relever ce passage  au sujet des décrets Mandel des 16 janvier et 6 décembre 1939 : « dérogeant au principe de la séparation des Églises et de l’État, ces textes permettent aux cultes, organisés localement en missions et placés sous l’autorité d’un conseil d’administration, de bénéficier d’un financement public ou d’avantages fiscaux. Ils s’appliquent encore d’aujourd’hui en Guyane, à Mayotte, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna, au grand dam des partisans d’une laïcité sans concession » (page 251). On lui doit également, à ce poste, une législation sur les âges minimum pour les mariages qui s’approche du droit en usage en métropole.

Mandel devient ministre de l’Intérieur le 18 mai 1940, un mois avant la débâcle. Il fait alors arrêter des personnalités favorables à l'Allemagne nazie, et en particulier des journalistes. On approfondit nos connaissances par la suite sur la lutté que Mandel mène contre les partisans de l’armistice, les conditions de son emprisonnement et son assassinat. J’ai beaucoup apprécié les six pages autour des devenirs de neuf proches de Georges Mandel. Avec les informations sur sa fille Claude, on apprend qu’avec le décès de sa petite-fille Maria, née en 1952, s’est étaient en 2020 la descendance de notre personnage.

 

Seul reproche à cet ouvrage renouvelant la biographie de Georges Mandel,  eût aimé avoir des illustrations, à la fois des photographies et des caricatures. Il est en effet particulièrement frustrant que l’auteur nous dise, dans Le Canard enchaîné, Jean-Paul Gassier dépeint Mandel en dresseur de cirque auprès de journalistes obéissants (vraisemblablement en 1918) ou que Ralph Soupault le 21 juillet dans Je suis partout donne un dessin au contenu immonde au sujet de la mort de Georges Mandel. Cependant ce reproche est peut-être plus à adresser à l’éditeur qu’à Hugo Coniez.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

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