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Les Seigneurs de Bagdad

Les Seigneurs de Bagdad
Urban Comics144 pages
1 critique de lecteur

Avis de Xirong : "Une BD animalière support d’un discours décalé"

                       Avec Les Seigneurs de Bagdad est parue une bande dessinée de guerre jugée comme un chef-d’œuvre dans son genre, elle a pris une place de choix dans toutes les bibliographies sur le sujet. Son angle de récit animalier n’est pas sans rappeler celui de Flambeau chien de guerre de Benjamin Rabier dans la mesure où le conflit est montré à travers les actions des bêtes et non pas à travers des combats entre soldats. Nous en rendons compte ici à ce titre et également parce que la mobilisation idéologique mise en place aux USA auprès de son opinion publique pour obtenir son soutien à l’intervention armée présente un certain nombre  de similitudes avec celle employée durant la Première Guerre mondiale par les protagonistes principaux. La place pour un discours distancié des contenus de la propagande officielle n’existe que sur de fragiles marges que ce soit en 1914 qu’en 2003. Par ailleurs à travers les animaux dans Les Seigneurs de Bagdad ce sont les populations civiles dans la guerre qui sont largement évoquées et avec la Grande Guerre l’importance du moral des non-combattants prend un tournant.

                   Cette BD Les Seigneurs de Bagdad présente un récit qui permet plusieurs lectures car il est l’allégorie des souffrances subies par le peuple irakien. Si de jeunes lecteurs ne rentreront pas spontanément dans la symbolique très élaborée des auteurs, on peut se dire qu’ils seront sensibles à la description d’un monde où la guerre des hommes frappe aussi les animaux. Au tiers du livre (malheureusement les pages n’ont pas été numérotées) une tortue, qui a déjà vécu de nombreux conflits depuis la première guerre mondiale, déclare que la guerre consiste « à perdre sa femme, ses petits et tous les amis qu’on a pu se faire ». Le style des dessins à la Dysney les séduira et ils frémiront devant les dangers affrontés par les héros. En conséquence, quoique destiné à un lectorat adulte, ce livre sera dévoré par tous les jeunes qui arriveront à lui par hasard ; toutefois il est bon de ne le faire découvrir qu’à des enfants scolarisés au moins au collège. 

                                 Comme le peuple irakien sous Saddam Hussein, des lions enfermés songent à l’extérieur, toutefois ils l’envisagent avec plus ou moins d’enthousiasme selon leur personnalité. Après le bombardement du zoo et la fuite de leurs gardiens, ils parcourent Bagdad. Comme le craignait la vieille lionne, qui symbolise la femme irakienne victime de multiples agressions dans une société machiste, la liberté apportée par l’intervention américaine s’est traduite par un surcroît de violence entre animaux,  l’enlèvement du lionceau et les combats que les lions adultes doivent livrer renvoient à la guerre civile qui s’en suivit. On sourira à la vision d’une horde de chevaux piétinant l’ours qui symbolise l’armée américaine (qui maltraite ses prisonniers) avant que celui-ci ne déclare qu’il voyait arriver la cavalerie (comme dans les westerns). Cet ouvrage sort complètement des modèles du genre de la BD de guerre, son originalité est telle qu’il risque d’être le seul dans cet esprit et il ne faut pas vraiment pas compter pour qu’il renouvelle le sujet. Par contre il réintroduit la BD animalière dans le domaine de la lecture pour adultes. Ce livre a remporté le prix IGN (Imagine Games Network) du meilleur roman graphique d'origine américaine en 2006. Le scénariste déclarait : « Mon intention n’était pas d’inciter le lecteur à partager mon opinion, explique Vaugha, mais de mettre à plat mes propres sentiments contradictoires au sujet de la guerre. J’ai préféré poser des questions épineuses que d’apporter des questions toutes faites ». Les dialogues sont d’un volume réduit, sauf lorsqu’ils portent une réflexion autour du conflit ou de questionnement autour de l’idée de liberté. Le nombre de vignettes est assez réduit allant d’une à six maximum, le dessin est très expressif et les couleurs très chaudes ou très froides (selon les pages) bien adaptées à l’action. Il est à noter que le dessinateur d’origine canadienne, vit aujourd’hui en France.

Il ne faut pas confondre les deux titres (tous deux en langue française) Les Seigneurs Bagdad et Pride of Baghdad, il n’y a pas seulement deux éditeurs différents et deux dates d'édition dissemblables. Il est indispensable de se procurer la traduction de cet ouvrage proposée par Urban comics sous le titre des Seigneurs de la guerre, l’adaptation réalisée par l’éditeur Panini en gardant le titre original n’est fidèle à l’œuvre qu’à peu près seulement, et principalement grâce à ce titre conservé. La  version chez Panini se caractérise tant par des textes indigestes et indigents (sans pour autant être indigènes) que par le non-respect du graphisme (les parties les plus extérieures de la moitié des cases disparaissent). Il est à noter que le titre américain jouait sur le double sens de “pride“ qui renvoie tant à “horde“  qu’à “fierté“. Le choix de “seigneurs“  dont la prononciation est la même que celle de “saigneurs“ s’avère fidèle à l’idée de multiples possibilités de compréhension.  Chez Urban Comics Benjamin Rivière a traduit aussi bien Les Seigneurs de Bagdad que l’album Daytripper des frères Ba et Moon.

coup de coeur !

Pour tous publics Beaucoup d'illustrations

Xirong

Note globale :

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