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La gauche et la sécurité

La gauche et la sécurité
L’Aube147 pages
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Avis de Jean-Pierre : "L’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen fait de la sûreté un droit naturel et imprescriptible"

L’ouvrage est sous-titré Pour en finir avec le populisme. L’auteur est adjoint socialiste chargé de la sécurité à la mairie de Paris. S’appuyant sur le vécu de ses six années à cette responsabilité, Nicolas Nordman demande à l’ensemble de la gauche de se saisir pleinement de la question de la sécurité, d’autant que ceux qui souffrent le plus des manques en ce domaine sont parmi les plus vulnérables. La création de la police municipale de Paris s’est faite en 2021 et elle n’est pas équipée d’armes à feu.

 

Dans son introduction, notre auteur rappelle un passé à la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDEL) et à SOS Racisme. Il a toujours vécu dans le XIXe arrondissement limitrophe des communes d’Aubervilliers, Pantin, Pré-Saint-Gervais et Les Lilas. Il poursuit en écrivant que « la lutte contre l’insécurité est une question éminemment politique, mais aussi intime, car elle charrie angoisse et peurs. Pour s’imposer dans le débat public, chaque force politique cherche naturellement à faire prévaloir ses solutions.

 

À ce jeu-là, les populistes, avec leur réponse simplistes, sont les grands gagnants dans un environnement médiatique qui ne s’encombre pas de nuance » (page 16-17). Nicolas Nordman relève que pour l’extrême-droite la délinquance doit diminuer avec les restrictions de l’immigration puisque pour elle l’insécurité est due à la population immigrée ou aux enfants des immigrés. La France insoumise s’en prend trop souvent à la police et à la justice selon lui. La gauche aux responsabilités locales ou anciennement nationales se voit reprocher en conséquence son laxisme ou sa complicité avec le système. Selon l’auteur, il est possible « de mener une politique spécifique de sécurité et obtenir des résultats sans mettre à mal nos valeurs républicaines d’égalité, de liberté et de fraternité » (page 17).

 

Le premier chapitre est consacré aux conditions dans lesquelles fut créée la police municipale parisienne. On rappelle que, juste avant son élection à la présidence de la République, Jacques Chirac réitérait son opposition à la création d’une police municipale. Aujourd’hui les policiers municipaux (au nombre de près de 30 000 pour toute la France) sont plus nombreux que les gendarmes ou les agents de la police nationale. Une loi de 1999, à l’initiative de Jean-Pierre Chevènement (alors ministre de l’Intérieur), a ouvert le développement des polices municipales. Paris relevant de dispositions particulières, c’est une loi du 25 mai 2021 qui a permis la création d’une police municipale à Paris en prolongement d’une loi du 28 février 2017 qui élargissait les compétences de la mairie de Paris. Les policiers municipaux restent dans le domaine du flagrant délit et ne peuvent mener d’enquête.

 

Le second chapitre est consacré au débat de doter ou ne pas doter d’armes à feu les policiers municipaux qui à la base ont des aérosols incapacitants, des matraques et bâtons de défense. D’après l’auteur en fonction des compétences de ces derniers, cela n’est pas nécessaire et même dangereux. De plus rapprocher l’armement des policiers municipaux avec d’autres forces de police dépendant de l’État peut encourager ce dernier à se désegager au niveau des effectifs. Au niveau national près de 60% des policiers municipaux ont des armes à feu. Nicolas Nordman passe en revue les positions, dans la capitale, de LFI, des écologistes et des communistes sur la police municipale.

 

L’auteur rappelle quelques rodomontades de deux ministres de l’Intérieur, à savoir Sarkozy et Retailleau, qui se sont perdus dans les sables. Il pointe l’inflation des employés en matière de sécurité privée et précise leurs missions. Nicolas Nordman plaide pour les salles de consommation de drogue et pointe qu’au Canada elles sont bien mieux accepter par les gens du quartier. Il évoque ensuite la loi du 13 juin 2025 sur la répression du narcotrafic.

 

Le quatrième chapitre porte sur les questions de prévention de la délinquance et de prévention la récidive. Il dit un mot sur les Conseils locaux de sécurité et prévention de la délinquance obligatoires pour toutes les communes de plus de 10 000 habitants. Dans les cinq années qui suivent la sortie de prison, on a 61% de récidive. Il y a la nécessité d’amener le criminel à devenir citoyen.

 

La délinquance des mineurs renvoie évidemment à la famille du jeune. Les approches de la droite relèvent de la sanction et celles de la gauche au soutien à la parentalité et à la médiation familiale s’appuyant en particulier sur des éducateurs spécialisés.

 

Le cinquième chapitre est consacré en partie aux mesures policières prises lors des Jeux olympiques de Paris. Il évoque les utilités limitées de la vidéoprotection dénoncée par certains à gauche comme de la vidéosurveillance. Il raconte au débat du conseil municipal de Saumur sur son installation, débat auquel il avait assisté.

 

Le sixième chapitre est une réflexion autour des relations entre la police et la population. En France, elles sont bien plus mauvaises que dans les pays avoisinants. La police de proximité créée en 1998 à l’initiative de Jean-Pierre Chevènement et Lionel Jospin a été supprimée en 2003 par le président Sarkozy. Sachant que la police nationale ne répondra plus à cet objectif, il est bon de définir la place que pourrait prendre la police municipale dans une police de contact. Un comité d’éthique de la police municipale parisienne a été mis en place, il est présidé par Jacques Toubon. Par ailleurs la population peut accéder à la connaissance des actions de la police municipale parisienne grâce aux données de l’Observatoire de la tranquillité publique.

 

Le dernier chapitre s’intitule "Protéger et accompagner les victimes". Des exemples d‘utilisation à des fins strictement politiciennes de faits divers est montré. La ville de Paris a mis en place divers dispositifs pour protéger des publics spécifiques. « Protéger les victimes potentielles puis les accompagner constituent une part indispensable des politiques de sécurité. Tenir tous les bouts de la chaîne, depuis la prévention jusqu’à l’accompagnement des victimes en passant par la protection et la répression, est fondamental » (page 136).

 

Dans la conclusion, Nicolas Nordman évoque assez longuement la situation sécuritaire extrême en Afrique du sud. Certes l’atmosphère en France est très loin de cela, cependant l’auteur, au regard de nombreux indices, du risque de montées de nouvelles violences dans l’hexagone. Au-delà des solutions simplistes notamment désignant un bouc-émissaire d’un côté et de l’autre des opinions idéalistes matinée d’opportunisme électoral de l’autre côté, l’auteur pense qu’il existe d’autres solutions. Ses dernières lignes sont : « La gauche doit définitivement prendre conscience – et le revendiquer comme tel – que le combat pour la sécurité est un combat pour l’égalité et l’ordre juste. Un combat profondément conforme à nos valeurs historiques » (page 143). Cet ouvrage arrive à point nommé alors que les débats autour des prochaines élections municipales verront se poser la question de sécurité dans toutes les villes. 

 

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