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Un pied sur chaque rive

Un pied sur chaque rive
L'Harmattan250 pages
1 critique de lecteur

Avis de Georgia : "La valise ou le cercueil"

Dans l'esprit et le coeur de beaucoup de français d'algérie, que nous nommerons "pieds-noirs", 1962 marque les adieux à une terre natale, chaude et accueillante, remplie d'odeurs inoubliables et de lieux que l'on n'oublie pas. Bernard Bonnave-Marrat a vingt ans quand il tourne le dos définitivement à l'Algérie Française. Né le 23 mars 1942 à Oran de parents non pieds-noirs, l'homme de soixante ans laisse défiler ses souvenirs dans cet ouvrage intéressant parce qu'instructif. Ce récit de vie ordinaire est ponctué d'évènements qui s'avèrent parfois extraordinaires.

L'auteur vit avec ses parents dans un immeuble contigu à celui de la famille Mathieu.Leur fils Yves habille sa mère et ses soeurs. Il dessine les robes et les fait coudre par sa couturière attitrée, la mère de Bernard, Madame Bonnave-Marrat qui possède son propre atelier de confection. Après l'avoir côtoyé durant sept années au collège Notre-Dame du Sacré-Coeur d'Oran, l'auteur nous révèle qu'Yves Mathieu sera recruté en 1958 par Christian Dior et portera le nom de son père Saint-Laurent. Ainsi naît la légende d'Yves Saint Laurent.

Autre figure emblématique, l'écrivain Albert Camus arrive à Oran en 1958 à l'âge de vingt quatre ans. Né à Alger, fierté des oranais, le pied-noir fascine mais déconcerte. Réfractaire à toute forme de violence, il souhaiterait que les deux camps fassent la paix mais ni l'OAS ni le FLN n'en sont capables. Peut-être parce qu'il y est bien trop tard en 1958 pour les réconcilier. La violence fait déjà partie de leur quotiden, presque banalisée. Sans doute Albert Camus aimait son pays , lui qui décrivait pourtant Oran comme une "ville laide tournant le dos à la mer".

L'initiation à l'amour, les occasions que l'on ne manque pas, puis l'entrée aux Beaux-Arts en octobre 1960 cèdent le pas soudainement à une prise de conscience de Bernard Bonnave-Marrat. Ce n'est pas un engagement politique qu'il désire, mais une participation à la sauvegarde de l'Algérie. Les pieds-noirs espèrent encore y demeurer et les idées de l'OAS, organisation créée à Madrid, dans l'Espagne de Franco le 11 février 1961, lui paraissent bien séduisantes. Si l'OAS durcit ses positions, c'est pour obliger l'Armée française à intervenir. Mais elle ne le fera pas sur les ordres de De Gaulle, décidé à en finir avec l'Algérie française.

De manifestations pacifiques en réunions plus agressives, Bernard Bonnave-Marrat durcit son combat dès 1961 après l'échec du putsch d'Alger pour ne pas subir son avenir. Il s'engage dans l'OAS. Les rues d'Oran se pavoisent de drapeaux noirx portant le sigle de l'OAS. Les accords d'Evian et le cessez-le feu sont perçus par les pieds-noirs comme une trahison. La valise ou le cercueil restent leurs seules options .Ce sera la valise.

Parti avec son ami Jo rejoindre les Pyrénées pour des vacances de noël chez sa grand-mère, Bernard Bonnave-Marrat ignore que c'est un aller sans retour. Sa mère lui interdit de rentrer, les conditions ne s'y prêtent plus. Le FLN s'en prend aux européens, les bombardent, les exécutent sans que l'armée française intervienne. Les soldats resteront dans les casernes tandis qu'on assassine dans les rues. De Gaulle surnommé par les pieds-noirs "la grande Zohra" a lâché l'Algérie et ses ressortissants.

Affolés, les pieds-noirs se pressent à l'aéroport de la Sénia à Oran pour fuir ce pays où ils ne sont plus les bienvenus..Les parents de Bernard Bonnave-Marrat vont rentrer aussi et rejoindre leur fils dans les Pyrénées avec le petit frère. Il ne faudra pas oublier que seul le général Franco, contre l'avis du général de Gaulle, aidera le reste des rapatriés qui patientait depuis des jours sur les quais d'Oran à embarquer sur deux navires espagnols : le Victoria et le Virgen de Africa. Ils appareillent le 30 mars 1962 à destination du port d'Alicante. Le 5 juillet 1962, l'Algérie obtient son autonomie

 

* OAS : Organisation de l'Armée Secrète dont le but est de maintenir l'Algérie dans la République Française

* FLN : Front de libération nationale Algérienne qui revendique son autonomie

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Georgia

Note globale :

Par - 38 avis déposés - lectrice régulière

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