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Qu’est-ce-que le conservatisme? Histoire intellectuelle d’une idée politique

Qu’est-ce-que le conservatisme? Histoire intellectuelle d’une idée politique
Les Belles lettres 268 pages
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Avis de Ernest : "Stupid persons are generally Conservative (John Stuart Mill)"

L’ouvrage dit qu’il semble qu’il y ait une incompatibilité entre la France et le conservatisme alors que c’est en France en 1818 qu’avec son journal Le Conservateur, Chateaubriand donne un sens politique à ce terme. Les libéraux se sont laissé entraîner à adopter une conception négative de la liberté comme absence de contrainte, ils ont abandonné toute idée de bien commun. De leur côté, les réactionnaires sont partis à la quête d’un absolu politique dangereux méprisant la liberté politique. Le conservatisme doit rechercher le bien commun dans un régime de liberté politique.

Il y a trois modèles d’homme politique conservateur français pour l’auteur : Guizot, André Tardieu (président du Conseil dans le début des années trente, député de Seine-et-Oise puis de Belfort) et Georges Pompidou (premier ministre de 1962 à 1968 puis président de la République de 1969 à 1974). Après avoir dit que le conservatisme avait peu de choses en commun avec le traditionalisme, l’immobilisme et l’esprit contre-révolutionnaire, dans son chapitre intitulé "Doctrine" l’auteur situe la pensée conservatrice selon sept axes : autorité et pouvoir, liberté et égalité, individu et bien commun, histoire et tradition, préjugé et raison, religion et morale, prospérité et vie en société. Ceci amène Jean-Philippe Vincent à préciser bien des points allant parfois contre des idées reçues, surtout pour ceux qui ignorent la pensée du catholicisme conservateur social. On est bien loin d’un individu maître de son présent, selon les idées portées par les Lumières; le conservatisme est une réaction contre l’universalisme, d'ailleurs pour l'auteur l'islamo-conservatisme est un oxymore  car le conservatisme est lié à la culture judéo-chrétienne.

Le rapport à l’autorité est quelque chose de primordial :

« L’autorité, dans la pensée conservatrice, s’oppose au pouvoir ou à la domination. (…) L’autorité présente trois caractéristiques qui l’opposent au pouvoir. En premier lieu, elle est décentralisée : il n’y a pas une autorité, mais une multiplicité d’autorités (…) L’autorité, au sens global, est donc par nature divisible et multiforme, ce qui n’est guère le cas du pouvoir qui tend constamment à s’augmenter et à se centraliser. (…) L’autorité (…) naît et se perpétue par une adhésion spontanée (implicite ou explicite) à la représentation de l’autorité et aux personnes qui l’incarnent. (…) pour reprendre les mots de François Bourricaud : "Si nous sommes d’accord, c’est parce que nous appartenons au même groupe et obéir, c’est expérimenter notre appartenance à un même groupe". Une troisième caractéristique de l’autorité est sa transmmissibilité (…)  »  (pages 36 à 38)

Le chapitre III montre combien neuf personnalités ont enrichi la pensée conservatrice. Ce sont pour les Anglo-Américains Michael Oakeshott, Alasdair Mac Intyreet  Robert Nisbert, pour les Français Julien Freud et Bertrand de Jouvenel, pour les germaniques Aurel Kolnai, Eric Voegin et Wilhem Röpke, enfin le Russe Alexandre Soljenitsyne.

Jean-Philippe Vincent développe l’idée que moralité, honnêteté et confiance permettent le développement de l’économie, cela rappelle les idées de Max Weber sur les succès du capitalisme protestant. Après avoir cité la Fable des abeilles de Bernard Mandeville, il rappelle que pour nombre d’économistes ce sont les passions et non la vertu qui dynamisent les affaires. Il écrit que la corruption engendre la pauvreté et que les vices privés, en se généralisant, dégradent la vertu publique. D’où la nécessité d’imposer des règles, ce qui est peu apprécié par les partisans du libéralisme. En matière de politique fiscale, l’auteur prône une limitation des prélèvements sur l’épargne.

Certains auront froid dans le dos, en lisant l’apologie de la politique de Mme Thatcher « au service de fins morales », elle qui a commencé à être connue pour vendre de l’air  aux acheteurs de glace (voir   http://www.meltyfood.fr/margaret-thatcher-a-reinvente-la-creme-glacee-a170844.html) et a continué en combattant toute la protection sociale en Angleterre et en dérugalisant tout le marché du travail. Il me semble qu’avec Thatcher on est bien loin du christianisme social, même si on est tout près du christianisme moralisateur.  

L’auteur dénie au régime vichyste toute réalité de conservatisme politique, même s’il en a voulu parfois prendre l’apparence. Au passage, il rappelle que Moulin de Labarthère (directeur du cabinet civil du Maréchal Pétain, jusqu’à son renvoi sur injonction allemande en avril 1942) qualifiait ainsi le régime en question : « Terreur blanche, marché noir, bibliothèque rose ». En conclusion, notre auteur voit dans le conservatisme un supplément d’âme au libéralisme. Dans une société du XXIe siècle où on entend plus les propos de la contestation (d'où qu'elle vienne) que le message des autorités, il faudra avoir l'oreille fine pour entendre la petite voix du conservatisme.    

Voici le plan de l'ouvrage:

Sommaire

Chapitre I – Doctrine

Autorité et pouvoir
Liberté et égalité
Individu et bien commun
Histoire et tradition
Préjugé et Raison
Religion et morale
Propriété et vie en société

Chapitre II – Style

Intention de base du conservatisme
Cicéron et le conservatisme
Concordia et concordia ordinum
Mos majorum et morale conservatrice
Variations contemporaines

Chapitre III – Actualisation

Michael Oakeshott : être conservateur
Alasdair MacIntyre : conservateur et communautarien
Aurel Kolnai : l'utopie, éternelle hérésie
Erich Voegelin : contre la gnose
Wilhelm Röpke : conservatisme et ordolibéralisme
Alexandre Soljenitsyne : un conservateur incompris
Julien Freund : contre l'irénisme
Robert Nisbet : la communauté contre le pouvoir
Bertrand de Jouvenel : autorité et liberté

Chapitre IV – Économie

Capitalisme et conservatisme
L'éthique et l'économie politique du conservatisme
Le conservatisme et les institutions du capitalisme
La confiance
La moralité publique
Macroéconomie conservatrice

Chapitre V – Avenir

Hérésies et déviances du conservatisme
Une « dictature conservatrice » : l'Estado Novo
Le conservatisme américain
L'islamo-conservatisme
L'avenir du conservatisme

 

Réservé aux spécialistes Aucune illustration

Ernest

Note globale :

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