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Le comte de Sanois 1723-1799

Le comte de Sanois 1723-1799
Paradigme 191 pages
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Avis de Adam Craponne : "Une des dernières affaires à susciter une tempête contre les lettres de cachet"

Roger Pourteau donnait en 1982 un ouvrage de commande de la part de la municipalité, à savoir Pantin: Deux mille ans d’histoire. Son auteur avait la qualité de journaliste de L’Humanité. Il avait écrit un livre sur certains aspects de la cuisine d’autrefois, il continua d’ailleurs sa carrière de journaliste gastronomique au Figaro. Ceci explique peut-être pourquoi il nous ait livré cette soupe…

Bref dans cet ouvrage, écrit sur l’histoire globale d’une ville de banlieue, si vu la commande d’une mairie communiste il n’est pas surprenant de trouver deux pages sur le Cahier de doléances des Pantinois, par contre il n’y a que moins  d’un quart de page sur le dernier seigneur de Pantin (on nous donne quand même son portrait). Et encore avec un anachronisme, puisque Neuchâtel n’est pas un canton suisse en 1789, plus une réflexion, porteuse d’un jugement de valeur, digne d’un journaliste dans un petit quotidien de province mais absolument pas d’un historien.    

Heureusement, André Caroff et Hélène-Claire Richard, sur le comte de Sanois, nous en apprenne bien plus et avec des qualités toutes autres dans le contenu dans leur ouvrage sous-titré Une vie bouleversée par l’affaire de la lettre de cachet. Jean François Joseph Geffrard de la Motte voit le jour en 1723  près de Vitré en Bretagne, et perd son père alors qu’il a l’âge de treize ans. Toutefois c’est dans la famille de petite noblesse de son oncle qu’il a passé toute son enfance.  Après des études au collège de Vitré, Jean François Joseph Geffrard entre en 1745 dans le corps des Gardes françaises. Il combat durant la Guerre de Sept ans, celle qui se termine en donnant naissance aux expressions "travailler pour le roi de Prusse" et "bête comme la paix".  

En 1761 il se marie avec Anne Marie Louise Rulault une fille d’une famille qui possède le château de Sanois (près de Lagny, aujourd’hui en Seine-et-Marne) et c’est sous le nom de Comte de Sanois qu’il va entrer dans l’Histoire. Un titre qu’il porte après la mort de ses beaux-parents. En 1781, il achète à Paul Charles Cardin le Bret, greffier en chef au Parlement, la seigneurie de Pantin pour près de 190 000 livres. Pendant l'hiver très rigoureux de 1784, il apporte des secours aux Pantinois.

Au début du printemps 1785 il fuit à Lausanne par crainte de ses créanciers. À partir de là ses ennuis commencent, ils sont dus non avec un conflit avec ses créanciers mais avec sa femme. En effet une lettre de cachet est délivrée contre lui et c’est l’inspecteur Desbrugnières qui lui court après ; ce dernier était allé auparavant chercher Mirabeau et sa maîtresse en Hollande (Mirabeau est d’ailleurs parent de l’épouse du comte de Sanois).

Alors que l’on s’attendrait à le retrouver à la Bastille, en compagnie d’Hubert de Solages, il est enfermé à l’asile de fous de Charenton. À partir de là sa situation va donner lieu à débat dans la société cultivé de l’époque et les lettres de cachet abusives deviennent prétexte pour dénoncer le despotisme royal dans ces années qui précèdent de peu la Prise de la Bastille. On abolit les lettres de cachet par un décret en date des 16-26 mars 1790 pris par la Constituante.

Notre personnage va vivre encore plusieurs moments dramatiques jusqu’à son décès en février 1799 dans son logement de la rue Taranne à Paris, aujourd’hui cette voie a été rattachée au boulevard Saint-Germain. Les auteurs nous content également les destinées de l’épouse, de la fille et des petits-enfants du comte de Sanois et même évoquent un neveu et un petit-neveu ; ce dernier sert dans l’armée prussienne durant les guerres napoléoniennes et meurt devant Strasbourg le 28 juin 1815.

Penser que ce récit ne peut intéresser que des habitants (passés ou présents) de Pantin serait une lourde erreur, en effet c’est en particulier toute agitation prérévolutionnaire  que l’on nous faite connaître et ceci éclaire bien certains aspects du règne de Louis XVI. Par ailleurs on perçoit combien le conflit avec l’Église catholique a pu faire basculer dans la Contre-révolution une partie de la noblesse qui militait pour des réformes des institutions et de l’administration de la France avant 1789.   

Pour tous publics Quelques illustrations

Adam Craponne

Note globale :

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