Ce festival s’est déroulé du 13 au 19 octobre 2025. La prochaine édition du Festival aura lieu du 12 au 18 octobre 2026. Chaque année, il draine plus de30 000 entrées. Il n’a pu se dérouler cette année que grâce à une subvention exceptionnelle du Centre national du cinéma et de l’image animée. En effet le Conseil Régional des Pays de la Loire a supprimé sa subvention qui couvrait 11% de son budget. Le FIF85 est généraliste et éclectique, il reste un bel outil de mise en avant du cinéma indépendant. Ce festival a toujours promu une belle diversité culturelle et linguistique.
Quatre-vingt films ont été projetés répartis en cent-quinze séances. Le palmarès a été le suivant : Silent Friend d’Ildikó Enyedi pour le Grand Prix international Ciné + OCS, Deux femmes en or de Chloé Robichaud (qui sortira dans les salles françaises sous le titre Deux Femmes et quelques hommes au printemps 2026) d’une part et Eleonora Druze de Pietro Marcello d’autre part pour le Prix spécial du jury international, Bouchra d’Orian Barki et Meriem Bennan pour le prix Nouvelles vagues, The New West de Kate Beecroft pour le prix Trajectoires BNP Paribas, Khartoum de Anas Saeed, Rawia Alhag, Ibrahim Snoopy, Timeea Mohamed Ahmed, Phil Cox pour une mention spéciale du jury Trajectoires BNP Paribas, Rabbit trap de Bryn Chainey pour le prix Variété mad movies, La Voix de Hinj Rajab de Kaouther Ben Hania pour le prix du public, Une Année italienne de Laura Samani pour le Coup de cœur de l’IUT, Arco de Ugo Bienvenu pour le Coup de cœur des collégiens, J’ai trouvé une boîte d’Éric Montchaud et Jour de vent de Martin Chailloux, Ai Kim Crespin,Élise Golfouse, Chloé Lab, Hugo Taillez et Camille Truding pour le Coup de cœur des classes-jury de l’enseignement élémentaire.
Les amateurs de film ayant une dimension historique ou documentaire trouvent toujours des pépites (souvent en avant-première de la sortie nationale) dans les projections de ce festival. Pour cette année 2025, il est certain que leur attention a été retenue par plusieurs longs-métrages.
Hamnet de Chloé Zhao a été le troisième film du festival à être apprécié par les spectateurs. Il a par ailleurs reçu le Golden Globe du meilleur film dramatique. C’est une adaptation du roman éponyme de Maggie O’Farrell. On présente là de façon romancé le deuil du fils du couple Shakespeare et de ses conséquences en particulier sur l’œuvre du grand homme anglais de théâtre. Cette œuvre cinématographique éclaire le contenu de la pièce Hamlet de Shakespeare et en particulier la fameuse sentence « Être ou ne pas être… Telle est la question ».
Cette année deux films avaient rapport avec la situation à Gaza. Le premier était donc La Voix de Hinj Rajab de Kaouther Ben Hania.
Il s’agit là d’un docu-fiction mettant en exergue la présence début 2024 pendant des heures d’une enfant Hind Rajab coincée dans une voiture au milieu de corps de gens de sa famille. L’autorisation est enfin obtenue de l’armée israélienne d’envoyer une ambulance chercher cette fillette mais ce véhicule sera une cible de cette même armée et les secouristes périront tout comme la fillette. Le scénario s’appuie largement sur les enregistrements téléphoniques originaux entre Hind Rajab, la famille éloignée de cette dernière et les employés de l’organisation humanitaire palestinienne. L’action se déroule donc uniquement dans le centre d’appel du Croissant rouge de Ramallah. Le côté dramatique de cette œuvre est d’une rare intensité ; elle est portée notamment par l’intensité de l’investissement de la personne en dialogue avec la fillette.
Le second film à présenter Gaza est Yalla parkour, il s’agit toutefois du Gaza d’avant octobre 2023. La réalisatrice Areeb Zuaiter conte là les exploits d’Ahmad, un athlète de parkour, une méthode d’entraînement pour franchir toutes sortes d’obstacles ici dans des environnements exclusivement urbains. Avec un groupe de jeunes de son âge, le héros non seulement escalade des bâtiments à main nue mais aussi réalise divers mouvements très dangereux au sommet des immeubles. Le rêve d’Ahmad de pouvoir, grâce à sa maîtrise de sport, d’émigrer légalement dans un pays européen, se réalisera. On ressent l’impression qu’il vit dans une prison à ciel ouvert. Areeb Zuaiter n’avait que deux mois lorsqu’elle a quitté la Palestine aussi elle découvre un univers auquel elle est spontanément attaché. Dans Gaza, les ruines sont déjà nombreuses du fait des actions ponctuelles mais répétées de l’armée israélienne lors d’années précédentes.
Khartoum est un film documentaire autour du passé récent du Soudan. Grâce à des images d’archives et les souvenirs théâtralisés de cinq personnages (dont deux enfants) qui habitaient la capitale du pays, on est plongé dans la Révolution de 2019, sa répression et la guerre civile entre deux factions militarisées. L’une est dirigée par Abdel Fattah al-Burhan et l’autre par Mohamed Hamdan Dogolo. Ce dernier est à la tête des Forces de soutien rapide (FSR), des troupes arabisantes (mais non islamistes) largement discriminantes vis-à-vis de la population noire.
Le pays d’Arto fait découvrir le conflit du Haut-Karabagh au moment où il est partiellement occupé par l’Azerbaïdjan, donc entre 2020 et 2023. En effet fin septembre de cette dernière année, ce pays s’empare de la totalité de cette région peuplée majoritairement d’Arméniens chrétiens mais devenue partie prenante de l’Azerbaïdjan (peuplée très largement de musulmans), par la
volonté de Staline. Une Française, épouse d’un Arménien récemment décédé et vivant en France, part en Arménie à la recherche de l’acte de naissance de son défunt mari dont elle a besoin. Au bout de plusieurs pistes l’amenant vers des impasses (mais permettant au spectateur de découvrir certains aspects du pays), elle réalise que son époux est venu dans l’hexagone avec une fausse identité. Les raisons pour lesquelles il a changé son identité sont liées à un évènement dramatique s’étant déroulé durant la Guerre de 1992-1994, dans un lieu du Haut-Karabagh. Elle entend visiter cet endroit précis et cela l’amène à rencontrer des Arméniens vivants dans la partie encore non occupée par les Azerbaïdjanais.
Eleonora Duse rend hommage à une grande comédienne, rivale de Sarah Bernhardt, qui refusa dans une certaine mesure d’être instrumentalisée, lors de ses dernières années, par le régime fasciste. Elle a entretenu des relations suivies avec l’écrivain Gabriele D’Annunzio. L’action se noue au sortir de la Première Guerre mondiale et on la voit dans la dernière partie de sa vie où elle est largement handicapée, par sa maladie pulmonaire, pour mener ses projets. Son rôle est interprétée par Valeria Bruni Tedeschi.
Magellan a été projeté en avant-première puisque sa sortie en France ne s’est faite qu’en janvier 2026. Le réalisateur philippin Lav Diaz retrace là, sur près de trois heures, une partie de la vie de ce Portugais, passé au service l’Espagne, dont une parie des bateaux de son expédition fit le tour du monde. Il laissera son nom à un détroit permettant de passer (au sud du contient américain) de l’Océan atlantique à l’Océan pacifique. Le récit se centre sur deux points, le premier est les difficultés pour Magellan à monter une expédition ayant les objectifs que l’on connaît et le second les évènements liés au contact que ses marins ont avec les populations des îles du Pacifique. Les conditions de vie sur les bateaux sont exposées pour l’essentiel. Ceci se fait principalement à travers des péripéties qui montrent à la fois l’autoritarisme de Magellan et le manque de confiance de beaucoup de ses marins en lui, plus la jalousie de plusieurs de ses officiers.
Alors que certains historiens pensent que Magellan termine sa vie en commandant une expédition suicide de représailles, ici le scénario prend une position révisionniste sur le rôle de son esclave malais. En effet il lui est attribué ici un rôle très actif dans le massacre de marins espagnols. Par ailleurs Lapu-Lapu est le roi de l’île de Mactan dans les ouvrages historiques alors que Lav Diaz le présente comme un personnage mythique n’ayant pas vécu à l’époque de Magellan. Les historiens et le scénariste se rejoignent sur l’importance que prit la volonté de christianiser les populations rencontrées et la conduite irrespectueuse des marins vis-à-vis des croyances locales et des indigènes (en particulier des femmes). Le tournage a lieu dans l’île de Quezon aux Philippines, au cours du dernier trimestre 2024, et en Europe dans le sud du Portugal ainsi qu’à Cadix.
Beatrice, the Wife devrait être un prochain film de Lav Diaz et devrait raconter en parallèle les histoires de Beatriz Barbosa, la femme de Magellan, et celle de l’épouse du chef de tribu qui a fait tuer Magellan.
D’autres films ne manquaient pas d’intérêt pour le type de spectateur que nous avons défini. On trouvait là Shifting Baselines, un documentaire volontairement en noir et blanc (peut-être pour souligner l’inanité de la flotte des engins spatiaux dans un univers hors du temps) du réalisateur québécois Julien Elie. L’action se déroule à Bocca Chica, un hameau proche du Rio Grande et donc de la frontière mexicaine. Ce territoire est celui où s’est imposé le projet Space X d’Elon Musk dont la personnalité n’est pas abordée. La parole est donnée aux scientifiques, aux nombreux admirateurs du projet et aux habitants locaux. Ce projet de colonisation de Mars se traduit essentiellement par une pollution environnementale.
Est un autre documentaire Pompei, sotto le nuole. On est là dans une promenade urbaine rendant hommage au passé et au présent de Naples et Pompéi. Ghoste Elephants permet de retrouver Werner Herzog dans son rôle de cinéaste-explorateur. Pratiquement jusqu’au bout du scénario, on se demande s’il est parti à la recherche d’animaux mythiques et s’il fera chou- blanc. Le récit s’ouvre sur le musée Smithsonian de New York où est conservé le squelette de l’éléphant Fénykövi du nom du braconnier qui a été abattu en Angola en 1955. Ce dernier est énorme mais après tout il peut s’agir d’un spécimen de ces grands mammifères terrestres qui souffrait d’un gigantisme. La caméra de Werner Herzog nous amène à travers un périple en Namibie puis en Angola. On rencontre en particulier un chef d’une tribu africaine qui confirme l’existence de cette race d’éléphant par le récit d’une légende. On parcourt des terres magnifiques, certaines n’ont quasiment jamais été foulées par les Africains même. Ceci nous amène à en apprendre plus sur certains animaux dont les crocodiles qui attaquent plutôt à certains moments de la journée et de la nuit.
Parmi les montagnes et les ruisseaux nous transporte dans une forêt automnale du Canada et de ce fait les couleurs retiennent spontanément notre attention. Le peintre Meng Huang et l’écrivain Ma Jian vivent en exil depuis plus ou moins d’années. Ils parlent d’évènements politiques qui ont secoué la Chine et de création artistique comme piste face à l’oppression et au mensonge.

Le film Les Saisons de Maureen Fazendeiro, projeté en première française, est un documentaire français évoquant la région rurale de l’Alentejo au Portugal. C’est tout un univers culturel que l’on approche depuis certaines légendes renvoyant parfois à une histoire lointaine jusqu’à la révolution des œillets d’avril 1974 où les terres des grands propriétaires sont momentanément occupées. Certains passages s’appuient sur les écrits d’un couple d’archéologues allemands présent à la fin des années 1930 et retenus au Portugal pendant la Seconde Guerre mondiale. Sont présentes des images d’archives en assez bonne quantité et on écoute parfois des chansons.
L’Anglaise et le duc (sorti en 2001 et restauré, présenté comme un film patrimonial) revisite l’époque révolutionnaire sous l’angle d’une farouche opposante aux évènements qui se déroulent et donne une image nuancée mais globalement assez négative de Louis-Philippe duc d’Orléans mort guillotiné après avoir cependant voté la mort de Louis XVI.
En matière de dystopie, on a pu voir Les Voyages de Tereza, un film brésilien réalisé par Gabriel Mascaro. Le gouvernement de ces temps futurs déporte toutes les personnes âgées vers des colonies lointaines en Amazonie. Désirant réaliser un dernier souhait, secrètement elle embarque successivement sur deux bateaux comme passagère clandestine. Elle vit des moments inouïs et fait de nombreuses rencontres en cours de route. La question du poids de la population âgée dans les sociétés actuelles est sensible et est dramatisée à travers ici la mise au pas forcée de celle-ci.
Alain CHIRON

