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Le temps des étoiles

Le temps des étoiles
Hugues Facorat 150 pages
1 critique de lecteur

Avis de Zaynab : "N'abusez pas de votre étoile!"

L’action démarre en septembre 1938 (mais avec immédiatement un feed-back sur juillet 1938) et se clôt le 31 août 1945, elle se déroule quasiment en France et plus précisément surtout à Paris et dans le Tarn. Il s’agit essentiellement d’un roman épistolaire historique pour collégiens, régulièrement entrecoupé de textes officiels touchant souvent ce qui concerne la situation des juifs en France ou par le récit d’évènements  ayant un fort lien avec l’évolution du conflit.    

Durant cet été 1938 Claude, scolarisé dans un village tarnais en CE2 à la prochaine rentrée, a fait connaissance avec la jeune Parisienne d’origine juive polonaise Elisheva venue pour quelques semaines de vacances avec son grand frère Adam, sa sœur Iris et ses parents. Toute cette famille sait jouer du violon, d’où l’image de la couverture.

On va suivre la correspondance échangée entre Claude et Elisheva jusqu’à fin juillet 1942, c’est-à-dire jusqu’à la veille de son arrestation. Adam n’étant pas tombé dans les mains des Allemands, il va trouver refuge ponctuellement auprès de la famille de Claude puis rentrer dans la Résistance à l’été 1943. Iris connaîtra, après son arrestation, un destin assez peu banal.

C’est par le journal d'Adam que l’on suivra ses actions durant ce dernier tiers du conflit. Ce choix semble un peu artificiel car on imagine mal les maquisards laisser l’un d’entre eux rédiger un tel livre de souvenirs. Si on veut aller chercher les doryphores (les poux étant mieux adaptés à la Première qu’à la Seconde Guerre mondiale), on relèvera (à la page 137) que le  8 mai 1945 on ne fête pas la Libération (une date variable selon les lieux, car par exemple Strasbourg n’est atteint que le 23 novembre 1944) mais la reddition allemande et donc la fin de la guerre en Europe.   

Parfois quelques pages de récit, avec un narrateur externe se glissent :

« (l’action est en juillet 1939) En arrivant devant le café, Elisheva utilisa ses ongles longs pour retirer délicatement le dard de l’abeille. Les enfants s’approchèrent alors du comptoir. La jeune fille stoppa net son avancée quand elle entendit un mot. Un mot qu’elle ne cessait d’entendre depuis des mois. Un mot qui, dans la bouche de l’homme accoudé au bar, résonnait comme un gros mot : juif.

— … ils ont raison, et c’est pareil ici, beuglait-il. Les juifs s’infiltrent partout. Ils volent le travail des Français ! Moi… mon beau-frère, il tenait une quincaillerie près de Toulouse. Des juifs en ont ouvert une à deux rues de chez lui. Il a perdu tellement de clients qu’il a dû mettre la clé sous la porte. Et devinez qui a racheté sa boutique… je vous le donne en mille… des juifs !

— Ah ça, répondit un vieil homme au nez rougi et aux dents jaunies, ils aiment l’argent les bougres… surtout le nôtre !

— C’est qu’ils ont le nez pour ces choses-là, lança un jeune homme, en insistant lourdement sur le mot "nez". »

Dans ce roman historique il y a une grande habileté dans l’ensemble à construire un récit captivant en trouvant les mots pour que l’on s’attache au destin des deux personnages principaux dont la psychologie est peinte avec pudeur et justesse. La fin tragique en camp de concentration d’Elisheva est épargnée au jeune lecteur mais il a été profondément sensibilisé aux mesures répressives qui ont touché les juifs durant cette guerre et on ne lui cache pas que beaucoup ne survécurent pas durant cette période, à travers en particulier le fait que dans cette famille de cinq personnes, trois meurent en déportation. Par ailleurs les documents insérés dans le récit ont été bien choisis par leur accessibilité (déclaration de guerre, articles de quotidiens ou de journaux clandestins d’époque, texte du "Chant des partisans"…).

Sûrement un des romans historiques les plus originaux et les plus incisifs (parce que justement refusant les effets percutants pour une approche sensible) sur la France durant la Seconde Guerre mondiale. On notera que les deux héros étant donnés grands lecteurs, se constitue au fil du récit une pertinente anthologie de ce que pouvait lire des jeunes autour de dix ans dans les années trente et quarante.         

Accessible jeunesse Aucune illustration

Zaynab

Note globale :

Par - 463 avis déposés - lectrice régulière

390 critiques
20/10/16
Projection d'Un sac de billes de Jacques Doillon Mardi 25 octobre 2016 à 15h à Orléans
au Cercil—Musée-Mémorial des enfants du Vel d’Hiv
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