Avis de Benjamin : "La laïcité répond à la question de savoir comment faire un avec du multiple, sans écraser le multiple ni désagréger l’un (d’après Olivier Abel)"
Le premier chapitre se nomme "Le corps délivré, analogue à l’esprit émancipé". Les préférences éducatives de Pierre de Coubertin allaient vers le Dr Thring, directeur de l'école d'Uppingham, qui définissait l'éducation comme « une œuvre d'observation, de travail et d'amour». Il critiquait les idées en la matière de l'évêque d'Orléans Mgr Dupanloup, auquel il reprochait la promotion système d'éducation basé sur « l'autorité et le respect ». Les auteurs parlent d’un humanisme cosmopolite chez Pierre de Coubertin. Pour ces derniers « Le sport n’est donc pas un simple divertissement ludique mais constitue une véritable éducation corporelle, soucieuse d’épanouissement et de santé, à l’instar de l’instruction et de l’éducation à la pensée libre ». L’éducation physique et sportive permet l’entretien du corps mais assure aussi la promotion de la maîtrise de soi, la sûreté du geste et la plénitude du plaisir de l’effort accompli.
Le second chapitre s’intitule "Le corps délivré, analogue à l’esprit émancipé". Il s’agit de se référer aux textes porteur de l’idée de laïcité, depuis la Déclaration des droits de l’homme jusqu’à la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République qui renforce le contrôle sur les associations bénéficiant de subventions publiques ou d'un agrément de l’État, l’enseignement à domicile et les établissements scolaires hors contrat. Une approche de "La définition de la laïcité" est l’objet du troisième chapitre. Cette dernière implique la séparation des églises et de l’État qui se matérialise par la neutralité de l’État.
"La laïcité et la redéfinition universaliste de la Nation" est le titre du quatrième chapitre. On est surpris de lire « Les trois événements de juillet et août 1789 aboutissent à une refondation radicale de la Nation et de la manière de la concevoir ». En effet la Révolution française, selon nous, fonde et non pas refonde la notion de Nation. Par contre nous approuvons les références aux idées de Rousseau et Sieyès pour aider à l’élaboration du concept de "Nation". "Liberté, égalité, fraternité et universalité" deviennent les bases de la nouvelle société. Les auteurs oublient de préciser que ces objectifs ne sont très longtemps réalisables que pour les hommes. Cette partie se termine par l’idée que l’UNESCO a fit du sport une pédagogie de l’universalisme et d’une citoyenneté humaniste. Un extrait d’un document de l'UNESCO intitulé Éducation aux valeurs par le sport est proposé: « Le sport a le pouvoir d'offrir un cadre universel pour l'apprentissage de valeurs, contribuant ainsi au développement des compétences personnelles nécessaires pour une citoyenneté responsable ».
Le thème du cinquième chapitre est " Olympisme et universalisme : l’Antiquité gréco-latine ". Il est rappelé là que les premiers Jeux olympiques réunissent les principales cités grecques en 776 avant Jésus-Christ à Olympie. Ce chapitre se clôt par une vision idéaliste. « Il y a bien une éthique du sport comme il y a une éthique de la vie commune et de la culture qui émancipent. On retrouve ici les principes émancipateurs propres à l’idéal laïque, source de respect humain. Le culte de la performance, on l’a vu, n’implique aucune ment de hiérarchiser abstraitement les personnes. La modestie du vainqueur est de mise, comme le rejet des stigmatisations religieuses du corps ».
Le sixième chapitre est une dissertation autour de " La refondation des Jeux olympiques par Pierre de Coubertin (1863-1937) ". Sont soulignées les limites de l’universalisme de Pierre de Coubertin (absence de sportives, usage du vocabulaire "race blanche supérieure", absence de pays colonisés). Sur ce dernier point, vu le type d’organisation des jeux olympiques, un colonisé ne pouvait que concourir au nom de la puissance qui domine son pays. Ajoutons personnellement qu’en 1928 l’Algérien Ahmed Boughéra El Ouafi est médaille d’or du marathon et ainsi le seul représentant de l'athlétisme français à remporter un titre lors de ces neuvièmes Jeux olympiques. De plus en 1936 le Coréen Son Ki-chong (ou Son Ki-jeong) réalise le même exploit sous les couleurs du Japon alors que son compatriote Nam Sung-yong termine troisième dans cette épreuve. Toutefois ajoutent Sabrina Delrieu et Henri Pena-Ruiz: «En août 1913, Pierre de Coubertin déclarait déjà que l’universalisme authentique de l’olympisme devait être ambitieux en raison de son rôle stimulant pour le pacifisme et le dépassement des égoïsmes nationaux ».
On arrive ensuite au septième chapitre "Mouvement sportif et neutralité". Il est rappelé ici que, selon le CIO, que sont interdits tant « tout slogan, inscription ou image à caractère politique, religieux ou personnel » que « toute stigmatisation tenant aux inégalités socio-culturelles, attitudes et propos racistes ou xénophobes ne saurait être admise dans le cadre d’une activité sportive à l’opposé de tels comportements ».
Le dixième chapitre réfléchit sur "Pourquoi penser l'application du principe de laïcité dans le domaine du sport ?". Ce chapitre avance vers sa fin que « Du point de vue de l’application du principe de neutralité, la différence entre sport institué et sport non institué est capitale. D’une part, lorsque l’activité sportive relève du sport institué, la neutralité s’impose aux personnes publiques, c’est-à-dire aux collectivités publiques dans l’organisation et l’accès aux activités et aux équipements sportifs, mais aussi aux personnes privées chargées d’une mission de service public, telles que les fédérations sportives agréées et délégataires, leurs organes déconcentrés et, le cas échéant, les ligues sportives professionnelles. Cela signifie concrètement que le principe de neutralité politique et religieuse doit être observé par les agents de l’État, des collectivités territoriales et de leurs établissements publics (titulaires et contractuels), mais aussi par les salariés des fédérations sportives agréées ou délégataires, ceux des ligues professionnelles, les sportifs représentant la France dans les compétitions internationales, les arbitres et les juges ».
Le chapitre d’après évoque la place de "l’éducation physique et sportive dans l’école de la République". Pour cela il est d’abord rappelé les dimensions de la gymnastique dans la tradition grecque. Sans transition on passe à l’oeuvre du Front populaire, par l’action conjointe de Jean Zay, Léo Lagrange et Henri Sellier. On peut y lire : « À l’abri des prosélytismes, l’école laïque conjugue l’universalisme et l’émancipation. Si elle interdit en son sein toute manifestation ostensible d’appartenance religieuse ou athée et toute propagande politique ou confessionnelle, c’est pour rester fidèle à sa vocation universaliste et non pour brimer les options spirituelles particulières. La neutralité vestimentaire est le recto, et l’universalisme le verso d’une même conception. Dans ce contexte, l’éducation physique et sportive a toute sa place, à l’abri des conflits d’appartenance et des rapports de force grâce à la neutralité laïque».
Le douzième chapitre traite des "espaces de la République distingués par la laïcité". Sont alors caractérisés successivement l’espace privé individuel, l’espace privé collectif, l’espace public collectif et l’espace public institutionnel. La question du port de certains vêtements, comme notamment le voile, le burkini, l’abaya, est soulevée. On trouve ensuite le chapitre "Les espaces de la République appliqués à la pratique sportive", son contenu est un prolongement en matière d’explication de certaines notions évoquées au dixième chapitre.
Les attendus et conséquences de "La loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République" sont évoqués au quatorzième chapitre. Suit le chapitre " La décision du Conseil d’État du 29 juin 2023 ", il est question là des initiatives que chaque fédération sportive peut prendre pour autoriser ou interdire le port du voile à leurs licenciés lors des compétitions.
Le seizième chapitre présente deux propositions de loi, issues du Sénat, l’une en 2022 et l’autre en 2025 qui visent à assurer le respect du principe de laïcité dans le sport. Ces textes n’ont pas été inscrits à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
La conclusion est portée par le dix-septième chapitre. Les dernières idées présentées dans cet essai sont: « La République ne peut être une et indivisible que si tous se sentent reconnus par elle. La cohésion nationale ne se décrète pas, elle se construit ; elle est le fruit d’une intégration réussie de toutes les composantes de la population et de la place donnée à chaque individu. Pour ce faire, la justice sociale, l’égalité des citoyens devant la loi et la fraternité doivent s’ajouter nécessairement à la laïcité. Pour assurer notre cohésion nationale, ne misons donc pas tout sur le seul principe de laïcité au risque de son rejet. De même, ne pratiquons pas l’amalgame entre des personnes qui vivent paisiblement leur religion et des fanatiques religieux qui nourris sent un projet politique. Dans le même esprit, ne cédons pas à la captation identitaire de la laïcité par des groupes d’extrême-droite. Quoi de plus efficace que de fonder la République sur des principes universalistes de droit et non sur des particularismes coutumiers ou religieux ? On vient de le voir en ce qui concerne le sport, les principes du cadre laïque sont bons pour toutes les personnes car ils constituent des leviers d’émancipation humaine. La liberté de conscience, l’égalité de droits, et la consécration de la puissance publique à la promotion de l’intérêt général ont toute leur pertinence dans le champ de l’activité sportive comme partout ailleurs ».
Une vingtaine de pages en annexe rendent compte de la décision en matière de la crèche babby-loup, du contenu de la loi du 24 août 2021 et de la décision du Conseil d’État du 29 juin 2023 touchant le port du voile par les joueuses de football.
Pour connaisseurs Aucune illustration