Avis de Benjamin : "Une laïcité émancipatrice"
L’édition originale date de 1932 et elle est parue sous le titre L’Église et l’École, perspectives prolétarienne. Pour cette nouvelle édition, on bénéficie d’une préface d’Eddy Khaldi, alors un des responsables de l’UNSA éducation et à ce jours président de la Fédération des délégués départementaux de l'Éducation nationale (FDDEN). Longue de 36 pages, elle lui permet notamment d’évoquer les lois successives de financement de l’enseignement privé des IVe et Ve République.
La préface des années trente est par contre de Léon Blum. Ce dernier relève autant ses accords avec Marceau Pivert qu’il pointe que ses divergences avec lui sur le sujet de la laïcité. Marceau Pivert fut un des animateurs de l’aile gauche de la SFIO dans les années 1930 , un adhérent au Syndicat national des instituteurs (en tant que professeur de collège), un membre de la Ligue des droits de l’homme, un franc-maçon et un militant très actif à la Ligue de l’enseignement.
Une première parie est intitulée "L’Église et la laïcité dans l’histoire des luttes sociales". Marceau Pivert y évoque la coercition spirituelle exercée par les clercs à l’époque médiévale. De plus il rappelle que l’Église freine le mouvement communal (de qui est normal car nombre de cités sont sous l’autorité de leur évêque) et prône la soumission aux serfs. Il évoque également des mesures prises contre la Contre-Réforme catholique. On parle de l’oeuvre de laïcisation sous la Révolution.
Le Concordat rétablit l’Église catholique dans une partie de ses prérogatives. Cependant la totalité de l’enseignement reste sous la coupe de l’État (avec souvent une implication des communes) à l’exception des élèves des petits séminaires qui sont en nombre limité.
La Monarchie de juillet amorce un développement de l’enseignement primaire, sous l’impulsion du protestant Guizot. L’enseignement religieux et les pratiques religieuses sont présentes dans l’enseignement public. La loi Falloux ouvre l’enseignement secondaire à l’Église, ceci à la fin de la IIe République.
Marceau Pivert en apprend plus sur l’oeuvre de la Commune de Paris en matière de laïcisation. On passe ensuite aux lois laïques votées de 1880 à 1886. L’auteur s’attardecsur les oppositions qui empêchent, après la victoire du Cartel de gauche en 1924, l’Alsace-Moselle de bénéficier des lois laïques. La résolution concernant la laïcité, votée au Congrès de Nancy de la SFIO en 1929, est portée à notre connaissance en annexe. Dans cette annexe, on a également une biographie de Marceau Pivert.
Le deuxième chapitre se nomme "Les doctrines" et il est divisé en les sous-parties suivantes : Le catholicisme social : l’Église contre le prolétariat, Religion : affaire privée ?, La laïcité bourgeoise de Jules Ferry, La laïcité ouverte de l’abbé Desgranges, Notre laïcité.
On voit au passage que ceux qui tirent à boulets rouges sur les sept types de laïcités de Baubérot gagneraient à ne pas ignorer que Marceau Pivert, comme l’abbé Desgranges, en distinguent trois (mais pas les mêmes). Notre auteur avance que l’Église de son époque invite à la collaboration des classes et enseigne la résignation aux travailleurs. Pour Marceau Pivert l’école laïque n’a pas à être neutre (comme Jules Ferry le voulait) car elle doit se donner un objectif émancipateur, et« l’idéal social de l’école laïque s’oppose à l’idéal divin des religions ».
De l’abbé Desgranges, son biographe disait : « Né d'une famille bourgeoise, il sefit l'apôtre des ouvriers et des prolétaires ». Ce dernier fut chargé des œuvres ouvrières, dès sa sortie du séminaire, par l’évêque de Limoges. Il donna plus de trois mille conférences, la très grande majorité avec un public populaire, pendant quelque cinquante ans. Il est député du Morbihan de 1928 à 1942 et délivra des opinions proches de celles du Sillon au sein du PDP. Il n’est pas étonnant que Marceau Pivert consacre un chapitre à combattre les idées développées par ce parlementaire breton puisque celui-ci entend séduire la classe ouvrière du fait en particulier de ses idées sociales et de son esprit absent de nombres aspects du cléricalisme. De surcroît, comme nous l’avons vu personnellement écrit par Jean-Marie Mayeur « il joue le rôle d’un intermédiaire entre l’Épiscopat et les pouvoirs publics ».
Cet abbé classe les laïques en trois catégories. Il pense que qu’il y a ceux qui entendant respecter les croyances spirituelles, ceux qui veulent proposer une nouvelle laïcité et ceux qui veulent détruire la religion. Marceau Pivert désire nuancer son classement (qu’il devine) dans la dernière catégorie. Il écrit donc : « Nous entendons lutter, par tous les moyens, habituels de la propagande, pour disputer aux croyances ancestrales néfastes de la conscience des travailleurs, pour les appeler à une intelligence plus adéquate de leurs positions de classe. Mais cette intelligence plus adéquate de leurs positions de classe. Mais cette confrontation loyale des idées, cet appel à la raison, celle liberté souveraine de la discussion, n’est-ce-pas ce que l’on appelle "sectarisme" et "laïcisme persécuteur" ? » (page 168). Il rappelle là l’intolérance religieuse passée, que l’on peut vivre honnêtement sans croyance religieuse et définit ce qu’il appelle "la laïcité prolétarienne " se donnant notamment l’objectif de favoriser l’épanouissement de la personnalité enfantine et de donner aux citoyens les moyens d’analyser la société dans laquelle il vit (à savoir celle portée par le capitalisme).
Pour connaisseurs Aucune illustration