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L’échec des premières colonies françaises à Madagascar (1633-1831)

L’échec des premières colonies françaises à Madagascar (1633-1831)
L’Harmattan 259 pages
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Avis de Octave : "Essais non transformés dans des buts esclavagistes"

La prise, sans résistance, de Tananarive le 30 septembre 1895 fit la une des journaux français, produit une abondante illustration et l’objet d’adresse de félicitations conseils municipaux au gouvernement. Toutefois il fallut que le général Gallieni (celui des taxis de la Marne) prenne tous les pouvoirs civils et militaires pour que la "pacification" assure une colonisation de l’île largement souhaitée par les élites réunionnaises.

Toutefois les tentatives de colonisation de la Grande île avaient commencé bien plus tôt et comme on le verra les échecs se multiplièrent entre 1633 et 1831. Le premier Européen à apercevoir Madagascar est le Portugais Diogo Dias, et ceci en août 1500 alors que son bien plus connu frère  Barlolomeu (qui s’était rendu en Inde avec Vasco de Gamma et au Brésil en compagnie de Pedro Álvarez Cabral) vient de décéder près du cap de Bonne-Espérance. Les premiers Français à parvenir  sur les côtes malgaches sont les frères Jean et Raoul Parmentier de Dieppe, ils meurent peu après à la fin 1529 à Sumatra.

Nous sommes invités à découvrir, dans le premier chapitre, la brève existence de la colonie de Fort-Dauphin (baptisée en raison de la naissance récente et quasi inespérée du futur Louis XIV), sur la presqu’île d’Itaperina à la pointe Sud de l’île, au milieu du XVIIe siècle. On parle de quatre mille colons sui ont débarqués depuis 1642 (protestants comme Pronis d’origine normande  ou catholiques comme l’Orléanais Étienne de Flacourt) jusqu'au début des années 1670. Faute d’avoir des produits intéressants à échanger avec les natifs contre des esclaves ou des bœufs, les conflits se multiplient entre Européens et Malgaches . En 1674 les soixante-trois survivants (dont un nombre non négligeable de femmes) partent par étapes se réfugier à l’île Bourbon (La Réunion aujourd‘hui), la moitié n'y parviendront pas. Cette aventure malheureuse est partie intégrante de l’histoire de La compagnie d'Orient puis de La Compagnie des Indes orientales auxquelles sont associées en particulier Fouquet et Colbert.

Absence regrettable dans l'ouvrage de cette carte du Fort-Dauphin dessinée par Flacourt

Le second chapitre met en exergue le rôle de réservoir espéré de Madagascar pour l’île Bourbon et l’Île de France (Maurice) en esclaves, riz et bœufs. Parce qu’on a vendu quelques fusils aux chefs malgaches avides de s’enrichir en vendant des esclaves aux Européens, au XVIIIe siècle les guerres tribales secouent l’île. L’échec se fait cette fois dans l’île Sainte-Marie (Nosy-Ibrahim) très près de la côte nord-est de la Grande île alors et le port Foulpointe non loin, mais à Madagascar, devient un grand comptoir d’achat d’esclaves. Fort-Dauphin est réoccupé mais un projet utopiste (au départ) du Dauphinois Maudave échoue. Un noble hongrois Maurice Benyowszky (ou Beňovský)  tente une nouvelle colonisation dans l’espace de la baie d’Antogil (en face de l’île Sainte-Marie) mais du fait de la rapide hostilité qu’il rencontre de la part des indigènes et des conditions climatiques, l’espace ne fournira ni riz ni bœuf pour les Mascareignes comme espéré.

Après 1815, la France par traité perd l’île Maurice mais garde l’île de la Réunion. Officiellement la traite (c’est-à-dire le transport des esclaves est interdit) mais pas l’esclavage et les Français tentent de se réinstaller à Magascar mais les Hovas régissent et les Anglais désirent garder une influence à Madagascar et si Charles  X décide d’une expédition militaire réussie, deux ans plus tard en 1831 Louis-Philippe décide de retirer les troupes françaises. Toutefois les îles de Mayotte et Nosy-Bé (au nord-ouest de la Grande île) sont occupées une dizaine d’années plus tard.   

Diego-Suarez avait été envisagé comme implantation durable en 1832 et à ce propos bien que ce ne soit pas directement le sujet, et surtout s’il faut en réfuter son existence, on aurait aimé qu'il en soit dit plus sur cette république libertaire de corsaires qui aurait existé à la fin du XVIIe siècle entre Diego-Suarez et Nosy-Bé ou dans la baie d’Antongil sous le nom de "Libertalia" (voir http://www.jeuneafrique.com/135587/societe/r-publique-malgache-de-libertalia-libert-libert-ch-rie/). Un mot est dit page 240 là-dessus à la présentation de Thomas Tew, compagnon du flibustier provençal Olivier Misson dont l'existence reste à confirmer. On apprécie la présentation en fin d’ouvrage de près de cent acteurs de celle colonisation, français ou malgaches pour l’essentiel ; certains ne sont jamais venus dans l’Océan indien mais ils ont soutenu en Europe les projets d'implantation.

Un livre d’histoire en français, avec une action hors de l'espace du royaume de France, sans carte est comme une soupe sans sel et il est anormal que l’on ne nous ai pas fourni une carte de l’île avec l’indication des lieux cités. Même si elle est ici parsemée d'échecs, la présence française dans l'Océan indien fut constante (dès le début du XVIIe siècle) et diversifiée, cet ouvrage est un jalon pour le rappeler.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Octave

Note globale :

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