Avis de Alexandre : "Trouver pourquoi une chose est fausse est-il plus facile que de trouver pourquoi elle est vraie ?"
Ce livre est sous-titré Fake news et théories du complot des Pharaons aux réseaux sociaux. Michel Pretalli est professeur des universités en études italiennes à l’université de Franche-Comté, alors que Giovanni Zagni est docteur en philologie mais aussi journaliste de fact-checking en Italie.
Si notre époque est parfois qualifiée de la "post-vérité", ce n’est pas pour autant que dans les périodes précédentes les individus vivaient dans une ère de la vérité. Simplement, selon nous, avec les réseaux les fake news se sont multipliées et elles se propagent plus vite et touchent un plus grand nombre de personnes.
L’ouvrage est divisé en deux parties. La première se nomme "DE L’ÉGYPTE ANCIENNE À L’ÈRE D’INTERNET". On trouve là douze chapitres:
I. Le dilemme du dieu lointain. Un cas de désinformation dans l’Égypte ancienne
II. Entre hommes et dieux. La désinformation dans la ruse du cheval de Troie
III. Stratagèmes anciens. L’art de tromper l’ennemi chez les Grecs et les Romains.
IV. Incendier Rome. Cicéron et la désinformation comme arme politique
V. La donation de l’empereur. Le faux le plus célèbre de l’histoire occidentale
VI. Meurtres rituels et puits empoisonnés. Les massacres de juifs et les fausses nouvelles sur la peste
VII. Renommée, rumeurs et médisances. La désinformation dans les cours de la Renaissance
VIII. Jean Hardouin. L’incroyable imposture de la culture antique
IX. Une fraude financière. La fausse nouvelle de la mort de Napoléon
X. La conjuration imaginaire. L’histoire des Protocoles des Sages de Sion
XI. Désinformation d’état: « Mesures actives » et Guerre froide
XII. Un débat mondial. La désinformation à l’époque d’Internet
Certains titres renvoient à des sujets assez connus des amateurs d’histoire, comme évidemment le Cheval de Troie , l’histoire des Protocoles des Sages de Sion ou en moindre mesure l’action de Cicéron pour dénoncer la conjuration de Catilina en 63 avant Jésus-Christ. Cependant il est toujours bon de les revisiter sous les plumes de Michel Pretalli et Giovanni Zagni. Ainsi autour de l’action de Cicéron pour défendre la République romaine face à un comploteur populiste, on peut lire: « En 63 avant Jésus-Christ, comme au XXIe siècle, l’indignation, la peur et la haine sont des leviers passants qui affaiblissent l’esprit critique, seul rempart pouvant empêcher la pénétration des fausses nouvelles, seule défense contre la manipulation par désinformation » (page 57).
D’autres focalisations mettent en lumière des faits moins connus comme les actions de Guiulio Cesare Brancaccio, né à Naples en 1515. Il servit dans l'armée de Charles Quint mais en 1554, Guiulio Cesare Brancaccio fit défection pour la France, afin d’échapper à une condamnation pour le meurtre présumé d'un soldat espagnol. Il devint gentilhomme de la chambre du roi sous Henri II, puis sous ses fils François II et Charles IX. Il participa aux batailles de Jarnac et de Moncontour qui l’opposèrent aux protestants français. et acquit une grande renommée pour le rôle déterminant qu'il joua dans la prise de Calais aux Anglais en 1558. En 1571, il se rendit à Vienne, Venise, Turin, Florence et, en 1573, à Naples, où il rejoignit l'expédition de Don Juan pour la reconquête de Tunis au profit des Espagnols. Plus tard, il vécut à Rome, au service du cardinal Luigi d'Este.
En 1581, il publie à Venise une traduction et un commentaire des Commentarii de Bello Gallico de Jules César. Il écrit également un traité Parthenio où il décrit des manières d’arriver à vaincre les Turcs. Il avait d’ailleurs acquis une certaine renommée grâce aux fortifications qu'il fit construire à Tunis, une ville occupée de 1534 à 1575 par les Espagnols. Au cours de sa vie, il dut faire face à de multiples occasions à la désinformation et produisit lui-même des fausses nouvelles. D’ailleurs Nicolas Perrenot de Granvelle, un Franc-comtois éminent conseiller de Charles-Quint, le qualifiait de vantard et menteur, relevant notamment que le titre de comte, dont il se paraît, était usurpé.
Le plus grand nombre des lecteurs de cet ouvrage découvrira Jean Hardouin. Ce dernier est né le 23 décembre 1646 à Quimper et mort le 3 septembre 1729 à Paris. C'est un jésuite se prétendant érudit. Il fut accusé d'avoir supprimé des documents importants et d'avoir intercalé subrepticement des documents apocryphes dans les Conciliorum collectio regia maxima, un ouvrage rapportant les décisions des conciles. Il nia l'authenticité de la plupart des œuvres littéraires de l’Antiquité, avançant que ces textes avaient été forgés par des moines du XIIIe siècle. Dans l’objectif de mieux lutter contre les idées jansénistes, Jean Hardouin tomba dans une hypercritique fantaisiste.
Michel Pretalli et Giovanni Zagni portent la réflexion suivante : « Le pyrrhonisme extrême présente un potentiel descriptif apte à se manifester dans les domaines politique et civil, lorsqu’il débouche par exemple sur le négationnisme, qui représente l’une des facettes les plus sombres de la calamité conspirationniste qui nous afflige » (page 107). Relevons que les écrits de vulgarisation historique du mathématicien russe Anatoli Fomenko (né en 1945) se réclament en partie de l’esprit des idées de Jean Hardouin.
La seconde division, intitulée "COMMENT SE DÉFENDRE CONTRE LA DÉSINFORMATION AUJOURD’HUI" est moins fournie en nombre de pages car elle ne propose que trois chapitres. Ces derniers ont respectivement pour titres:
XIII. Cibler le problème
XIV. Comment vérifier les informations sur internet
XV. Le monde du fact-checking aujourd’hui
Dans le treizième chapitre, Michel Pretalli et Giovanni Zagni révèlent les nombreux types de désinformation: satire ou parodie, fausse connexion (clickbait), contenu trompeur, faux contexte, contenu contrefait, contenu manipulé et contenu inventé. Pour les techniques aidant à vérifier des informations sur internet, on propose: évaluer les sources, données et recherches scientifiques, utilisation expérimenté des moteurs de recherche, recherche diversifiée, géolocalisation et métadonnées, grande méfiance envers l’IA. Dans la conclusion, il y a une invitation pour le lecteur à ne pas dissocier la recherche scientifique et technologique des réflexions historique, philosophique et éthique.
Pour connaisseurs Aucune illustration