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La nièce de Don Quichotte - La pucelle à la triste figure

La nièce de Don Quichotte - La pucelle à la triste figure
L'Harmattan137 pages
1 critique de lecteur

Avis de Georgia : "A la recherche de Don Quijote"

Vincent Silveira s'essaie avec bonheur et jubilation à un style littéraire ancien, le roman picaresque qui trouve ses origines dans le Siècle d'Or espagnol. La nièce de Don Quichotte raconte une quête dont le lecteur peut en tirer des leçons même si l'intention de l'auteur n'est que pure fantaisie. Il nous parle d'ailleurs de leurres dans son introduction. L'action débute en 1621 dans un couvent madrilène. Philippe IV débute son règne et une jeune femme commence son aventure. Mais là s'arrêtent les points communs entre le Roi très catholique et Dulcinea, la pucelle à la triste figure. Vincent Silveira y reviendra plusieurs fois, n'hésitant pas à réitérer cette expression qui définit bien la jeune fille au début de l'histoire, sans le sou, orpheline, privée de tendresse et d'amour.

Descendue dans la crypte du couvent des Trinitarias à Madrid, Dulcinea s'émeut car elle pense avoir atteint le but qu'elle s'était fixée, retrouver les ossements du manchot de la Manche. C'est déjà annoncer la qualité de l'écriture, le jeu musical des sonorités grâce aux répétitions de mots qui chantent. Nous en retrouvons des exemples tout au long du récit : hybride et débridée, le divin devin. La mère-abbesse est prête à l'aider à condition que la visiteuse lui raconte ses aventures trépidantes et surprenantes.Il faut dire que l'esprit de la religieuse est traversé de turbulences et de désirs illicites. Elle s'illusionne à voir en Dulcinea le portrait vivant de la Vierge Marie. La jeune femme est appétissante. La mère-abbesse se jette sur la malheureuse et se livre sur elle à des actes indécents pour une religieuse. Les amours saphiques sont décrits avec trivialité et réalisme.

Le roman picaresque livre là son premier secret. Il y est question de moeurs illicites, de vies déphasées et de personnages arrachés à la normalité en échange d'une vie de misères et de souffrances.Puis, la pucelle à la triste figure commence son récit. Les différentes mésaventures sont racontées comme autant de contes, chacun tenant dans un chapitre. Leur brièveté ne rime pas avec sobriété car c'est le propre du roman picaresque que d'apporter une note exotique, absurde, déraisonnable qui va tenir en haleine le lecteur. L'écrivain ne doit pas chercher à convaincre mais faire preuve d'extravagance, dénoncer sous des travers de dérision la grisaille de la vie du personnage, dépeindre les scènes d'amour non édulcorées. La dérision y est présente en permanence. Le malheur, aussi.

Quand la pauvre enfant perd son dernier parent, elle est recueillie par son oncle qui la nourrit de romans de chevalerie où le héros accomplit des merveilles. Mais l'abandon la poursuit comme une fatalité. Son oncle s'en va, un beau jour, sans crier gare. Elle ignore son lieu de destination, la faim la tenaille, elle est assoiffée d'amour et privée de tendresse. Il lui faut donc partir à sa recherche. Rien dans le récit n'est adouci, ni la situation de la jeune fille, ni ses émotions et encore moins l'évocation des moeurs de l'époque.On y retrouve tous les ingrédients du roman picaresque. A commencer par une héroïne qui n'en est pas une. Vincent Silveira l'évoque au début du roman et toute la suite de l'ouvrage vient conforter cette constatation.

Le monde est cruel au Dix-Septième Siècle et seule l'auto-dérision - car l'usage du je est une des règles incontournables du roman picaresque - met à distance le lecteur du drame de Dulcinea.Seule au monde, elle n'a d'autre choix que de rejoindre son oncle, personnage principal de l'oeuvre de Cervantes. Sur le dos de Quiza Panjote, fruit déjanté des amours de l'âne de Sancho Panza, l'écuyer de son oncle et d'une vieille carne que Don Quijote de la Mancha lui a léguée, notre héroïne va rencontrer des personnages atypiques, hors normes, venant de milieux différents, des vieillards, une jeune épouse, des hommes libertins ou crédules, des croyants que l'on peut berner facilement.

Au début de son voyage, la pucelle à la triste figure rencontre une jeune gitane, prénommée Gitanilla qui va partager une grande partie de ses aventures et enrichir sa réflexion. Pourquoi ne pas s'enrichir aux dépens des naïfs, voler les voleurs, vivre de récits sans suite ni logique, se moquer de la foi aveugle et stupide des croyants ? Elles se déclarent sans feu ni lieu, hommage décalé et drôle à une autre règle du roman picaresque. Les héros se déterminent comme des êtres sans foi ni loi. Si elles se jouent des autres, il se noue entre elles deux une entente cordiale et une tendresse qui les font voyager dans le monde de l'amour vrai et bouleversant, fait de tendresse et de compassion, bien loin de la scène d'amour forcé de Dulcinea avec la mère-abbesse. Hélas, une rencontre inattendue va séparer les donzelles. Gitanilla doit s'en aller et la pucelle à la triste figure entame par le truchement d'un livre  une autre quête qui va lui apporter bien des surprises et une réponse à ses questionnements. La chute est comme le reste du roman, édifiante.

On retrouve dans la nièce de Don Quichotte les thèmes chers à Vincent Silveira, la croyance dans l'humanité, la liberté dans la foi, - l'inquisition se fait pressante et menaçante, les reliques sont l'objet de basses manoeuvres et se retrouvent désacralisées -, l'enrichissement d'une société qui ne rejette pas la diversité ethnique. Il y a enfin l'importance du livre - Don Francisco de Quevedo et Don Luis de Gorgora sont mis en valeur - comme source de tout. On y trouve aussi le bâton de pèlerin indispensable pour entreprendre le long voyage de la connaissance. La connaissance de soi et des autres.

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Georgia

Note globale :

Par - 29 avis déposés - lectrice régulière

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