Avis de Octave : "La souveraineté appartient au peuple mais il lui est bien difficile de l’exercer"
Dans son avant-propos (baptisé "note d’intention"), Marc Thoumelou montre une forte inquiétude face au devenir de la démocratie libérale, caractérisée principalement par la protection des libertés de l'individu et une séparation des pouvoirs. « Nombre de grands esprits (historiens, philosophes, sociologues…) considèrent que la place prise dans notre société par les droits des individus (dont ils ne remettent aucunement en cause le principe) aurait atteint les limites du supportable : paradoxalement, ces droits et libertés, sans lesquels il ne saurait y avoir de démocratie libérale, en serait venus à entraver l’exercice de la souveraineté au lieu de l’accompagner ; les libertés individuelles primeraient les devoirs de la citoyenneté jusqu’à les faire oublier à beaucoup. Loin de l’idéal de la fraternité, la réalité (en France, mais pas seulement) serait plutôt celle de chacun pour soi, voire de tous contre tous. Il n’y a plus, entend-on souvent de société. Et quel est le destin d’une démocratie qui ne repose pas sur une société ? » (pages 4-5).
Marc Thouvenou constate que l’on gouverne sans tenir vraiment compte de l’opinion du peuple et même sans écouter les élus de la Nation. La gouvernance est devenue technocratique et l’opposition à certaines décisions peut de ce fait se manifester par la violence. Il entend voir se rapprocher le peuple et le pouvoir pour résoudre la crise démocratique qui secoue la France. Si le questionnement est sérieux, le ton est par contre disert et n’oublie pas de glisser des pointes d’humour.
Cette pièce de théâtre est un outil de sensibilisation aux enjeux démocratiques. Le contenu met en scène Marianne (La République), Démos (le peuple), Socios (l’observateur), Bourbon-Luxembourg (la représentation nationale), Léviathan (L’État), Beauvau (le ministre de l’intérieur), Dolos (la manipulation), Lyssa (la colère) et Phobos (la peur). Dans leurs échanges, les personnages évoquent des figures allégoriques comme César (le démagogue), Doxa (pensée dominante), Big Data (recueil de données utilisables à mauvais escient par Dolos).
Notre auteur interroge donc les fragilités de la démocratie en personnifiant les éléments qui perturbent le débat démocratique. L’ouvrage ou la représentation théâtrale peuvent constituer un support original pour l’enseignement du civisme au lycée, mais également venir animer une discussion dans une action menée par une association.
Notons que Marianne et le souverain captif a pour sous-titre Anatomie d’une démocratie vacillante. D’autre part relevons qu’André Tardieu écrit, à la fin des années trente, Le souverain captif ; dans cet ouvrage cet ancien président du Conseil se plaint de blocages au niveau de la gouvernance du pays.
On peut lire, sous la plume de Tardieu, là : « L’autorité des chambres et de les transformations du mandat en profession salariée et réglementée ; la mainmise des combinaisons électorales, avec toutes leurs servitudes sur la vie des pays ; l’expropriation du gouvernement exécutif par l’impuissance du président du Conseil ; la défense efficace de tous les intérêts particuliers et la non-représentation de l’intérêt général ; le sabotage de l’autorité de l’État, des finances publiques, de l’harmonie sociale et de la puissance nationale ; l’asservissement des esprits aux considérations matérialistes et la destruction de l’idéal – tels sont les résultats que devra constater notre enquête ».
On voit que les rapports de pouvoir entre les parlementaires, les Présidents du Conseil (équivalents des Premiers ministres) et les Présidents de la République ne sont plus du tout les mêmes à 90 ans de distance. Par contre d’autres dysfonctionnements ont perduré.
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