Avis de Benjamin : "Là où le communautarisme enferme, la laïcité ouvre"
Une part non négligeable des textes proposés ici sont la reprise d’articles, d’extraits de rapport, de pages tirées d’un ouvrage… La philosophie générale est que la laïcité protège des replis identitaires porteurs de soumission de la femme envers les hommes et donc d’inégalités.
Les trois directrices de l’ouvrage sont Laure Caille, Annie Sugier et Michèle Vianès. La première a été professeur agrégé et ancienne Vénérable du Grand Chapitre féminin de France elle est présidente de l’association Libres MarianneS, la seconde (née en 1942) est co-fondatrice avec Simone de Beauvoir de la Ligue du Droit international des femmes fut une physicienne dans le domaine nucléaire, et la troisième (née en 1946) a été professeure des écoles et est notamment cofondatrice et présidente de l'association féministe laïque et universaliste Regards de Femmes.
Les contributeurs dépassent le nombre vingt et ont produit une trentaine de textes, plus ou moins récents puisque l’un date même de 1994. Parmi ces auteurs, certains ont été connus des médias (à une certaine époque et pas obligatoirement en France) comme Razika Adnani (philosophe peut-être d’origine algérienne), Fatiha Agag-Boujahlat (née à Montbéliard, de parents algériens, à l’origine professeure d’histoire-géographie), Djemila Benhabib (femme de lettres canadienne ayant passé son enfance en Algérie et vivant actuellement en Belgique), Kamel Daoud (écrivain binational né en Algérie, prix Goncourt 2024), Chantal Jouanno (ancienne sénatrice UDI de Paris et secrétaire d'État chargée de l'Écologie), Catherine Kintzler (professeur émérite de philosophie), Françoise Laborde (autrefois professeure des écoles, ancienne sénatrice radicale de gauche de Haute-Garonne, présidente de l’association ÉGALE), Arlette Laguillier (du mouvement trotskyste Lutte ouvrière), Frédéric Lenoir (ancien directeur de la rédaction du Monde des religions), Maryam Namazie (née en 1966 en Iran, femme de lettres ayant fondé le Conseil des ex-musulmans de Grande-Bretagne), Lucetta Scaraffia (historienne et journaliste italienne), Frédéric Thiriez (avocat et ancien président de la Ligue de football professionnel, Odon Vallet (né en 1947, universitaire mais aussi responsable dans l’édition pour notamment la revue Arcadie de défense des droits des homosexuels et administrateur de banque), Anne Zelensky (né en 1935, ancienne professeure d’espagnol, militante féministe ayant signé le Manifeste des 363 (salopes) pour mettre fin à la pénalisation de l’avortement.
Suivant les indications fournies dans l’introduction, « la première partie présente de manière synthétique la façon dont les religions fonctionnent comme des vecteurs de patriarcat (...), la deuxième partie interroge l’articulation entre les droits des femmes et le paradigme de la Séparation des Églises et de l’État ». « Dans la troisième partie, des responsables d’associations féministes, laïques, universalistes, soulignent les difficultés rencontrées dans leur combat et pointent l’obstacle majeur à l’évolution des droits des femmes : le relativisme culturel qui bloque toute avancée, notamment au sein des instances internationales. Un chapitre particulier est consacré au voile, sujet traversé d’incompréhensions majeures, mais aussi d’enjeux cruciaux en matière d’égalité et de projet de société. La quatrième partie plaide pour les combats à mener prioritairement, en s’appuyant sur les avancées déjà réalisées aux niveaux national et international, pour que la nécessaire égalité entre les femmes et les hommes progresse, dans les textes et dans les faits. Enfin, la cinquième parie défend l’urgence d’une vision laïque, seule capable de porter le combat féministe comme un principe fondamental de sécurité et d’égalité pour toutes les femmes dans le monde ».
Parmi les textes qui m’ont personnellement le plus séduit, je relève celui des lois sur le blasphème, du féminisme islamique (autour de celles qui se disent libres en suivant les préceptes de la charia), de la compatibilité entre la loi et certaines pratiques d’un culte, de l’influence de la religion sur le statut des femmes (avec en particulier le cas polonais), du Collectif des femmes sans voile d’Aubervilliers, des conséquences du port du voile sur la santé physique, la santé psychique ainsi que le bien-être mental et social, des attaques de l’école publique par des intégristes, du modèle sportif islamique, du combat laïque face à la demande de justice.
L’ouvrage se clôt ainsi : (au sujet de la laïcité) « là où le communautarisme enferme, elle ouvre. Là où la norme sacrée impose, elle libère. Elle ne promeut pas mécaniquement l’égalité, mais elle crée l’espace où l’égalité devient possible et où le combat pour les droits des femmes peut gagner en force et en autonomie ».
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