Avis de Alexandre : "Que fait la guerre à ceux qui la font ?"
Le Professeur Patrick Clervoy est un psychiatre militaire exerçant à l’hôpital d’instruction des armées françaises du Val-de-Grâce. Dans son premier chapitre, l’auteur raconte des souvenirs familiaux liés à la Seconde Guerre mondiale.
Le second chapitre s’intitule "Ce qui pousse les hommes à la guerre" et il cite tant les idées de Michelet au sujet de son idée de la patrie que des formes de patriotismes vécues ou décrites par plusieurs personnes. Relevons qu’il présente le message d’indignation publié en 1956 dans Le Monde par Henri Marrou (historien antiquisant français de culture catholique) au sujet de la torture en Algérie. Ce texte se clôt par « La patrie est en danger ». D’autre part Patrick Clervoy conclut lui ce chapitre par : « Le patriotisme peut être compris comme l’attachement aux valeurs qui unissent les membres d’une communauté. Il est le ciment. Les membres de cette collectivité sont d’autant plus animés à la défendre que cet attachement est fort, pour le meilleur et pour le pire, comme nous allons l’observer dans les chapitres qui suivent » (page 37).
Avec le troisième chapitre, on est plongé dans la psychologie des guerriers à l’époque de la Grèce antique. Il conclut que le fantasme du combattant grec est de mourir au champ d’honneur afin que son sacrifice ne s’oublie pas ? Dans le chapitre suivant, Patrick Clervoy s’intéresse en particulier à l’expérience militaire de l’écrivain Céline racontée dans Voyage au bout de la nuit. C’est pour l’auteur un homme qui hurlera toujours sa douleur après son existence, celle-ci prenant des côtés hideux parfois.
Le cinquième chapitre se nomme "Commander et désobéir". Il est question de domination du peuple allemand sue les autres peuples justifiée par la biologie mais aussi des mutineries de 1917 (citant les cas d’Henri Kuhn et le fantassin Thibault). Parmi les dernières lignes de ce chapitre, on peut lire : « Du fond de son cœur un soldat n’obéit pas à son chef, il obéit aux valeurs que cette autorité est censée incarner » (page 67).
Le sixième chapitre se consacre aux opérations américaines en Irak en 2003. L’incertitude, sur qui était un ennemi ou ne l’était pas, déboucha sur des morts injustifiées qui replongeait selon nous dans un vécu à rapprocher de celui de la guerre du Vietnam. Les Américains perdirent plus de morts par suicide (avec les cas plusieurs années après la des fonctions du soldat) en Irak que de tués au combat.
Les premiers chapitres sont regroupés dans une partie intitulée "Penser la guerre" et les chapitres sept à douze sont regroupés sous le chapeau "L’épreuve du combat". On y évoque en particulier la peur, l’inhibition à tuer, le déchaînement de la violence et le scandale moral à la prison d’Abou Ghraib.
La troisième partie traite de la souffrance des vétérans, une douleur que Patrick Clervoy ne connaît pas que par des récits puisque, par ses fonctions, il l’a entendu de la part de nombre de ces anciens combattants. La quatrième partie "Faire la paix avec soi-même" permet à Patrick Clervoy d’évoquer des tentatives variées de résilience.
La dernière partie se penche sur l’histoire et les messages des monuments aux morts. L’auteur ne manque pas de citer ceux délivrant un message pacifiste tel celui de Rocles dans l’Allier ou ceux de Gentioux-Pigerolles dans la Creuse (largement connu du fait des gestes de l’enfant qui est représenté là) ou dans l'Hérault de Lodève (reflétant une différence entre une classe sociale ayant approuvé la guerre et une autre classe sociale l’ayant subie). Dans sa conclusion, l’auteur redit la souffrance des vétérans et leur questionnement sur le sens et les conséquences de leur combat.
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