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Histoire de l’extrême-droite française de 1870 à nos jours

Histoire de l’extrême-droite française de 1870 à nos jours
Perrin912 pages
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Avis de Adam Craponne : "Ce qui perdure dans l’extrême droite, c’est le primat de la nation, de l’enracinement et la remise en cause des élites"

Commencer l’histoire de l’extrême-droite ici, c’est choisir le moment où une restauration royaliste, jugée possible, échoue. À partir de 1880, ce n’est plus la fidélité au roi et au catholicisme qui porte le plus les idées de l’extrême-droite mais le nationalisme. Maurice Barrès puis Charles Maurras théorisent ce dernier. D’ailleurs le premier est un défenseur d’une partie de l’héritage de la Révolution française. La vague boulangiste, empreinte de culture bonapartiste, marque définitivement la domination du nationalisme à l’extrême-droite, le courant royaliste perdurant l'assimile.

Le nationalisme  est, selon l’édition de 1874 du Petit Larousse, « une préférence aveugle et exclusive pour la nation à laquelle on appartient ». Girardet écrivait lui en 1966 que le nationalisme est « un système de pensée essentiellement fondé sur l’affirmation de la primauté, dans l’ordre publique, de la défense des valeurs "nationales" et des intérêts "nationaux" ». Plus loin, Olivier Dard rappelle qu’existant « trois thèses, aujourd’hui classiques, [qui] voient dans le nationalisme un avatar du bonapartisme (René Rémond), une droite révolutionnaire assimilable à un préfascisme (Zeev Sternhell) et une mouvance populiste et ligueuse (Pierre Milza) » (page 35).

 Jusqu’aux dernières années du XXe siècle, les droites nationalistes n’ont connu que des succès électoraux éphémères : boulangisme et poujadisme. Dans son premier chapitre, Olivier Dard montre comment une restauration fut impossible dans les années 1870 et combien le boulangisme est un phénomène polymorphe. Pour Zeev Sternhell le boulangisme est le premier jalon d’une droite révolutionnaire et d’un préfascisme.

Le second chapitre comment, dans les années 1870, un antisémitisme militant se développe au sein de la Ligue des patriotes de Déroulède, Drumont, Jacques de Biez (d’ailleurs alors poitevin mais étant effectivement normand de naissance) et Jean-Émile Millot. Maurice Barrès a été boulangiste et il offre en 1894 à Maurras la direction du journal La Cocarde.  Au cours des années à venir, Maurras affermit son fédéralisme. L’Affaire Dreyfus va alimenter l’assise nationaliste et l’antirépublicanisme de l’Action française. Les inventaires de 1906 vont nourrir son implantation chez les catholiques. Quand la répression frappe les grèves ouvrières, l’Action française dépeint la République comme un régime foncièrement répressif et se réfère positivement aux idées de Proudhon. À la Belle Époque, cette dernière dénonce les entreprises coloniales comme dérivatives à l’objectif de reprendre l’Alsace-Lorraine. Au moindre prétexte (réel ou inventé), la germanophobie s’exprime.

Durant la Grande Guerre, Barrès adhère complètement à l’idée d’Union sacrée alors que Maurras poursuit ses critiques du régime républicain tout en soutenant l’effort de guerre des ministères qui se succèdent. Ceci se fait avec des nuances et évidemment c’est Clemenceau et Raymond Poincaré (comme président de la République) qui sont bien plus appréciés que les autres. L’antigermanisme nourrit la critique du Traité de Versailles et des prolongements qui en découlent. Si des nationalistes de la Ligue des patriotes (du défunt Déroulède) sont intégrés aux listes du Bloc national, par contre les candidats d’Action française ne le sont pas toujours, ainsi Léon Daudet recueille  environ 10% des voix sur une liste autonome dans un secteur de la Seine. Cette période de 1919 à 1924 est celle où ce mouvement joue un rôle au niveau parlementaire. 

Durant l’Entre-deux-guerres, l’Action française est baptisée L’Inaction française par nombre de ceux qui fonderont une des ligues qui vont prospérer. Il était fort utile de mettre en lumière le rôle joué en particulier par Pierre Taittinger, au départ proche du courant bonapartiste en voie de fossilisation. Les mesures en matière de laïcité envisagées après la victoire du Cartel des gauches alimentent le recrutement de certains mouvements. Ces ligues sont rivales entre elles et font une très sérieuse concurrence à l’Action française. L’émeut du 6 février 1934 amène à se poser la question de l’influence de fascisme qui pèse sur certaines. Après cet évènement, on observe la transformation de certaines en parti, un bon exemple est la mutation des Croix-de-feu de La Rocque en PSF et celle des Jeunesses Patriotes en  Parti national populaire ayant pour leader Taittinger. Par ailleurs le PPF de Doriot, financé en particulier par la banque Worms et l'Italie, connaît un mouvement de fascination.

Les évènements intérieurs comme les grèves de 1936 radicalisent les nationalistes. Le soutien à l’Italie dans son désir d’annexer l’Éthiopie et par là la dénonciation des sanctions frappant Rome constitue un tournant dans le passage vers un discours de compréhension des ambitions territoriales des régimes totalitaires non communistes. La grande presse donne de l’écho à ces positions, ainsi Le Temps, porte-parole de la bourgeoisie républicaine, publie le 4 octobre 1925 Le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l’Occident et la paix en Europe où il s’agit de s’insurger contre les sanctions frappant l’Italie et une guerre déclarée à celle-ci par une coalition. Léon Daudet, Charles Maurras et d’autres membres de l’Action française signent ce texte.

On prépare là les discours de refus de réponse aux annexions menées par Hitler, celles-ci pèsent sur l’évolution des mouvements nationalistes. L’attitude à prendre divisent ces derniers, ainsi Taittinger, qui a voté pour les Accords de Munich  (et ajouterons-nous personnellement a même émis  le voeu que deux rues de la capitale soient immédiatement baptisées rue Daladier et rue Chamberlain), se rend en Pologne en mars 1939 pour marquer son soutien à l’intégralité des frontières de ce pays.    

Pour le régime de Vichy, il y a un intéressant passage en revue des ministres les plus influents. On apprend ainsi, page 291, que Goebbels en personne a fait pression pour que Henriot, au demeurent milicien, soit nommé secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande, comptant sur ses nouveaux discours radiophoniques à venir pour influencer l’opinion.     

Guerres coloniales et Guerre froide attisent la culture des nationalistes. Les divers mouvements en activité sous les IVe et Ve république sont passés en revue, le poujadisme est précurseur pour cette période. Certains découvriront comment, suite aux évènements de 1968, certains quittent l’Action française pour, après une étape, fonder la Nouvelle Action royaliste dont le chef est Bertrand Renouvin. Ce mouvement défend l’idée d’une monarchie constitutionnelle, s’oppose à l’idéologie atlantiste, prône le droit de vote des étrangers au niveau local et combat toute xénophobie. Nous conseillons de regarder sur youtube les vidéos que ce mouvement propose, renouvelant ses invités parmi les historiens au discours le plus intéressant (https://www.youtube.com/@NouvelleActionRoyaliste).

Les années postérieures à la présidence de Charles de Gaulle voient se développer notamment le GRECE d’Alain de Benoist qui s’oppose frontalement sur bien des points avec le discours servi par le Front national puis le Rassemblement national. Les actions de l’ambitieux Bruno Mégret sont à lire, elles permettent de vois notamment combien d’entre elles ont trouvé un recyclage dans les agissements révisionnistes de Marine Le Pen.  Le dernier paragraphe de l’ouvrage avance que le dynamisme du Rassemblement national tient pour beaucoup dans l’existence d’une France fracturée  et à l’évanescence des forces politiques traditionnelles de gouvernement (page 718). On apprécie le très copieux index des noms de personnes.  

Pour connaisseurs Aucune illustration

Adam Craponne

Note globale :

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