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Réformer l’école? L’apport de l’éducation comparée

Réformer l’école? L’apport de l’éducation comparée
L’Harmattan 650 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "Réformer l’école, sinon en musique, du moins avec entrain"

Le livre est bâti à partir des communications faites au 13e colloque de l’Association française d’éducation comparée et des échanges (AFDEC) qui s’est tenu fin octobre 2016 à l’université de Paris Descartes. Cette réunion était l’occasion de rendre un hommage à Louis Porcher décédé en juillet 2014 qui fut entre autre directeur de l’École normale de Saint-Cloud et expert dans l’enseignement des langues étrangères auprès de la Commission européenne de Bruxelles puis du ministère de l’Éducation nationale.

Dans l’introduction, Dominique Groux (président de l’AFDEC) rappelle que Viviane Isambert-Jamati (d’ailleurs auteure en 1977 de l’ouvrage La Réforme de l'enseignement du français à l'école élémentaire) écrivait que « le dilemme conservation ou novation, non pas dans les formes, mais dans les orientations fondamentales, reste une source de tension majeure de l’éducation contemporaine (page 20). On ouvre justement sur une première partie intitulée "Réforme de l’école et de la formation des enseignants" avec de plus comme première contribution "De la difficulté de réformer l’éducation en France : l’exemple de la réforme des rythmes scolaires". Dans ce texte il est souligné que l’histoire des réformes touchant l’éducation a toujours été volcanique et chaotique sous la Ve République, dans la mesure où ces réformes rencontrent toujours des résistances tant chez les professeurs, que les parents, les élèves, les syndicats et partis politiques.  Certaines dispositions restent lettre morte comme celle (initiée en 1994 par François Bayrou) des études dirigées à l’école primaire que d’ailleurs l’actuel ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer reprend pour le collège. L’article se termine par le développement de six défis à surmonter pour que passe en souplesse et efficacité une réforme : ne jamais perdre de vue ce qui donne son sens à la réforme et en constitue le cœur, obtenir et maintenir un consensus minimal, savoir/pouvoir résister à la versatilité de l’opinion,  être capable de dépasser ses intérêts égoïstes, ne pas se contenter d’un bricolage permanent fondé sur un rapport de force, ne pas succomber au penchant pour les guerres de religion (pages 40-41).     

Photographie ne figurant pas dans l'ouvrage

Du texte sur les réformes initiées en Tchéquie depuis les années 1990, on pourra retenir ceci : « Ce qui est important pour le succès d’une réforme, ce n’est pas seulement son démarrage, mais c’est aussi sa mise en œuvre et son institutionnalisation » (page 57). On a après une comparaison entre les évolutions dans le secondaire chinois et français, faite par un natif de l’Empire du milieu. On ne sera pas surpris de voir que l’école chinoise soit très sélective et que le passage des évaluations se fassent mensuellement en Chine (ce qui d’ailleurs était encore le cas en France avant 1968) et que le passage à ce qui correspond au lycée et plus tard à l’enseignement supérieur relève d’un concours comme l’entrée dans un établissement privé. Manque dans cette belle étude une donnée, l’évaluation de la durée du travail scolaire dans l’ensemble de l’année scolaire des élèves des deux côtés. N’oublions pas qu’à la présence en classe, s’ajoute des cours supplémentaires de renforcement (pas individualisés mais par groupe allégé) appelés  (補習班bǔxí bān) tant dans la semaine que pendant une partie des vacances. Pour l’auteur à propos de l’enseignement dans son propre pays « alléger et diversifier les évaluations et les concours est un objectif des réformes. Toutefois cela risque  d’entraîner l’inefficacité de l’enseignement et de sacrifier l’esprit compétitif » (page 68). Ce qui nous amène personnellement à poser la question de la compréhension des connaissances chez un élève chinois, qui passe son temps à apprendre par cœur, et d’un élève français qui est invité très souvent à mettre du sens dans ce qu’il apprend.     

Dans toujours cette première partie, on a une comparaison cette fois  sur l'importance qu’ont au Québec et en France dans des pédagogies alternatives (pour l’hexagone s’inspirant en particulier des idées de Freinet et de Montessori): la place du jeu dans les apprentissages, l’évaluation non chiffrée, le statut de l’erreur et l’interdisciplinarité. Une réflexion finale pour la France pose la question de la liberté que peuvent revendiquer  ces pédagogues de mouvements originaux d’éducation face à des variations d’ instructions officielles à d’autres instructions officielles porteuses de philosophies globalement différentes. Dans cette première partie on trouve également un texte sur les validations des acquis de l’expérience (VAE) et un sur une expérimentation innovante dans une classe du lycée d’Eaubonne autour de la motivation scolaire.   

La seconde partie est intitulée "Égalités des chances, tutorat, aides et soutiens". Sont présentées des études concernant La Réunion et Mayotte (ensemble), la Colombie et le Québec plus deux textes de réflexion : l’un sur les communautés de pratiques et l’autre proposant entre autre une typologie des élèves de 1925 à nos jours en cinq divisions.

La troisième partie met en valeur les "écoles différentes", qui se revendiquent de l’idée de créativité. On y apprend qu’en Chine les écoles s’inspirant de la pédagogie Freinet existent…au niveau de l’école maternelle et au nombre de moins d’une demi-douzaine. Toutefois on devrait passer en 2017 à l’ouverture d’écoles élémentaires de ce type, dans le même ordre de grandeur. On devine pour quel public et que la sélectivité y prendra d’autres formes que dans le reste de l’enseignement chinois (réflexion personnelle).

On a là aussi des textes autour d’expériences au Togo, Chili, Australie, Grèce, Mexique, Québec, Angleterre, Chine et France. La quatrième et la cinquième partie sont consacrées à deux domaines dont l’importance est devenue grandissante durant des trente dernières années à savoir la place à faire à l’enseignement des langues étrangères dans un cas et à l’informatique dans l’autre. La dernière partie est, elle aussi, vraiment d’actualité puisqu’il s’agit d’éducation à l’altérité (non seulement en France, Suisse et Italie mais aussi au Brésil). Une de ces expériences ayant débouché sur la réalisation par des élèves d’exemplaires du jeu d’Afrique noire bien connu de l’awalé, on a page 633 la règle de jeu de celui-ci. On a là globalement un ouvrage rafraîchissant, permettent de ne pas désespérer Billancourt face à des temps incertains.      

Pour connaisseurs Peu d'illustrations

Benjamin

Note globale :

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