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La fabrique des parfums : naissance d’une industrie de luxe

La fabrique des parfums : naissance d’une industrie de luxe
Vendémiaire410 pages
1 critique de lecteur

Avis de Benjamin : "Grasse à qui le parfum musique du corps?"

Voici près vingt ans en 1997 Paul Rasse, dans un ouvrage "Techniques et cultures au Musée" non cité par Eugénie Briot, qu’il coécrivait avec Éric Necker consacrait un chapitre entier au Musée international de la parfumerie de Grasse. Il révèle que c’est François Carnot, le fils du président de la République assassiné Sadi Carnot, qui ouvre en 1918 dans cette ville un musée privé en partie réservée à la parfumerie. Son épouse, née Valentine Chiris, lui a peut-être soufflé l’idée, et tout cas l’a aidé pour la constitution des collections puisqu’elle est la fille d’un parfumeur grassois. En 1938 il propose d’ouvrir un musée public entièrement consacré à la parfumerie mais le projet n’aboutira qu’en 1989 avec l’ouverture du Musée International de la Parfumerie.

Eugénie Briot rappelle par contre, dans les premières pages de son ouvrage, que tout livre de géographie évoquant les Alpes-Maritimes consacre plusieurs lignes à cette parfumerie française, modèle pour celles des pays étrangers, qui a pour capitale Grasse. Dans la moitié d’un chapitre, elle retrace l’histoire de cette activité dans cette région occidentale des Alpes-Maritimes, d’ailleurs partie du département du Var jusqu’en 1860 et donc française depuis 1481. Par ailleurs parmi la quinzaine d’illustrations, un tiers concernent cet espace géographique.  

"La fabrique des parfums : naissance d’une industrie de luxe" commence par montrer qu’un même produit peut être utilisé comme parfum, médicament ou poison qu’à tort longtemps fétidité et nocivité ont longtemps été associées. Au début du XXe siècle des études sont menées pour mesurer l’influence du parfum sur les humeurs des gens et tenter de calmer névrosés et hystériques. Eugénie Briot s’attache ensuite à trouver mention de l’action et de l’origine des parfums dans des récits mythologiques (comme avec Salomé et Hérode) ou historiques. Le parfum est associé à l’idée du péché de chair dans la culture chrétienne. Les chapitres quatre à onze s’intitulent successivement : Une industrie nationale, La chimie des élégances, La fabrique des vapeurs, Les vapeurs de la fabrique, Une morale des apparences, À fleur de peau, La poésie du commerce, Fiat luxe (point où elle montre entre autre que la rivalité entre parfums français et parfums allemands sous l’ensemble de la IIIe République recoupe l’opposition naturel/synthétique).   

L’auteure montre combien au XIXe siècle dans la littérature et dans le société réelle des hommes du milieu de la parfumerie ont pu s’enrichir et avec la démocratisation réussir à se voir confier des responsabilités électives :

« Que ce soit à travers César Birotteau4 ou d’autres personnages moins célèbres de la littérature du XIXe siècle, la figure du parfumeur semble en effet dès les années 1830 incarner dans l’imaginaire du temps la réussite éclatante du bourgeois parvenu par la fabrique ou le commerce. En un siècle où le marché de la parfumerie connaît un développement considérable, et où les progrès de l’hygiène étendent l’usage de produits de toilette à des populations de consommateurs nouvelles, la figure du parfumeur apparaît en effet comme emblématique d’un enrichissement rapide rendupossible par les marges confortables que permettent de dégager ces produits. Les représentations que le XIXe siècle nourrit et partage autour du métier de parfumeur invitent à poser la question de la spécificité de cette figure de la notabilité parisienne: le parfumeur du XIXe siècle symbolise-t-il en effet mieux que tout autre artisan ou industriel du luxe ou de demi-luxe l’ascension et la réussite sociale ? ».  (page 303)

D'ailleurs nous ajouterons personnellement tout d'abord que François Carnot, dont nous avons parlé au début, est membre de l'Alliance démocratique (où se retrouvent les modérés laïcs) ; il est député de la Côte-d'Or de 1902 à 1910 puis député de Seine-et-Oise de 1910 à 1914. Par ailleurs son beau-père, le parfumeur Léon Chiris, est député puis sénateur des Alpes-Maritimes de 1874 à 1900, il  est un de ceux qui votent l'amendement Wallon qui fonde la IIIe République et fait partie des 363 qui refuse le coup de force de Mac-Mahon.

Eugénie Briot, depuis une dizaine d’années, est régulièrement convié sur le thème des parfum,  à faire une communication ou écrire un article pour un numéro de revue, elle nous livre ici une vision globale mais fine de son sujet de prédilection.

 

idé cadeau

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Benjamin

Note globale :

Par - 315 avis déposés - lecteur régulier

656 critiques
13/12/16
Expositions HECTOR MALOT: LE ROMAN COMME TÉMOIGNAGE.
Fabrique des savoirs d'Elbeuf du 17 décembre 2016 au 21 mai 2017
http://lafabriquedessavoirs.fr/fr/expositions/hector-malot-le-roman-comme-temoignage
249 critiques
14/12/16
Dans le VIIIe, Paris inaugure son Musée du Parfum le vendredi 16 décembre 2016

http://www.leparisien.fr/paris-75008/dans-le-viiie-paris-inaugure-son-musee-du-parfum-13-12-2016-6451242.php
514 critiques
19/01/17
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