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Histoire incorrecte de l’école: De l’ancien régime à aujourd’hui

Histoire incorrecte de l’école: De l’ancien régime à aujourd’hui
Rocher 154 pages
1 critique de lecteur

Avis de Ernest : "Ne répond pas aux attentes, y compris de celles des partisans des idées néolibérales de l’auteure en matière d’enseignement"

L’auteur est membre du bureau de la Fondation pour l’école qui « soutient, finance et accompagne la création et le développement d’écoles indépendantes ». Virginie Subias Konofal est aussi enseignante à l’ILFM (Institut Libre de Formation des Maîtres) qui a été créé en septembre 2007 par la Fondation pour l’école. Ceci n’a évidemment rien à voir avec l’enseignement catholique diocésain.

Elle nous livre là une histoire assez correcte de l’école qui se termine en un éloge des écoles remettant en cause le rôle de l’État en matière d’enseignement et un désir de transmettre la « culture patiemment filtrée et transmise par les générations antérieures » le tout en exigeant de l’élève constamment de l’effort et de la rigueur. Personnellement cela me rappelle des collègues des années 1980 qui mettaient régulièrement en échec nombre de leurs élèves et se plaignaient après qu’ils n’aient pas le goût de l’effort.  

De plus à quoi nous mènerait, d’ailleurs prévu dans le programme de François Fillon à la présidentielle et celui de Laurent Wauquiez à la direction de l’UMP,  ce développement sans contrôle de ces écoles indépendantes? À la multiplication des écoles intégristes catholiques, nationalistes bleu-blanc-rouge, sionistes, djihadistes et pourquoi pas aussi chaveziste. Le Cours Ozanam à Marseille, école hors contrat du réseau Espérance banlieue, vient de faire parler d’elle de façon bien plus discrète que d’habitude où elle avait l’habitude de communiquer de façon à ne recevoir que des papiers ou reportages hagiographiques (et pas seulement d’un certain univers catholique, voir https://blogs.mediapart.fr/edition/la-guerre-scolaire-qui-vient/article/080917/esperance-banlieues-graves-soupcons-au-cours-ozanam-de-marseille et http://www.questionsdeclasses.org/?Esperance-banlieues-graves-soupcons-a-Marseille-Quand-l-ecole-des-reacs-vire-au )

Bref le principal intérêt de cet ouvrage n’est ni une argumentation pour ce que l’auteure croît, il n’y a aucune argumentation dans ce sens, ni un regard critique sur l’école. Bref en vous épargnant les dernières pages du livre, vous trouvez là une histoire assez correcte de l’école en France.

 À l’ombre des ailes, par Ernest Pérochon, illustré par Raylambert

D’ailleurs un ouvrage, qui commence par une illustration de Ray-Lambert (même toute petite et unique image de l'ouvrage), dont les dessins se retrouvent dans les romans scolaires d’Ernest Pérochon et d’Édouard Jauffret en particulier, ne peut être foncièrement mauvais même si nous n'approuvons pas ses objectifs qu’il ne développe d'ailleurs pas. Et ce n’est pas en nous disant (page122) qu’avant la fin du XIXe siècle que les initiatives non étatiques apportent des innovations pédagogiques et structurelles que Virginie Subias Konofal va nous convaincre des apports conséquents d’écoles non-étatiques. Apports que d’ailleurs nous ne nions absolument pas, et selon nous le réseau des écoles Montessori a largement aidé à faire évoluer une pédagogie de l’école maternelle qui toutefois n’avait pas attendu la belle doctoresse italienne pour dégager nombre de pistes éducatives allant dans son sens.

Sainte Anne instruisant sa fille la future Vierge Marie

En trois chapitres, Virginie Subias Konofal parcourt l’histoire de l’école du Moyen Âge à la fin des Trente glorieuses. Il n’y a donc aucune réflexion (les quelques piques n’ont rien à voir avec une pensée construite) sur l’école depuis la Réforme Haby. Donc depuis un demi-siècle, une paille…Bref si cet ouvrage était un premier tome qui annonçait un second autour de l'école de 1976 à 2017, nous aurions une toute autre vision de son contenu.

Le premier chapitre montre que la scolarisation fut progressive en France, ne se dispensant pas (à juste raison) de souligner que l’alphabétisme est en recul sous le Premier Empire. Cela est dû aux évènements de la Période révolutionnaire qui écartent des membres des congrégations enseignantes de l’hexagone religieuse mais aussi que Napoléon ne s’intéressait pas du tout au développement de l’enseignement primaire (voir dans notre présentation de Pestalozzi au cœur du tournant pédagogique, comment il rembarre le pédagogue suisse et également ce qu'on sait de la famille Guillaumin) et que les maîtres potentiels ne pouvaient pas être au four (sous les drapeaux) et au moulin (dans les écoles).  Que nombre d’avancées qu'on attribue à Jules Ferry soient dues aux réformes de Guizot, personne n’en doute et l’auteure ouvrira une porte ouverte pour nombre de ses lecteurs. D’après ce qu’elle dit dans une interview donné au Figaro, elle dit avoir découvert cela en rédigeant ce livre, ce qui prouve quelle béotienne elle était en matière d’histoire de l’éducation (voir http://www.lefigaro.fr/livres/2017/09/28/03005-20170928ARTFIG00020-virginie-subias-konofal-l-ecole-n-a-pas-ete-inventee-par-jules-ferry.php).

On peut regretter que, faute d'un travail sur certaines archives, au sujet du fait que les enfants des classes populaires étaient scolarisés, parce qu'elle trouve des nombreux textes qui incitent le clergé à le faire, l'auteure surestime régulièrement l'alphabétisation. D'ailleurs, ignorant en particulier le sens du mot "laboureur" (page 32) à l'époque, elle se trompe complètement en concluant au caractère démocratique des collèges du XVIIe siècle.

Toutefois, selon nous, la différence entre l'école de Jules Ferry et celle Guizot ce sont essentiellement la laïcité, les programmes nationaux, la gratuité (ceux qui se sont penchés dans les archives municipales ont pu voir qu’un grand nombre de conseils municipaux refusent la gratuité, recommandée par les autorités, de l’école pour les enfants d’indigents) et l’intérêt pour le développement de l’instruction des filles. Ce qui n’est pas mince…  

Le second chapitre traite du recrutement et de la formation des maîtres. Si Jean-Baptiste de la Salle n’est pas inconnu à beaucoup de ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’éducation, par contre beaucoup seront à découvrir Charles Démia, un Bressois qui ouvre le premier séminaire de formation des maitres à Lyon en 1672. Sont évoqués les projets de Condorcet et Lakanal durant la Révolution française, projets qui n’ont pas le temps et les moyens d’aboutir. On rappelle que la première École normale de garçons est ouverte à Strasbourg en 1810 qui d’ailleurs n’était qu'une annexe du lycée de garçons, l’établissement volant de ses propres ailes seulement à partir de 1820. Dès le départ, les forces conservatrices entendant limiter la culture donnée aux normaliens afin d’éviter d’en faire des agitateurs politiques.  

Le troisième chapitre évoque le contenu des enseignements du XVIe au XIXe siècle. On voit que dès Montaigne il y a ceux qui insistent sur les savoirs-faires et que se pose assez rapidement la question de la culture commune. Le contenu des programmes porte la vision que l’on a de l’homme dans la société et nous sommes là-dessus bien d’accord avec l’auteure et c’est pourquoi les écoles indépendantes sont potentiellement porteuses de distensions dans la France de demain. L’auteure signale que nombre d’intellectuels catholiques s’élèvent conte l’école laïque et parlent d’une école publique devenue « une école de guerre civile ».

Toutes les illustrations présentes ont été choisies par nous et aucune de celles-ci ne figurent dans l'ouvrage.

Pour tous publics Aucune illustration

Ernest

Note globale :

Par - 197 avis déposés -

431 critiques
14/05/18
DERRIERE LA COM DU
COURS OZANAM DE MARSEILLE,
UNE ECOLE DE L’ENDOCTRINEMENT
Conférence / Débat
Samedi 26 mai, 13h / 16h
Lieu : SOLIDAIRES – 29 boulevard Longchamp – 13001 Marseille.
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