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Naissance des Templiers

Naissance des Templiers
Passés/Composés391 pages
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Avis de François S.F. : "Un retour aux origines"

Le préfacier, Damien Carraz, a bien raison de dire à propos de ce livre de Thierry Leroy qu'il propose "une leçon de méthode pour l'historien qui ne se contente jamais de certitudes et qui remet sans cesse ses questionnements sur le métier".
Parce que la fin de l'ordre du Temple, créé par Hugues de Payns (on disait anciennement : de Payens) a été tragique, des générations d'historiens ont concentré leur regard sur l'étouffement et la mort de cette institution constituée de moines-soldats dont la vocation était de protéger les pèlerins partis vers la Terre Sainte, de sécuriser les routes qui y menaient et de maintenir entre les mains des Croisés les Lieux Saints de Jérusalem. Cette ville ayant été reconquise en 1187 par Saladin et perdue définitivement après une trêve négociée par l'empereur germanique Frédéric II de Hohenstaufen, puis le dernier carré territorial étant tombé en 1291 avec la chute de Saint-Jean-d'Acre, la question de l'utilité d'un ordre chevaleresque comme celui des Templiers vint à se poser. L'effacement et la liquidation brutale de cet ordre, programmés et réalisés avec cynisme et brutalité par Philippe IV dit le Bel, entre octobre 1307 et mars 1314, on parla rapidement beaucoup plus de la fin tragique de cette milice que de son existence passée, et, a fortiori de sa création. C'est donc le dernier grand-maître, Jacques de Molay, qui vola, bien malgré lui, la vedette à tous ses prédécesseurs et relégua du coup dans l'ombre le premier homme à avoir exercé ce magistère, Hugues de Payns.
Il est bien temps, aujourd'hui, d'inverser le courant et de remonter aux origines de cet ordre dont le premier dirigeant, cet Hugues de Payns, qui bien que deux fois marié, fut tout autant attiré par la vie monacale que par la vie de couple ou que par le service des armes et qui fut travaillé aussi bien par l'idéal de la chevalerie et de la Croisade que par la nécessité ressentie de conjuguer l'action caritative à l'endroit des pèlerins attirés par les lieux où Jésus-Christ souffrit sa Passion et ressuscita des morts et le devoir d'opposer une résistance active et armée aux guerriers musulmans qui menaçaient cette volonté chrétienne de veiller sur ces lieux d'origine du christianisme. Hugues de Payns ne fut pas isolé dans son combat. Il fut aidé à la fois par de fidèles compagnons issus comme lui du terreau seigneurial champenois et surtout par leur suzerain direct, le comte de Troyes et de Champagne, Hugues de Blois, qui fit mieux que de les soutenir, puisqu'il rejoignit lui-même les rangs des "Pauvres chevaliers du Christ" en 1125. Mais le nom d'Hugues de Payns ne peut être prononcé seul. On doit lui associer aussi ceux d'un chevalier flamand, Godefroy de Saint-Omer, d'un noble picard, Payen de Montdidier, on encore celui du Provençal Archambaud de Saint-Amans.
On sait de surcroît tout ce que cette noble compagnie doit, en ce qui concerne sa formation et ce qui fonde son état d'esprit et sa singularité, au maître-à-penser de l'ordre régulier des Cisterciens, Bernard de Clairvaux, et c'est important à noter, tant son influence fut grande dans les premiers temps, aussi bien sur le plan spirituel et organisationnel que dans l'emploi d'un argumentaire tout ordonné à la justification de l'existence même de cette "nouvelle chevalerie" opposée à celle qui était regardée comme indisciplinée, barbare et plus ou moins impie.
Lisant dans ma jeunesse les ouvrages de Laurent Dailliez et de John Charpentier sur les Templiers ainsi que la règle de cet ordre, et poursuivant ces lectures avec celle des travaux d'Alain Demurger, je me disais justement qu'il manquait une pierre à l'édifice, la toute première, celle sur laquelle l'ordre du Temple a été constitué. Et c'est tout le mérite de Thierry Leroy, entre autres historiens, d'être venu la poser avec cet ouvrage issu comme un surgeon d'une thèse qu'il a déjà soutenue et qui est centrée sur le personnage d'Hugues de Payns, en relayant les informations sûres et en délaissant tout ce qui doit l'être. Il laisse par exemple de côté les débats entretenus autour d'origines italiennes, catalanes ou provençales de la famille de Payns, et démonte les légendes qui font venir celle-ci de l'Ardèche en s'autorisant d'homonymies approchantes ou approximatives, sans aucun appui de preuves généalogiques. Tout cela est de peu d'intérêt et les racines champenoises d'Hugues de Payns ne font guère de doute. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il ne faut pas ici chercher un patronyme mais plutôt une référence toponymique, le village de Payns - autrefois orthographié Payens - étant situé à douze kilomètres au nord-ouest de Troyes. C'est à un travail minutieux que se livre Thierry Leroy en matière de chronologie et l'on peut vérifier avec lui que les dates ont ici leur importance. Alors : est-ce en 1118 ou en 1120 que l'on peut situer la fondation de l'ordre ? Et est-ce d'un concile ou d'un simple synode provincial tenu à Troyes le 13 janvier 1129 qu'est venue l'approbation de la fameuse règle du Temple ? Je ne vous dévoilerai pas ici la réponse à ces questions, pas plus que je ne dévoilerai la suite de cette patiente enquête menée par Thierry Leroy pour éclairer les origines de cet ordre, à l'aide des sources et de la documentation existante dont il sait tirer le meilleur pour mener à bien son entreprise. À qui veut toujours mieux connaître le Temple, en dehors des clichés trop longtemps véhiculés et entretenus, l'ouvrage en question est absolument destiné.

François Sarindar-Fontaine
coup de coeur ! idé cadeau

Pour tous publics Quelques illustrations Plan autre

Note globale :

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