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Parmi les singes et les ours

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Avis de Adam Craponne : "Alexandre Varenne socialiste indépendant de tout et surtout du socialisme"

         

Alors que les numéros d’avant 1948 du "Populaire du centre" ont été numérisés et sont accessibles ici  http://presse.bm-limoges.fr/le_populaire_du_centre/_app/index.php et qu’un journal de la Haute-Loire l’est aussi, il ne semble pas que l’on puisse consulter par internet les anciens numéros de "La Montagne". Ces deux journaux couvraient deux aires géographiques voisines, le Limousin dans un cas et l’Auvergne dans l’autre. Ils furent même concurrents pour la Creuse et la Corrèze. Aujourd’hui ces deux journaux appartiennent d’ailleurs au même groupe de presse Centre-France et "La Montagne" s’est définitivement imposée dans deux des trois départements du Limousin. Du fait qu’ils aient été fondés par des militants socialistes au début du XXe siècle, ils gardent des originalités de direction et n'appartiennent à aucun grand groupe industriel contrairement à la plupart des quotidiens régionaux français.   

Maurice Vigier, ancien typographe à "La Montagne" nous raconte son journal, mais pas seulement, puisqu’il nous parle également de l’histoire de la presse en France. Voilà pourquoi il nous évoque de Théophraste Renaudot (qui n’est d’ailleurs en rien luthérien, mais est calviniste) ; ce dernier fonda le premier journal français "La Gazette" en 1631, en soulignant fort à propos que c’est un outil afin de promouvoir l’action royale (dont Richelieu est souvent l’inspirateur). Maurice Vigier ne le dit pas mais le journal est destiné à expliquer en particulier pourquoi la France soutient les princes protestants en conflit avec leur empereur (un Habsbourg). Renaudot définit les premiers éléments d’une déontologie journalistique. L’auteur nous évoque aussi à grands traits l’histoire de la presse du Puy-de-Dôme jusqu’en 1945 et son métier de typographe.

La seconde partie se veut essentiellement une histoire du journal "La Montagne", mais on est plus dans le témoignage et la récolte des souvenirs que dans le travail d’historien. C’est l’occasion d’évoquer la personnalité de Jaurès qu’a connu le fondateur du journal Alexandre Varenne, puis de s’attarder sur ce dernier (qui fut dans l’Entre-deux-guerres gouverneur de l’Indochine). Il aurait été utile de savoir que lorsque ce dernier sabote son journal en août 1943, il a tellement foi en la victoire alliée qu’il s’engage à payer le personnel du journal jusqu’à la Libération. Il est bien de citer André Baruch (page 52) comme collaborateur du journal au début de l’Occupation, en effet sous le pseudonyme de Jean le montagnard il signe "Les chroniques de mon chalet" mais il aurait été fort utile de préciser que, nommé inspecteur primaire à Riom au moment de l’Exode, il ne prit jamais son poste car il était d’origine juive. Rappelons la loi du 2 juin 1941, remplaçant la loi du 3 octobre 1940, portant statut des juifs, interdit aux israélites d’être journalistes (même correspondant local, prend-elle le soin de préciser).Il est à noter aussi que Pierre Bénard, du Canard enchaîné, travaille à La Montagne durant l’Occupation.

Par ailleurs le manque de perspective historique d’un étudiant en maîtrise Jérôme Levitsky se traduit par le fait que Maurice Vigier rapporte sans contrôle les explications personnelles fantaisistes de cet étudiant au sujet de la très large compréhension dont fit preuve la censure du gouvernement de Vichy. En fait pour "La Montagne" à Clermont-Ferrand, comme pour "Le Mot d’ordre" de Frossard (d’ailleurs aussi d’origine juive) à Marseille, Laval entendait bien entretenir ses amitiés avec une nébuleuse d’anciens députés SFIO, devenus socialistes indépendants dans les années 1930. Ceci afin d’avoir une équipe (avec un actif résistant) de rechange sous la main, et il tenta d’utiliser ce vivier afin d’assurer un gouvernement de transition lorsqu’il apprit le Débarquement de juin 1944. Rappelons que "Le Mot d’ordre" publia le poème d’Aragon "La rose et le réséda" en 1943, un vibrant appel à la Résistance, et continua à paraître jusqu’au début de 1944.        

Maurice Vigier évoque deux journalistes qui, furent aussi des écrivains originaux:  Albert Londres (d’ailleurs né à Vichy dans l’Allier) comme précurseur en matière de journalisme d’investigation et Alexandre Vialatte (originaire de Haute-Vienne) qui partageait sa vie durant les Trente glorieuses entre Paris et un village du Puy-de-Dôme appelé Saint-Amant-Roche-Savine et fournit près de mille chroniques au journal "La montagne" (voir "Chroniques de La Montagne", Robert Laffont, 2000). Plutôt que de nous parler des dessinateurs assassinés de "Charlie Hebdo", j'aurais préféré que l'auteur me fit une présentation, illustrée par un dessin de chacun, des dessinateurs de presse qui se succédèrent au journal. Frédéric Deligne (né en 1962 à Liévin), qui dès les années 1990 donnait des dessins dans "l'Echo républicain" et "L'Yonne républicaine", est l'un d'entre eux.

Enfin je remercie Maurice Vigier de m’avoir fourni l’origine du mot "ours" en tant que terme de vocabulaire d’un journal, maintenant pour les singes il nous faut expliquer qu’on doit comprendre que cela désigne les patrons ou les cadres (les paysans appelaient ainsi leur régisseur). On note une dizaine de pages d’illustrations, mais pas celles que nous avons mises.

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Adam Craponne

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