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JEANNE D'ARC

JEANNE D'ARC
PERRIN
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Avis de François S.F. : "Encore une pierre à l'édifice"

Il importe de replacer l'ouvrage de Valérie Toureille dans une importante historiographie où figurent déjà les livres de grands historiens et biographes : Joseph Fabre, Gabriel Hanoteaux, Régine Pernoud et Marie-Véronique Clin, Colette Beaune, Alain Bournazel, Philippe Contamine avec Olivier Bouzy et Xavier Hélary, et votre serviteur : non il n'y a pas que des écrivains fantaisistes qui ont écrit avant Valérie Toureille sur Jeanne d'Arc, comme on peut le lire chez certains commentateurs chargés de faire la promotion de ce livre, qui est, disons-le de suite, une excellente biographie, si l'on veut bien la considérer pour ce qu'elle apporte et pour ce qu'elle souligne (nous n'aurons évidemment à ne considérer comme "fantaisistes" que les arguments des "bâtardisants" et/ou des "survivistes" qui sont heureusement balayés et pulvérisés par la recherche historique). Il y a, dans le livre de Valérie Toureille, la mise en exploitation de témoignages pas assez, mal ou pas du tout exploités jusqu'ici. Mieux, on va dans ce livre trouver du neuf- il en existe encore-avec une pièce inédite, du moins jusqu'à il y a peu, concernant Jean de Vouthon (qui était l'oncle de Jeanne du côté maternel). On sait que ce dernier fut mêlé à une affaire d'ordre judiciaire, et il s'agissait de blanchir Jean de Vouthon, qui se trouvait injustement accusé de meurtre. On comprend qu'un tel document ait mis du temps à surgir, car il ne fallait pas que l'image de Jeanne fût atteinte lorsqu'au XIXe puis au XXe siècle on voulut la mettre enfin à l'honneur - cette image n'avait déjà été que trop attaquée par ses juges lors du procès de condamnation à Rouen en 1431. Certes, tout ce qui concerne ce procès qui conduisit Jeanne au bûcher n'est pas parvenu jusqu'à nous. Mais enfin, les déclarations de ceux, qui ont déposé lors du procès dit de réhabilitation sont connues depuis longtemps et les historiens et biographes de Jeanne qui précèdent Valérie Toureille les ont déjà fort bien exploitées.
Le point fort du livre de Valérie Toureille est de s'appuyer sur sa grande connaissance de tout ce qui concerne la gent militaire de l'époque (son livre sur Robert de Sarrebrück en porte foi ainsi que d'autres travaux), et surtout de la période qui a suivi la défaite d'Azincourt (25 octobre 1415), et qui a entraîné de fortes résistances contre l'intrusion anglaise, notamment en Normandie à partir du moment où le vainqueur d'Azincourt, Henry V de Lancastre voulut la conquérir. Tout semblait gagné pour les Anglais qui auraient pu déposer la couronne de France sur la tête du roi d'Angleterre après le Traité de Troyes de 1420- traité tripartite entre Henry V, Charles VI le Fou et Philippe le Bon, duc de Bourgogne : mais Henry V mourut avant Charles VI à Vincennes en 1422, et sept ans plus tard quand les Anglais tentèrent de franchir la Loire pour s'emparer du Dauphin, le futur Charles VII, tout spécialement visé dans les suites que le régent Bedford, agissant pour Henry VI alors mineur, comptait donner à ce début d'opérations militaires, un obstacle se présenta sur le chemin des Anglais : le verrou d'Orléans. Un certain code de l'honneur voulait que l'on ne s'en prît pas aux biens et domaines du duc-poète Charles d'Orléans que les compatriotes de Bedford tenaient prisonnier depuis Azincourt, ce qui aurait pu être considéré comme une mauvaise manière. Mais, pragmatiques, les Anglais n'hésitèrent pas à s' attaquer à la métropole de ce duché, et Bedford ne fit probablement que protester pour la forme lors d'un conseil de régence et conseil de guerre.
Ils pouvaient néanmoins s'attendre, comme en Normandie, à ce que tout ne cédât pas aussi facilement devant eux. C'est tout ce qui précède l'arrivée de Jeanne, mis en perspective qui donne sa puissance au livre de Valérie Toureille, qui renforce ainsi le travail de tous les historiens sérieux et auteurs de livres de qualité écrits avant le sien. Une belle pierre d'angle que le livre de Valérie Toureille, dans un édifice bibliographique qui devient maintenant très impressionnant.
Je n'ai qu'un regret : que Valérie Toureille n'ait point vu, comme moi, le rôle probable joué par Gérard Machet, confesseur du roi, dans la rencontre entre Charles VII et Jeanne à Chinon (sans doute une prudence d'historien), et il est vrai que c'est de ma part supposition logique mais non étayée, et cependant sur d'autres points l'auteure avance bien ses propres hypothèses en reconnaissant qu'elle n'a pas la possibilité d'affirmer qu'il s'agit de certitudes historiques. Je ne crois pas, pour ma part, à la spontanéité de la premiêre rencontre entre le roi et Jeanne. Elle a été préparée et s'est sans doute déroulée en petit comité et non pas en présence de toute la cour. En revanche, Valérie Toureille fait de beaux portraits, et il faut citer ici, parmi beaucoup d'autres, celui assez court mais très remarquable de Raoul de Gaucourt.
François Sarindar, auteur de : Jeanne d'Arc, une mission inachevée (2015) et Charles V le Sage, Dauphin, duc et régent (2019)
coup de coeur !

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Note globale :

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