Avis de Xirong : "Une femme d’influence courageuse, opiniâtre et rusée mais aussi égoïste, mesquine et capricieuse"
La première édition de cet ouvrage date de 2010, il est le fruit d’une thèse ; pour son livre Philippe Paquet a reçu le prix de la biographie en 2011. La préface est de Simon Leys qui confie avoir rencontré le personnage à qui est consacré ce titre. Trois ans plus tard ce dernier décéda et Philippe Paquet lui consacra également une biographie.
Cependant ce fut furtivement que Simon Leys l'aperçut, alors qu’elle vivait dans son exil new-yorkais; ce dernier occupa les presque trente dernières années de sa vie et avait démarré au décès de son mari. En effet le fils biologique de Chiang Kai-Shek (en pinyin Jiang Jie Shi) qui succéda à son père à la présidence d’une République de Chine réduite pour l’essentiel à l’île de Taiwan, n’était pas un enfant de la dernière épouse du généralissime. La mésentente, entre ce dernier et la femme qui nous intéresse ici, était très importante.
Il s’agit de Soong Mei-ling (Song Meiling) qui fut la deuxième épouse de Jiang Jie Shi. Leur mariage date de 1927 et si la mariée avait alors 29 ans, le jeune époux en avait 40. Elle apportait à l’ambitieux général l’aura d’être l’époux de la belle sœur de Sun Yat Sen, père de la République chinoise et auteur de son idéologie officielle, à savoir les trois principes du peuple. Lors des rencontres avec les chefs d’état étranger, elle jouait un rôle capital en s’appuyant sur le fait qu’elle était la traductrice de l’anglais au chinois de son mari. Il est vrai qu’elle avait passé dix ans aux USA entre sa dixième et dix-neuvième année.
Ainsi à la conférence du Caire de novembre 1943, elle pesa dans les projets stratégiques de lutte contre le Japon en Birmanie et les exigences territoriales à imposer aux Nippons, une fois la victoire totale acquise. Une partie des décisions prises se perdirent lors de la conférence de Téhéran qui démarra deux jours après la fin de la conférence du Caire. En effet Chiang Kai-Shek était absent et par contre Staline était le nouveau troisième homme au côté de Roosevelt et Churchill qui participèrent à ces deux conférences. L’obtention du siège chinois au Comité permanent du Conseil de sécurité de l’ONU est à porter en partie à son crédit.
La famille de celle-ci appartenait à l’ethnie hakka qui donnerait une proportion, sans commune mesure avec son poids démographique, de responsables politiques tels que Hong Xiuquan (fondateur du mouvement de rébellion Taiping), Sun Yat Sen, Deng Xiao Ping et Lee Teng-hui (président de la République de Chine à Taiwan de 1988 à 2000). Le père de Song Meiling est un prédicateur méthodiste qui fut très actif dans la fondation de l’Association chrétienne de jeunes gens (YMCA) en Chine. Il était alors devenu un homme d’affaires. Comme Sun Yat Sen, il appartenait à une triade.
Au lendemain de la prise d'otage de son mari à Xi’an, Madame Chiang Kai-shek fit preuve de nombreuses qualités qui permirent la libération de celui-ci. Cela déboucha sur une alliance de principe entre Chinois nationalistes et communistes contre les Japonais. Song Meiling devint alors l'icône de la résistance contre l'envahisseur japonais. Partisane d’une seule Chine, donc farouchement opposée à toute indépendance de Taiwan, elle a fait l’objet d’éloges de la part de Pékin depuis son décès.
Cependant la corruption à grande échelle sévissait dans l’univers des fonctionnaires et militaires du régime nationaliste et cela nuisit considérablement à l’efficacité de ses troupes pourtant largement dotées d’armement américain. L’action des armées du Kuomintang dans la résistance aux Japonais entre 1937 et 1945 est révvaluée quelque peu à la hausse. Ceci se fait en particulief à travers en particulier à travers la bataille en mars-avril 1938 de Tai’erzhuang, sur le Grand canal, aux limites du Shandong et du Jiangsu. C'est dans ces conditions de combat rapproché que les soldats chinois ont pu se battre sur un pied d'égalité avec leurs ennemis japonais privés de l’appui habituel de l’artillerie et l’aviation. Ce fut la première défaite japonaise majeure depuis le début de la guerre et elle brisa l’dée d'une invincibilité militaire japonaise.
Des faits inédits sont révélés par Philippe Paquet, même au lecteur possédant de solides connaissances sur le conflit sino-japonais de ces années. Ainsi, il y eu une sorte de prélude au raid américain en avril 1942 de Doolite sur Tokyo (lancé non à 900 km des côtes japonaises comme prévu mais à 1 200km), et avec beaucoup plus de succès. Vingt-huit tupolev décollèrent de Hankou pour un trajet de 1 000 km qui les mena à Tapei, alors ville d’une île devenue japonaise depuis 1895.
La corruption permit à Song Meiling et à sa famille de considérablement s’enrichir mais précipita la chute du régime. Chiang Kai-Shek et son armée se réfugièrent dans l’île de Taiwan et le déclenchement de la guerre de Corée amena les autorités américaines à préserver l’île de toute tentative d’invasion des troupes chinoises communistes..
Pour connaisseurs Quelques illustrations