Avis de Benjamin : "Faire de la laïcité, non une éthique de séparation mais une éthique de collaboration entre le politique et le religieux"
Charles Romain Mbélé assure la préface, comme les auteurs Fabien Mathurin Enyegue Abanda et Joseph Gabriel Milend, il enseigne la philosophie à l’université de Yaoundé au Cameroun.
Dans l’introduction, on cite André Comte-Sponville et encore plus largement Spinoza. Ceci n’est guère étonnant au regard du fait que le sous-titre du livre est Le problème du théologico-politique chez Spinoza et ses implications dans le monde actuel.
L’ouvrage est composé de trois parties. La première se nomme "Historique et actualisation du débat sur la laïcité". Elle est composée de trois chapitres. Le premier est intitulé "Des principes au concept : les origines métaphysiques et politiques de la laïcité" et le second "Les origines politiques de la laïcité". Le second a pour titre "Spinoza et la question du théologico-politique" et se divise en "Des principes métaphysiques de la laïcité chez Spinoza" et en "Des fondements politiques de la laïcité chez Spinoza". Le troisième chapitre se nomme "La laïcité dans le traité théologico-politique : nature et caractéristiques". On a là d’abord "La laïcité dans le Traité théogico-politique" et "Les caractéristiques de la laïcité spinoziste".
La deuxième partie a pour nom "La laïcité spinosiste au XXIe siècle : enjeux et débats". Elle porte notamment le quatrième chapitre "La laïcité aujourd’hui : généralités et particularités". Ce dernier se divise lui-même en "La laïcité aujourd’hui : généralités et particularités" et "Examen critique d’une laïcité en quête de nouveaux repères". Le cinquième chapitre a pour intitulé "La recrudescence des intégrismes et le retour du religieux" et se divise en "Les causes et manifestations des intégrismes" ainsi qu’en "Le XXIe siècle face au retour du religieux". Le sixième chapitre est nommé "La laïcité entre le public et le privé : le renouveau religieux et l’impossible neutralité de l’État". On trouve là "Le renouveau religieux et le problème des rapports du public et du privé" ainsi que "L’impossibilité neutralité de l’État".
La troisième partie se nomme "Perspective pour une éthique de conviction du futur". On compte là trois chapitres respectivement nommés "De la nécessité d’une reconnaissance du caractère politique du fait religieux", "Enjeux de l’enseignement du fait religieux et nécessité d’une pédagogie des valeurs" et "Pour l’éclectisme politique : plaidoyer pour un libéralisme modéré". Avec ces trois derniers chapitres, s’égrainent les chapitres suivants : "Les fondements politiques de la religion", "La politique dans les pratiques religieuses", "De la finalité politique du religieux", "De la valeur historique et culturelle du fait religieux", "Enseignement du fait religieux et promotion d’une pédagogie des valeurs", "Le libéralisme modéré comme condition de l’éclectisme politique" puis "L’éclectisme politique : une laïcité entre coopération et domination".
La question clé dans cet ouvrage est de voir en quoi les croyances religieuses ou idéologiques peuvent cohabiter avec une exigence de neutralité de l'espace public portée par l’idée de la laïcité. Cette dernière doit faire face à des défis majeurs dans les sociétés pluralistes et postcoloniales en Afrique. Il s’agit de relire Spinoza pour apporter l’idée que la paix civile dépend d’un équilibre, dans un État, entre diverses convictions pour permettre une vie commune. Sont alors promues la liberté de conscience, l’égalité des citoyens et la protection des droits de tous.
Il surgit une tension entre d’un côté la laïcité et de l’autre l'éthique de conviction. La première est un cadre juridique et institutionnel qui garantit la liberté de croyance et de non-croyance, tout en empêchant qu'une seule conviction ne dicte la loi commune. L’autre désigne l'attitude d’une personne qui agit selon ses croyances intimes, sans compromis, guidé par des valeurs absolues.
Face au pluralisme culturel et religieux qui domine les sociétés modernes, il est impossible de revenir vers le monolithisme religieux des sociétés traditionnelles. On peut pratiquer le laisser-faire et on aboutit au communautarisme, source de potentielles tensions.
Il est mis en garde contre une séparation trop radicale entre religion et État. Les convictions ne peuvent pas toujours cantonnées dans la sphère privée. Il y a un risque de nier la place du fait religieux dans la vie sociale et politique. En effet la religion n’est pas seulement un ensemble de dogmes, mais porte aussi une réalité politique, sociale et dynamique. La laïcité est perçue comme un idéal politique inclusif, capable d’intégrer des convictions diverses sans gommer leur présence dans l’espace public.
La laïcité apparaît alors comme espace de dialogue, sans que cette dernière soit un vide culturel ou un athéisme d'État. La laïcité apporte un esprit de médiation et de dialogue. Les différentes éthiques de conviction peuvent alors échanger leurs arguments et on évite une imposition de mesures coercitives face à des expressions culturelles et religieuses du moment que l’ordre public est respecté.
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