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Laïcité et liberté de conscience

Laïcité et liberté de conscience
L’Harmattan180 pages
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Avis de Benjamin : "Les hommes sont plus fils de leur temps que de leur père (proverbe arabe)"

Tout d’abord, il est nécessaire de préciser qu’en 2010 est paru le titre Laïcité & liberté de conscience, avec deux Canadiens pour auteurs, à savoir Jocelyn Maclure  et Charles Taylor. Agrégé de philosophie et docteur ès lettres, Bernard Jolibert est professeur émérite en sciences de l'éducation.

Dans son introduction, l’auteur avance que la laïcité est menacée de nouveau par un cléricalisme militant. Il poursuit ainsi : « Encouragée par le multiculturalisme anglo-saxon, cautionnée par le relativisme idéologique généralisé, par la remise en question du progrès des techniques et du bienfait des sciences, harcelée par la montée des intégrismes religieux, l’hostilité envers la laïcité s’affirme ouvertement » (page 9). Il poursuite ainsi : « Dans l’univers dominant, la laïcité, qui considère les hommes du point de vue citoyen abstrait, impose de distinguer le public du privé. Elle s’interdit de réduire ce que nous comme à notre appartenance religieuse. Elle suppose que nous sommes libres de croire ou ne pas croire. Comment dans ce cas n’apparaît-elle pas comme un obstacle à une socialisation religieuse imposée ? En obligeant à distinguer le profane du sacré, le domaine de la foi de celui de la loi, elle contraint à observer des réserves que d’aucuns jugent insupportables » (page 12).

Face à l’idée que la laïcité soit changeante selon les lieux et les temps, voire comme le dit Jean Baubérot qu’il existe plusieurs formes de laïcité, Bernard Jolibert dit s’interroger sur «  ce qui subsiste au coeur de ces métamorphoses contextualisées de la laïcité pour qu’on puisse encore reconnaître en chacune un trait permettant de la qualifier de laïque ? » (page 15). Notre auteur est inquiet face à certains projets politico-religieux. Il cite alors Caroline Fourest pour qui on vise « depuis l’individu jusqu’à l’État à adopter des valeurs et des principes découlant d’une vision rigoriste et moraliste de la religion » (citation prise dans le titre Tirs croisés : la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman). 

La laïcité doit faire face à trois refus : « refus de la liberté de conscience des personnes (la vertu d’obéissance serait la première des vertus morales, ceci dans tous les domaines de l’existence, ceux touchant l’au-delà comme ceux concernant ce qui a trait à l’ici-bas) ; refus de séparer l’organisation publique de références fondamentales aux institutions religieuses et aux dogmes qui doivent être prévalents (les principes sacrés doivent régler le monde profane du plus haut niveau de l’État au niveau le plus humble) ; refus d’accepter de reconnaître la même valeur à tous les hommes (la supériorité du clerc le conduit à montrer la voie au reste de la population, aussi guide-t-il le laïc qui ne peut qu’en suivre docilement les directives) » (page 28).

De ce fait le sacré peut s’immiscer dans tous les domaines et notre auteur en prolongement s’interroge sur le blasphème, citant Pierre Bayle pour qui « le blasphème n’est scandaleux qu’aux yeux de celui qui vénère la réalité blasphémée ». Il précise plus loin que la puissance laïque n’est évidemment pas ennemie de la foi. Il ne faut pas pour autant assimiler la laïcité au dialogue interreligieux. Bernard Jolibert, une laïcité qualifiée, selon les circonstances, d’ouverte, tolérante, nouvelle, moderne vise à réintroduire la religion dans le domaine politique (page 79). Il cite Henri Pena-Ruiz pour l’école laïque a un objectif d’universel visant à sortir d’un enfermement porté par son environnement.

Si le premier chapitre s’attache à clarifier ce qui touche à l’univers de la laïcité, le second se penche sur l’anticléricalisme qu’il distingue de la laïcité, comme il faut distinguer religion et cléricalisme. Notre auteur affirme que « l’anticlérical (…) n’est pas incroyant, c’est un homme qui voit dans la transformation du pouvoir spirituel en pouvoir matériel (économique et mondain) un danger pour la liberté d’agir et de réfléchir » (page 105).

Le troisième chapitre a pour intitulé " Les présupposés de la laïcité ". On y parle de liberté de conscience. On sait généralement que la laïcité n’est pas à proprement parler une opinion mais l’instrument garantissant à chacun d’en avoir une. Comme beaucoup d’idées, la laïcité rencontre le relativisme de notre époque. Elle est dénigrée comme portant une pensée occidentale qui a justifié notamment l’impérialisme et le technoprogressisme. La réflexion évolue des bases de l’édifice laïque vers la question de la justification de cette laïcité à travers l’histoire de sa progressive installation. Bernard Jolibert pense que la laïcité ne se résume pas au simple respect du pluralisme religieux. Il pense que « l’institution laïque a charge de placer d’abord chaque conscience en face de vérités que chacun peut retrouver, reconstituer, vérifier, discuter, éventuellement accepter ou refuser (pages 137-138).

La quatrième section s’appuie sur l’écrit de Kant intitulé Qu’est-ce-que les Lumières ?. Bernard Jolibert y relève « ose savoir, ose apprendre ». Pour cela est nécessaire d’avoir la liberté de penser. Kant réfute l’intervention de l’État en matière religieuse et même l’idée que ce dernier puisse être toléranr car cela implique qu’il y ait une vérité supérieure face à d’autres opinions. Il prone l’affranchissement vis-à-vis des superstitions et des dogmes.

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

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