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Encadrer l’islam et lutter contre l’islamisme

Encadrer l’islam et lutter contre l’islamisme
L’Harmattan 203 pages
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Avis de Benjamin : "L’ex-fille aînée de l’Église n’entend pas devenir la fille cadette de l’islam"

L’ouvrage est sous-titré Entre protection de la liberté religieuse et sauvegarde de l’ordre public en contexte de laïcité. La préface est de Mélanie Trédez-Lopez, enseignante à l’Université d’Artois et auteure notamment d’un article à paraître intitulé " Dialoguer pour protéger la diversité religieuse : quelle portée pour l’article 17 al. 3 TFUE sous la IXe législature ? ". Le terme TFUE désigne le Traité de Fonctionnement de l’Union européenne. Celle-ci met en exergue que depuis le discours du président Emmanuel Macron du 18 février 2020 à Mulhouse, on a substitué au concept de communautarisme celui de séparatisme en l’affublant bien vite de l’adjectif "islamique". Elle présente l’esprit du travail de Dominique  Lansiaux. Il s’agit de « tracer une frontière nette entre islam et islamisme, entre la religion qui doit être protégée par la loi, et ce qui lui est étranger et constitue un danger pour la société » (page 10.

À la page suivante, elle précise que l’auteur « nous guide dans un voyage législatif, de la loi de séparation de 1905 à la loi séparatisme de 2021, sans éluder l’importance du fait sociopolitique et des actualités, perpétuellement brûlantes, faisant la lumière sur l’islam et l’islamisme : de la marche des beurs de 1983 à la manifestation contre l’islamophobie de 2019, de la naissance du Conseil français du culte musulman au nouveau Forum de l’islam en France, de Charlie Hebdo à l’affaire de l’iman Iquioussen en passant par l’abattage rituel, les signes religieux ou encore la question scolaire, à travers deux parties, l’ouvrage nous aide à tracer la frontière entre l’islam et l’islamisme en contexte de laïcité ».  

Dominique Lansiaux réside dans la région lilloise, il est doctorant à l’Université d’Artois et son ouvrage est donc une vulgarisation des idées qu’il exprime dans sa thèse. Il a travaillé à la sûreté armée (protection des sites militaires) à Berlin (dans la zone d’occupation de la France) puis est entré dans un établissement de pompes funèbres où il a géré les rites de personnes décédées se rattachant à l’un des trois monothéismes. 

Dans l’introduction, l’auteur retrace la présence de l’islam en France, ce qui fait que la situation dans l’Algérie coloniale est abordée, là les autorités polico-administratives contrôlaient cette religion. La loi de 1905 a connu une exception d’application, alors que, savons-nous indirectement, les oulémas la réclamaient. Dominique Lansiaux retrace la présence en métropole de l’islam par le fait de l’immigration. Il décrit l’histoire de la revendication de lieux de culte portée par les musulmans français. La question de qualification d’islamisme est abordée. La demande d’assimilation ayant échoué, se développent le communautarisme puis le séparatisme.

La première partie s’intitule "La laïcité, garante du libre exercice de l’islam". Son premier chapitre est "Le respect de la liberté de conscience et de culte". La notion, pour la République française et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, de liberté de conscience est déclinée par la liberté de croire ou de ne pas croire puis par la liberté d’expression. Sont abordées là les questions touchant les restrictions vestimentaires à l’école, le rapport Stasi, le blasphème et l’injure.

On passe ensuite aux instruments au service de la pratique de l’islam. Il est fait là place  aux dimensions de gestion associative des cultes dans le cadre d’un État garant effectif du libre exercice de l’islam. Ce dernier point connaît un très large développement, y sont notamment présentées une dizaine d’associations, certaines sont marquées par l’influence de l’Algérie, du Maroc ou de la Turquie, mais également l’existence d’aumôneries musulmanes, d’abattage rituel, de prescriptions alimentaires en matière de restauration collective, de rites funéraires, de congé pour fête religieuse, de circoncision rituelle.

Le second chapitre de cette première partie se nomme "César et Dieu". On évoque là l’interdiction du financement des cultes par l’État avec l’exposé du principe et les exceptions. On arrive ensuite au respect de l’Autre dans un cadre professionnel dans le secteur public puis le secteur privé. On aborde ici notamment l’interdiction du prosélytisme, l’aspect de la personne (voile et barbe), la prière sur le lieu de travail. Cette première partie se clôt quasiment par ce qui suit. « Ainsi, lorsque les limites de la laïcité sont franchies, nous entrons dans le domaine de l’ordre public. Autrement dit, lorsque des faits religieux outrepassent ces limites, ils ne doivent pas être considérés comme une pratique normale d’une religion en tant que telle mais comme des agissements allant à l’encontre des règles communes du bon ordre de la société » (page 111).       

La seconde partie traite de la protection de la société française contre la menace islamique au nom de l’ordre public. Dominique  Lansiaux entend montrer là que « l’islamisme se définit comme une pratique religieuse se réclamant de l’islam mais dont l’exercice porte atteinte à l’ordre public et dont la manifestation de ses opinions y cause un trouble » (page 116).

Dans le premier chapitre, est exposée la notion d’islamisme. Ce dernier trouve ses racines dans l’abolition du califat en 1924 par Atatürk, la lutte contre la colonisation et ajouterai-je personnellement l’échec économique des nationalismes arabes. Cerise sur le gâteau s’ajoute à la toute fin des années 1970 et dans les années 1980, l’humiliation que la République islamique d’Iran inflige aux USA.  Dominique  Lansiaux parle également d’une présence islamiste portée en France historiquement par les Tabligh. Ce mouvement a été fondé dans l’Inde britannique par Muhammas Ilyas ; il s’implante dans l’hexagone au milieu des années 1960 mais est en voie de fossilisation depuis en particulier l’expulsion de son leader le Tunisien Mohammed Hammami. Des informations complémentaires à cet ouvrage nous apprennent d’une part qu’il fut responsable religieux de la mosquée Omar, dans le centre de Paris. D’autre part, né en 1935, on peut découvrir qu’il avait valorisé le djihad violent, proféré des propos antisémites et justifié le recours à la violence et aux châtiments corporels contre les femmes (appelant à fouetter, à mort, la femme adultère).

L’implantation des Frères musulmans en France se fait actuellement par le biais de l’Union des organisations islamiques en France (UOIF). Crée en 1983, cette association devient Musulmans de France en 2017. L’organisation des Frères musulmans remonte à 1927, elle a été créée en Égypte par Hassan-el-Banna. En France, elle impose un contrôle social dans certains quartiers. Les salafistes sont historiquement liés au FIS algérien, groupement armé en rébellion avec le pouvoir de leur pays. Ils prônent le communautarisme, souhaitant que les musulmans vivants en France le fassent dans un esprit identitaire, au sein de quartiers où ils dominent. 

 Avec le second chapitre, Dominique  Lansiaux évoque en quoi l’ordre public fixe les limites de la liberté religieuse et quoi l’islamisme remet en cause la législation française. Cette dernière entend réagir face à la discrimination, au port d’un voile ou foulard pour les photos d’identité, au mariage forcé, à la répudiation, au certificat de virginité, à l’excision, à la récusation du personnel soignant, au port du voile intégral dans la rue, aux certificats médicaux de complaisance en matière d’activité sportives (et en particulier la natation)… Il est porté, par ailleurs, des limitations, visant par exemple l’éducation à domicile ou les conditions d’ouverture ou de fonctionnement d’établissements d’enseignement privé. Les faits exposés sont présentés avec des références à des décisions judiciaires ou législatives.

Dans sa conclusion, l’auteur met en avant des positions de diverses personnes qui pensent que l’État n’a pas  intervenir dans l’organisation du culte musulman. D’une part il n‘arriverait pas à réguler certaines pratiques en antinomie avec les valeurs de la République et ensuite il risquerait de faire des concessions regrettables. Les derniers mots du développement sont ceux de Régis Debray qui déclarait en 2016 que « l’ex-fille aînée de l’Église n’a pas fait la Révolution pour se retrouver la fille cadette de l’islam, dont une fraction intégriste témoigne des mêmes ambitions que le catholicisme vers 1900 » (page 175).   

 Abordant des questions de fond, dans un esprit dépassionné, et dans un style limpide, cet ouvrage convient parfaitement au lecteur qui veut approfondir ses connaissances sur un sujet porté par des prises de positions parfois passionnées défendant des options totalement opposées ou des opinions médianes objets de sarcasmes. La bibliographie est extrêmement fournie mais je n’y ai pas trouvé le livre Le foulard et la balance de Cyrille Duvert et on aurait gagné à préciser, derrière la mention de la thèse de Camille Dolmaire, le lieu où elle a été soutenu et surtout le fait qu’elle a connue une adaptation sous forme d’ouvrage. 

 

 

Pour tous publics Aucune illustration

Benjamin

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