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La drogue au pouvoir

La drogue au pouvoir
Cerf262 pages
1 critique de lecteur

Avis de Patricia : "Une enquête psychédélique"

L’ouvrage est sous-titré Cinq siècles de flirt entre géopolitique et narcotrafic. Le premier chapitre est consacré à l’arrivée en Europe d’épices et de produits addictifs à divers degrés comme me tabac, le café, et le thé. Dans le second chapitre, en caricaturant  que les Anglais devenus accro au thé, et ne pouvant en acheter à la Chine, vont imposer à l’Empire du milieu la commercialisation de l’opium produit dans l’Empire des Indes. Les troisième et quatrième chapitres sont consacrés à la façon dont progressivement le Royaume-Uni va réaliser progressivement la soumission de la Chine à l’emprise de l’opium.

De son côté la France développe les fumeries d’opium dans l’Indochine. Une première manufacture d’opium ouvre en 1881 à Saïgon, sa maquette sera fièrement présentée à l’Exposition coloniale de Marseille de 1906. La culture du pavot est tolérée au Laos et l’opium est importé du Bengale et de la province chinoise du Yunnan.  Dans l’après Seconde Guerre mondiale, pour lutter contre le Vietminh, les autorités françaises offrent à la maffia vietnamienne de Saïgon le monopole des jeux, de la prostitution et de l’opium. Les malfaiteurs corses de Marseille importent un peu d’opium en métropole dans l’Entre-deux-guerres. Cependant, ce n’est plus sous la houlette de Carbone et de Spirito (mort en 1943) que ce trafic se fait durant la Guerre d’Indochine, comme l’écrit Benjamin Sire.

Ce sont alors les Guerini et Marcel Francisci qui vont prendre en main le trafic de drogue en provenance principalement de Turquie et du Triangle d’or aux marges de la Thaïlande) mais à destination des USA (en passant parfois par l’Amérique du sud), épargnant la France en échange de protections. Les choses changent avec l’interdiction de production d’opium en Turquie lors de l’année 1971. Par ailleurs la coopération entre bureau des narcotiques aux USA et la police française, au tout début des années 1970, démantèle la French connection. Les laboratoires migrent alors vers l’Italie.

Fort pertinemment un chapitre est consacré au Triangle d’or, la production de drogue trouve là ses origines dans le repli des armées chinoises nationalistes en 1950. Les indigènes cultivent le pavot et les nouveaux arrivés contrôlent le commerce. Dans les années 1960, ce commerce, avec l’appui de la CIA, sert à financer la guérilla royaliste laotienne contre les convois nord-vietnamiens destinés à apporter des armes au Viet Cong. Les soldats américains, présents au Sud-Vietnam massivement de 1965 à 1973, sont très nombreux à se droguer. Démobilisés, ils restent dépendants pour une bonne part de la drogue. Aux USA les Afro-Américains hostiles à la Guerre du Vietnam, sont assimilés à des trafiquants de drogue.

La mafia américaine s’approvisionne au début des années 1970 en Colombie et le narcotrafic aide la CIA à financer leurs alliés dans les guerres civiles en Amérique centrale. D’autre part, en Amérique du sud, des mouvements de guérilla à visée révolutionnaire se financent par la production de coca.

La drogue produite en Afghanistan entre en Iran où les Pasdaran la commercialisent tout comme le Hezbollah au Liban. Le captagon est produit par le régime syrien de Bachar-el-Assad.

L’entreprise américaine Purdue Pharma lance l’OxyContin qui est un anti-douleur entraînant une dépendance comme on le découvrira plus tard. Le tramadol et le fentanyl ont le même profil. Le fentanyl est largement produit en Chine et arrive au Mexique où il est transformé.

En fin d’ouvrage, l’auteur évoque l’importance du chiffre d’affaires du narcotrafic en France. La situation dans les banlieues prend des couleurs de délinquance à la mexicaine, vu la violence des rivalités entre bandes. La récente lutte contre la DZ maffia est décrite. Le développement se termine par l’impact des cryptomonnaies et du darknet sur le développement des flux financiers opaques. Dubaï devient, avec ses avantages fiscaux, devient un lieu très prisé du blanchiment d’argent.

Dans la conclusion, on peut lire : « La drogue est un outil géopolitique à part entière. Elle est à la fois une arme d’intoxication sociale, une monnaie d’échange diplomatique et un moyen de financer le terrorisme ou la guerre. Elle n’est plus un marché parallèle, mais une stratégie de survie et de pouvoir » (page 234). Des pouvoirs ont utilisé le trafic de drogue pour se financer, après avoir servi les pouvoirs la drogue porte aujourd'hui un tel pouvoir économique qu'elle tient tête aux gouvernements et déstabilise les sociétés.          

Pour tous publics

Patricia

Note globale :

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