Avis de Adam Craponne : "Drogué : individu coupé de la société, car la came isole ( Marc Escayrol )"
L’auteur entend revisiter l’histoire du Moyen-Orient, à travers le prisme de l’usage des drogues qui y eurent leur place. Dès l’Antiquité, haschich et haoma sont présents. Durant cette époque sa destination est souvent liturgique. On a retrouve une trace archéologique dans le temple juif de la forteresse Tel Arad, dans le désert du Néguev. D’autre part Hérodote évoque une intoxication collective aux stupéfiants chez les Scythes installés au nord de la Macédoine. Le zoroastrisme aurait intégré l’haoma au culte : « L’haoma est broyé dans des mortiers pour être consommé avec du lait lors de cérémonies fermées. Un consensus émerge aujourd’hui pour identifier l’haoma, au moins pour la période sassanide, au suc des baies de l’éphédra, un arbrisseau des zones arides » (page 21).
Le soufisme propage la consommation du haschich. Ce dernier « est d’autant plus attrayant qu’il est bon marché, à la différence de l’alcool, réservé de ce fait à une élite dominante et aux négociations prospères » (page 28). Certains poètes comme Ibn a’-Anna ou Safi al-Din al-Hilli, dans l’univers naissant du régime des mamlouks vantent l’usage du cannabis, porteur d’un plaisir bien plus puissant que le vin et évitant la gueule de bois. « Le haschich apparaît à intervalles réguliers dans Les Mille et une nuits, y compris dans sa forme originelle de la période mamelouk. Un conte, par ailleurs emboîté dans un conte plus vaste, s’intitule même Histoire du mangeur de haschich » (page 37). Il s’agit du conte de la 142z nuit dans la version de Mardrus et de la 143e nuit des éditions suivantes.
Nous avons déjà donné une petite idée des deux premiers chapitres, respectivement intitulés " Une bien sage Antiquité " et " La verte herbe de l’islam". Il en existe d’autres ainsi nommés " Les volutes des empires" , " Un intermède français " ( il s’agit des conséquences de l’expédition de Bonaparte en Égypte ) , " L’apogée du libre commerce " ( on évoque les guerres de l’opium ), " Normes et contournements " , " Prohibitions et filières " , " Une malédiction afghane " , " L’autre guerre des ayatollahs " , " Une passion yéménite " ( production du qat ), " Un nouveau Moyen-Orient " ( pour en particulier évoquer l’économie de la drogue dans la Bekaa au Liban), " Terreur et divertissement " ( avec ici notamment la production du captagon par le régime d’Assad ).
Bien sûr on n’oublie pas de parler de la French Connection, un moment où la pègre marseillaise amène une héroïne produite essentiellement au Moyen-Orient pour inonder les USA. Le rôle de la Turquie dans la production d’une drogue exportée s’étend sur la longue durée, on apprend en particulier que Izmir fut un important port en la matière autour des années 1860. Si l’Iran a un rôle dans le trafic de drogue, il a vu enfler le nombre de ses toxicomanes qui atteindraient six millions à ce jour.
Pour connaisseurs Peu d'illustrations