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Juger la reine : 14, 15, 16 octobre 1793

Juger la reine : 14, 15, 16 octobre 1793
Tallandier360 pages
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Avis de Michelet76 : "Intéressant !"

Emmanuel de Waresquiel est un historien français contemporanéiste, pour utiliser le jargon. En bref, sa période de prédilection court de la Révolution française à nos jours, même s'il a une préférence pour la Restauration (1814-1830). C'est un auteur dont je connais le travail depuis très longtemps. Son Histoire de la Restauration est le premier livre sérieux d'histoire que j'ai acheté dans ma vie (en 2005). Avec le recul, il a une importance d'autant plus symbolique que j'ai choisi pour mon mémoire de master 1 - par hasard - d'aborder un sujet d'histoire du XIXe siècle comprenant la Restauration. Quelque part, cet ouvrage a contribué à faire naître en moi une curiosité pour cette période un peu méconnue, peu étudiée en classe.

Avec ce livre sur le procès de Marie-Antoinette - ce n'est pas une biographie ! - Emmanuel de Waresquiel cherche à montrer la face noire de la Révolution. D'après l'auteur, cet ouvrage sera suivi, dans quelques années, d'un livre sur un autre épisode de la Révolution, celui-ci glorieux : le serment du jeu de paume. Dès lors, point de parti-pris contre-révolutionnaire comme j'ai pu le penser au premier abord avec tristesse. Montrer une seule face de la Révolution n'aurait pas été très scientifique de la part d'un historien sérieux et reconnu.

La mise en avant des sentiments humains et l'aspect littéraire renforce le trouble. J'ai été saisi d'une sorte de malaise, au début de ma lecture. Tout le poids de ma culture politique, profondément républicaine, m'empêchait de voir ce procès pour ce qu'il est : un procès politique joué d'avance qui n'a pour but que de calomnier un être humain. Pour autant, l'auteur cherche à montrer que la réputation de la reine est le fait de ses ennemis à la cour. Elle aurait été la cible de personnages qui n'appréciaient pas sa façon de vivre et son culte du secret et du mystère (attribuée à son caractère introverti).

Cet ouvrage soulève assez vite la question plus générale de la place de l'auteur dans son récit. Peut-il se mettre en avant, en exprimant ses doutes, ses sentiments ou encore sa façon d'aborder ses sources ? J'ai tendance à répondre par l'affirmative. Il est très plaisant de lire de manière fluide sans nous en rendre compte. Ce fut le cas ici. Sur le plan littéraire rien à dire. Pourtant, j'ai eu du mal à lire ce livre sur un plan plus idéologique. J'ai même découvert à quel point j'étais conditionné par ma culture politique. Pour moi, homme de gauche, il m'est très difficile de me figurer la monarchie comme régime d'exercice absolu du pouvoir. Après tout, avais-je tendance à me dire : quel est l'intérêt de s'intéresser au sort d'une reine déchue ?

Emmanuel de Waresquiel répond parfaitement à la question. L'intérêt de son livre est avant tout historique. Les historiens n'ont pas ou peu écrit sur ce procès. Quant aux témoignages connus, ils sont surtout très orientés (pour ou contre la reine, mais sans juste milieu). J'ai aussi trouvé dans cet ouvrage un intérêt plus personnel. En dehors du film de Sofia Coppola (2006), le personnage de Marie-Antoinette ne me parle pas plus que ça. Comme je viens de le laisser entendre, j'en avais même une vision plutôt noire. J'ai donc été gêné par l'insistance de l'auteur pour lui trouver des circonstances atténuantes en dressant le terrible portrait d'une femme consciente de sa place, mais meurtrie et humiliée par ses juges. Dès lors, après les premières impressions, que penser de ce livre ?

Pour commencer, je tiens à souligner que l'ouvrage est très bien écrit. Il est le fruit de recherches poussées en archives. C'est donc un livre universitaire, scientifique, qui utilise les méthodes de l'historien à la perfection. D'un autre côté, Emmanuel de Waresquiel s'affirme en véritable écrivain, ce qui donne cette touche personnelle au récit. Sur le fond, plus spécifiquement, en plus du personnage de Marie-Antoinette, il aborde le contexte du procès et surtout les autres protagonistes (amis de la reine, mais surtout les juges et les membres du jury).

L'auteur décrit la psychologie de la reine, mais il le fait sans pathos, malgré une certaine émotion qui transparaît à la lecture. Il y a un attachement au personnage qui est difficilement masqué par les artifices de la rhétorique historienne. En cela, le livre est perturbant. E. de Waresquiel écrit-il un livre de réhabilitation sans réserves vis-à-vis de la reine ? Je méconnais trop le personnage et la documentation la concernant pour l'affirmer, mais je veux insister sur mon impression. Le procédé est toutefois moins évident au fur et à mesure de la lecture. Je n'ai pas souvenir de réelles critiques envers la reine. En revanche, l'auteur tente d'expliquer la fracture idéologique qui sépare l'accusée de ses juges. Il cherche surtout à comprendre les tenants et les aboutissements du procès.

J'ai l'impression qu'Emmanuel de Waresquiel cherche à montrer que la mort de la reine n'est pas uniquement le fait de sa personnalité et de ses éventuels crimes, mais que derrière ce procès se cache toute une intrigue politique. En vérité, c'est passionnant ! Après ma lecture, je crois que mon sentiment de malaise illustre parfaitement l'importance de cet événement historique : un procès joué d'avance au cours duquel les peurs et les tensions ont atteint un point de non-retour. Le dialogue entre les deux mondes était devenu impossible. Un peu comme la fracture actuelle, de plus en plus affirmée, entre les anti-capitalistes et les ultra-libéraux. En fait, ce procès, en plus d'être celui de la reine, apparaît comme celui de l'Ancien Régime tout entier, dans ce qu'il avait de plus détestable aux yeux des révolutionnaires (la monarchie, le luxe et le secret).

Pour moi, lire un historien contemporain remettre les choses à leur place et présenter la vraie nature de ce procès est quelque part perturbant. Cela ne doit pas empêcher l'historien de montrer que l'attitude des révolutionnaires était liée à un contexte et d'expliquer les origines de leur mode de penser. J'ai trouvé qu'E. de Waresquiel aborde timidement ce point dans son livre. Ce n'est pas parce que le procès de la reine est indigne sur le plan judiciaire qu'il ne faut pas dénoncer les propos et les prises de positions de la souveraine, ainsi que son train de vie. Aujourd'hui, dans un pays en crise comme l'Espagne, les gens ont trouvé extrêmement choquantes les dépenses du roi Juan Carlos pour ses déplacements privées, d'autant plus lorsqu'il s'agit de tuer un éléphant en Afrique.

Vous allez me dire : est-ce qu'une attitude vaut pour autant condamnation à mort ? En cette fin de XVIIIe siècle, dans l'opinion publique, principalement parisienne, l'image d'une reine dépensière et déconnectée du peuple a été catastrophique, malgré une personnalité attachante pour une partie de la noblesse. Cette image, fondée ou non d'ailleurs, a joué un rôle important dans ce procès. La condamner à mort était inévitable car il s'agissait pour les révolutionnaires de condamner symboliquement avec elle ce qu'ils considéraient comme les aspects les plus négatifs de l'Ancien Régime. 

Un livre à lire donc, pour tous lecteurs voulant en savoir plus sur Marie-Antoinette et sur son procès. L'approche est inédite et le contenu peut remettre en cause des préjugés bien ancrés dans l'imaginaire populaire.

Pour tous publics Peu d'illustrations Plan autre

Michelet76

Note globale :

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