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Assiégés-Beauvais

Assiégés-Beauvais
Delcourt130 pages
1 critique de lecteur

Avis de François S.F. : "Laisné, Fourquet, Hachette : appelez-la comme vous voudrez"

Les quelques évêques de Beauvais qui ont laissé un nom dans l'Histoire n'ont pas bonne presse : inutile de rappeler la réputation laissée par Pierre Cauchon, juge de Jeanne d'Arc à Rouen, en dehors de son territoire épiscopal. Ici, c'est un autre dirigeant du diocèse de Beauvais qui est montré du doigt par la population urbaine, par les héros de la bd et pour finir par le roi de France en personne, Louis XI, qui avait tout intérêt à mettre en valeur les héroïques défenseurs de la ville de Beauvais qui avaient obligé le principal ennemi du royaume, le puissant duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, à lever le siège qu'il avait mis en 1472 devant la ville, malgré tous les moyens qu'il avait mis en hommes et en matériel, y compris une impressionnante artillerie, pour prendre la place. L'épisode devait être exploité à outrance par Louis XI à des fins de propagande, cela va sans dire, et l'exercice fut plutôt réussi. C'est ce qui est mis en évidence à la toute fin de cette très belle bd consacrée à cet investissement de Beauvais par les troupes bourguignonnes et à la levée du siège. Il faut bien dire que le rôle de Laurent Vissière, spécialiste de la guerre "obsidionale", comme l'a très justement fait remarquer Jean Lopez dans la dernière livraison de sa revue Guerres & Histoire (numéro 91, juillet 2026) est très important dans cette bande dessinée, car il fournit tous les éléments de compréhension utiles à l'intelligence des événements.

Revenons brièvement au personnage fort peu intéressant de l'évêque qui avait nom Jean V de Bar (on ne connaît pas sa date de naissance, mais on sait qu'il est mort en 1488). Il avait reçu la charge du diocèse de Beauvais en 1462 avec l'appui du roi de France, mais c'était un pleutre, ce que montrent bien France Richemond, Laurent Vissière et Chetville dans ce nouvel album. Son attitude, celle d'un homme uniquement préoccupé de sa survie et de la préservation de ses biens, ne fait guère honneur à l'image de l'homme d'Église qu'il aurait dû être. On le voit en effet tenter de sortir de Beauvais avant que les choses ne s'enveniment, et le portrait qu'on fait de lui dans cette bd est tout, sauf flatteur.

Venons-en maintenant aux événements proprement dits. Ils sont très bien relatés et la fiction vient ici elle-même renforcer la chronique du siège, pour donner l'impression au lecteur d'être lui-même plongé au coeur des événements. Bien sûr, l'imaginaire existe, comme cette histoire de fillette prénommée Marion et protégée par une tenancière de maison de passe afin de protéger provisoirement la préserver des agissements de la soldatesque mais avec l'intention de l'exploiter ultérieurement dans son établissement. C'est très bien vu, car c'est bien l'un des aspects qui mériteraient d'être approfondis dans les ouvrages historiques traitant de la guerre à quelque époque que l'on se place pour la décrire. De même, le personnage de Mathieu, revêtu des habits de "crieur public", passablement ivrogne et paillard, rend l'impression du "vrai" et du "vécu". Mais les faits sont les faits et si le romanesque se mêle à la grande Histoire dans ce récit, c'est quand même bien cette dernière qui transparaît dans le récit. De quoi s'agit-il ? De l'inquiétante progession des troupes bourguignonnes à Chaulnes, Curchy et Nesles, localités du Santerre, alors qu'on les croyait parties sur les routes qui conduisaient vers la Normandie et plus particulièrement vers Rouen. On les craignait d'autant plus qu'elles venaient semer partout la panique, la terreur, la mort et la désolation si quelconque faisait mine de leur tenir tête, et elles ne craignaient pas d'occire jusqu'aux femmes, préalablement violées, aux vieillards, aux enfants et aux membres du clergé. On ne préservait sa vie qu'à condition de se soumettre, individuellement et collectivement. Telles étaient les dures lois de la guerre.

Le 27 juin 1472, à sept heures du matin, les couvreurs à l'oeuvre sur les toitures de la très haute cathédrale de Beauvais, virent arriver l'avant-garde bourguignonne commandée par Crévecoeur d'Esquerdes et donnèrent immédiatement l'alarme. S'ensuivit un siège où les habitants, notamment les femmes qui s'étaient placées sous la protection de la Sainte patronne Sainte Angadrême et qui faisaient des processions avec les reliques de cette dernière, se montrèrent d'une bravoure exemplaire, et parmi elles on ne peut manquer de citer une certaine Jeanne Laisné passée dans l'histoire sous le nom de "Jeanne Hachette", qui devait s'emparer de la bannière portée par un echeleur bourguignon et renvoyer à terre dans les douves ce dernier ainsi que son échelle. C'est l'image qui est restée fichée dans nos mémoires. Évidemment, le siège ce n'est pas que ce trait d'héroïne, ce sont aussi bien des efforts, bien des peurs, bien des prises de risque,comme cette idée d'entretenir perpétuellement le feu en y mettant sans cesse de quoi l'entretenir à la porte de Bresles, pour empêcher l'assaillant de s'introduire dans Beauvais. Tous les faits importants du siège sont rapportés, et l'obstination du duc de Bourgogne qui avait fini par arriver sur les lieux est bien mise en relief dans l'album, ainsi que son tempérament présomptueux et téméraire - son surnom n'était pas usurpé -, et malheureusement aussi sa cruauté, ce qui ne nous laisse guère à trouver de quoi l'admirer. C'est aussi l'occasion pour les auteurs de la bd de s'intéresser aux personnes de l'entourage du duc qui le trahiront et passeront dans le camp du roi, à commencer par Commynes. L'Histoire est toujours écrite par les vainqueurs et "Vae Victis". Le duc dut lever le siège. Il allait connaître encore bien des échecs, notamment face aux Suisses en 1476, qui devaient l'humilier à Grandson et Morat. Rendez-vous est pris pour suivre le siège de Nancy en 1477.

François Sarindar-Fontaine, biographe.
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