Avis de Benjamin : "Des croisades morales au nom de bons sentiments pour le bonheur du peuple"
L’ouvrage a pour sous-titre Regards sur les ouvriers d’Europe vers 1780-1880. Il s’agit ici d’évoquer le premier âge industriel, largement méconnu. C’est une époque où les ouvriers travaillent sans relâche mais arrivent à peine à se nourrir et sont logés dans des taudis. En l’absence de toute réglementation, les enfants travaillent vers dix ans dans les usines. Prostitution, alcoolisme, mendicité, absence de morale servent à qualifier cet univers laborieux. Cette misère est décrite par des observateurs issus des classes aisées et ceux-ci souhaitent moraliser la classe ouvrière.
Les journées de travail sont de 15 à 16 heures, le salaire réel diminue même tout au long de la première partie du XIXe siècle. Le machinisme met au chômage nombre d’individus comme certaines crises économiques. Si l’augmentation des richesses produites entraîne une élévation du niveau de vie moyen, la classe ouvrière n’en profite pas.
Après cette vision globale dans le premier chapitre, Olivier Pétré-Grenouilleau s’attache, dans le chapitre suivant, à rapporter une vision du travail des femmes et des enfants. Les emplois de ceux-ci sont réglementés à la fin de l’époque étudiée. Des associations catholiques ou protestantes poussent même vers l’interdiction du travail des femmes mariées afin de créer une vie familiale harmonieuse. Certains syndicalistes et socialistes vont dans le même sens, ceci d’autant plus que leurs plus bas salaires est une concurrence à l’emploi pour les hommes. L’emploi des enfants est perçu comme un mal nécessaire, dans les milieux ouvriers, afin d’équilibrer le budget familial. En matière de dépense, le désir d’avoir un vêtement de belle prestance pour les dimanches, est une constante qui grève une part non négligeable du budget.
Le second chapitre se nomme "Laborieux et miséreux". Sont évoquées ici les nombreuses enquêtes sociales menées dans divers pays de l’Europe occidentale. Cette partie se clôt ainsi : « Les enquêtes à grande échelle, les études environnementales ou les reconstitutions de budgets génèrent plus d’interrogations que de réponses. Pour les contemporains, l’ouvrier demeure un être étrange et déraisonnable.
Le quatrième chapitre interroge de façon pas seulement provocatrice sur l’assimilation du prolétaire à l’esclave car ce fut un débat au XIXe siècle. Les esclavagistes du sud des USA argumentent d’ailleurs sur le fait que leurs esclaves ont de bien meilleures conditions de vie que les ouvriers. Ajoutons personnellement que dans la presse ouvrière, on assimile parfois l’usine au bagne. Les révoltes ouvrières se situent parfois elles-mêmes comme les enfants des révoltes d’esclaves. Ce n’est pas fortuit si les militants derrière Rosa Luxembourg, se qualifient de spartakistes.
Le chapitre suivant se nomme "Retombés en barbarie". On évoque là les taudis, les cabarets, l’absence de vie familiale vu les horaires de travail et en plus le temps passé au cabaret, l’air fétide et les accidents du lieu de travail.
Le sixième chapitre évoque des personnages qui entendent émanciper les ouvriers tels Flora Tristan,, Pierre-Joseph Proudhon ou Paul Lafargue. Il est aussi fait place à des discours de réformateurs sociaux comme Le Play et le paternalisme patronal qui débouchera ultérieurement sur les cités ouvrières. Relevons la faute de frappe qui transforme Frédéric Japy en Frédéric Japy, industriel horloger à Beaucourt, alors dans le Haut-Rhin (la ville passe au Territoire de Belfort en 1871). Une précision non inutile aurait été de dire qu’il s’agit d’une famille protestante. Une information très superflue mais intéressante est qu’au début du XXe siècle, un de ses descendants finança largement les syndicats jaunes.
Le dernier chapitre montre comment progressivement le travail des enfants se tarit dans les villes. La conclusion se nomme "De guerre lasse". Sont évoqués là les combats démarrant avec la lutte contre l’esclavage pour aller non seulement vers l’amélioration des conditions économiques de la population européenne mais aussi vers des sujets sociétaux comme l’abolition de la peine de mort, le rejet de la guerre ou la protection animale. Tout ceci relève de croisades morales.
Pour tous publics Aucune illustration