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Femmes remarquables du Moyen Age

Femmes remarquables du Moyen Age
Autrement 378 pages
1 critique de lecteur

Avis de François S.F. : "Quand des femmes dirigeaient"

Oublions Sainte Geneviève, Clotilde, Brunehaut, Frédégonde, Héloïse, Aliénor d'Aquitaine, Blanche de Castille et Jeanne d'Arc, et franchissons le Channel. Là-bas, en Angleterre, nous dit l'autrice, Janina Ramirez, dans son introduction, les suffragettes du XXème siècle ne virent d'ailleurs pas de meilleure modèle pour symboliser leur combat que Jeanne, la Pucelle d'Orléans. Mais ce serait être aveugle que de ne pas voir que bien des femmes s'illustrèrent en Angleterre. Et s'il n'y en avait qu'une, parmi toutes les figures évoquées dans le livre, je choisirais "Aethelflaed la Grande", qui vécut à la charnière des IXème et Xème siècles. Fille d'Alfred le Grand et épouse en 886 d'Aethelred de Mercie, elle acquit petit à petit, étant d'abord une femme de tête, une réputation qui pouvait faire penser à celle d'un roi stratège, de sorte que l'on put la laisser diriger aussi bien en matière politique qu'en matière militaire. Elle n'hésita pas à saisir en 902 les rênes du pouvoir, après la mort de son père et de son époux. Elle trouva un moyen de sédentariser dans la péninsule de Wirral quelques groupes de Vikings qui avaient fait des incursions dans les territoires qu'elle contrôlait, tout en fortifiant la ville de Chester, ce qui se révéla utile quand elle dut protéger ce centre urbain en 907 contre ces mêmes Vikings lors d'un raid entrepris par des Danois. Aethelflaed sut alors trouver un moyen pour fragmenter les forces ennemies et ramener à elle les Vikings implantés à Wirral pour repousser et rejeter à la mer les Danois.
Certes, c'est Édouard, le frère de cette femme énergique, qui, unifiant en un seul bloc la Mercie et le Wessex, devait parvenir à poser les fondations de ce qui allait devenir plus tard le royaume d'Angleterre. Mais une chronique anglo-saxonne dont une partie appelée le "Registre mercien" nous est parvenue, si elle est bien le résultat d'une commande d'Édouard, fut aussi le reflet de la pensée des moines qui la rédigeaient et laissait paraître chez ces derniers une vive admiration pour Aethelflaed. Plus tard, des mémorialistes normands, notamment Henry de Huntingdon, rendirent à cette femme, au XIIème siècle, toute la place qui lui revenait, allant jusqu'à lui attribuer des qualités masculines, l'affublant du titre de roi et ne craignant pas de la comparer à César - rien de moins.

Cette femme remarquable agit aussi en matière religieuse et urbanistique. Elle fit transférer d'antiques reliques de sanctuaires anciens à des "burhs" nouveaux, tel celui de Gloucester, qui devait accueillir la dépouille du saint roi Oswald, martyr des païens, à qui l'on avait coupé la tête et les bras. Les Vikings tentèrent bien sûr de faire une descente sur Gloucester, mais en 910, ils subirent un revers sanglant à Tettenhall, y perdant plusieurs chefs de clans. Aethelflaed, sans intervenir directement et physiquement sur le lieu du combat, suivit et dirigea de loin les opérations.
Comme organisatrice, elle procéda à la création et à la fondation de villes nouvelles, comme Stafford, Hereford, Shrewsbury et Warwick et à la fortification de l'ancienne capitale, Tamworth.
Comme chef de guerre, elle eut encore le temps de prendre Leicester et de s'allier avec les Écossais, ce qui pouvait annoncer la conquête de York. Mais la mort surprit Aethelflaed le 12 juin 917. Elle n'eut pas d'héritier masculin, mais tenta de s'arranger pour que la noblesse de Mercie accueillît bien et soutînt celle qui devait normalement lui succéder, sa fille Aelfwynn. Mais l'oncle de cette dernière, Édouard, sans volonté de lui ravir la couronne, chercha tout de même à la faire poser sur la tête d'un autre membre de la famille et veilla à ce que la fille d'Aethelflaed allât finir ses jours dans un cloître. De sorte que ce fut le cousin de la souveraine défunte, Aethelstan qui fut reconnu comme roi des Anglais en 925.

Ce très bon livre nous conduit dans d'autres contrées, d'autres pays, et nous découvrons encore ou redécouvrons bien d'autres personnages étonnants, en traversant l'espace et le temps jusqu'au XIVème siècle.
L'ouvrage qui semblait long à démarrer et qui interroge aussi bien les sources écrites que les découvertes archéologiques acquiert en importance et en intérêt au fil de la lecture. Le travail de traduction, réalisé par Séverine Weiss est convaincant et réussi


François Sarindar-Fontaine
coup de coeur ! idé cadeau

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Note globale :

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