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Géographie du souvenir : Ancrages spatiaux des mémoires de la Shoah

Géographie du souvenir : Ancrages spatiaux des mémoires de la Shoah
L’Harmattan 240 pages
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Avis de Alexandre : "Des espaces mémoriels très construits"

Denis Peschanski  assure la préface de cet ouvrage, ce dernier est un historien de la période de la période du XXe siècle qui démarre en 1930 et se clôt en 1960. Il a eu un père, d’origine ukrainienne, militant communiste ancien des Brigades internationales en Espagne, s'étant engagé dans les rangs de la Résistance avant d'être déporté et une mère Dora Peschanski  juive polonaise  déportée à Ravensbrück. Denis Peschanski relève qu'autour de la Déportation le temps des petits musées locaux est passé et que les grands mémoriaux à vocation internationale sont à l’ordre du jour et que l’on doit prendre en compte les dynamiques cérébrales de la mémoire.  

Dominique Chevalier est une géographe enseignante à l’université Lyon I ; dans son premier chapitre elle écrit que « les musées et mémoriaux consacrés à la Shoah s’inscrivent dans des logiques spatiales multiples qui varient selon les focales classiques de l’analyse géographique : sites, situations, lieux, aires et réseaux, lesquels se trouvent travaillés par le processus de mondialisation, et des dynamiques à la fois morales, éducationnelles, économiques et touristiques » (page 20). Elle donne aussi dans cette partie des cartes où sont situés les édifices mémoriels en rapport avec la Shoah. La situation géographique se fait sans mention du nom de lieux, pour les connaître on renvoie au site www.memorial-museums.net. Notons que n’apparaît pas là le CERCIL d’Orléans qui garde en particulier la mémoire des enfants déportés du Vel d’hiv. Sont exclus de l’étude de Dominique Chevalier les anciens camps d’extermination où se pratiquait le génocide.  

United States Holocaust Memorial Museum

Le second chapitre retrace les origines de Yad Vashem en Israël et du Mémorial de la Shoah à Paris. Le troisième chapitre évoque les conséquences du procès Eichmann, de la Guerre des Six jours et de la Guerre du Kippour sur les Israéliens ; ces derniers rejetaient l’idée que les juifs puissent être victimes d’un massacre sur leur nouvel état jusqu’en 1973 (voyant les populations victimes du génocide comme des perdants alors que les Israéliens étaient des gagnants) alors qu’après ils sentirent la fragilité de leur réimplantation en Palestine. Ceci pèse sur la nouvelle orientation en 2005 de Yad Vashem où « le but n’est plus l’identification avec les Partisans, mais l’empathie avec les victimes » (page 52). Cette même année 2005 ouvre le Musée-mémorial de la Shoah à Paris.

Le quatrième chapitre évoque les différentes approches des populations et des états de RFA, RDA,  Pologne et Hongrie vis-à-vis de la Shoah en parlant de l’importance et de l’origine des populations juives sur les territoires respectifs de ces états (ainsi en RFA les juifs sont aujourd’hui pour la plupart issus de familles polonaises).

Holocaust Memorial San Francisco, The Holocaust de George Segal

Le cinquième chapitre présente les mémoriaux de nombreux autres pays dont celui récent de Shanghai en Chine puisqu’inauguré en 2014. C’est l’occasion à la fois d’expliquer le choix du lieu précis (à Paris dans le quartier du Marais qui regroupait l’essentiel de la population juive parisienne avant-guerre) et de préciser l’ancienneté de l’implantation et la provenance des israélites, ainsi au Canada à la population ashkénaze présente depuis 1760 est venu s’agglomérer un fort groupe de sépharades francophones à l’époque des années qui suivirent celles de la décolonisation des pays du Maghreb.

Les autres chapitres s’intéressent entre autre à l’architecture choisie (extérieure et intérieure) et à la notoriété des architectes à l’œuvre, aux parcours possibles pour accéder au site, à certains aspects de la muséographie et en particulier ce qui a une valeur symbolique, à une analyse quantitative et qualitative des visiteurs venant en touriste. Dans sa conclusion l’auteure souligne que ce ne sont pas les qualités des collections de ces institutions, hors des lieux où s’est pratiqué le génocide dans sa phase terminale, qui priment mais ce sont les choix muséographiques et architecturaux qui importent pour porter l’essentiel à savoir un message fort. On apprécie l’intérêt et la richesse des illustrations.    

Réservé aux spécialistes Quelques illustrations

Alexandre

Note globale :

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