Avis de Xirong : "Le soldat russe sait se sacrifier pour le tsar, Dieu et la sainte Russie (grand-duc Nicolas Nikolaëvitch)"
Le grand-père d’Arnaud de La Croix a combattu, au sein des forces belges, sur le front de l’Yser, un réduit tenu sous le commandement d’Albert Ier. Cet album, en noir et blanc, lui est dédié.
Cette BD entend couvrir le conflit sur tous les continents, ce qui n’a jamais été dans les albums se donnant comme objectif de conter la Grande Guerre de façon détaillé. Ainsi est-on particulièrement heureux de voir expliquer, sur deux pages, les raisons de la présence allemande en Chine et en une page la prise de la colonie germanique de Tsingtao par les Japonais (alliés de la France et du Royaume-Uni).
De même les batailles sur mer, fort loin de l’Europe, sont mises en scène. Peu de passionnés par le conflit savaient que, dans l’Océan Pacifique, l’escadre allemande, après avoir quitté Tsingtao et passé devant des îles de la Polynésie française, erre dans l’Océan Atlantique. C’est dans ce dernier espace qu’elle coule deux croiseurs britanniques au large du Chili, avant d’être coulée face aux îles Falkland. Relevons toutefois que deux secteurs d’opération sont négligés, à savoir l’Afrique (totalement absente) et les Balkans (à l’exception du bombardement de Belgrade fin juillet 1914 et l’Expédition des Dardanelles).
Le contenu propose vingt chapitres d’une douzaine de pages. Il est fort pertinent de démarrer par les rivalités impériales qui causent de multiples tensions entre les puissances qui entendent se partager des colonies. C’est aussi l’occasion d’évoquer la Guerre russo-japonaise en Mandchourie et au large de celle-ci. Une première carte de géographie historique apparaît page 13, comme d’autres plus loin elle est d’un vague qui tend vers les erreurs.
Les deux chapitres suivants permettent de mettre du sens derrière la situation en Russie, on y voit en particulier le rôle de Raspoutine (personnage dont on reparlera au chapitre 14), les Guerres balkaniques et l'Attentat de Sarajevo. Dans ce même chapitre est mis en scène la mort de Jean Jaurès. On s’étonnera pas à ce que le chapitre soit consacré à la violation de la neutralité belge. On poursuit logiquement, au chapitre suivant, avec la personnalité de l’infirmière anglaise Édith Clavell qui, à Bruxelles, prend en charge l’exfiltration de soldats alliés (sur le sol belge) vers les Pays-Bas (neutres durant la Première Guerre mondiale).
Le dix-huitième chapitre évoque tant la mort du tsar que les mutineries en Allemagne et l’abdication de “l’archiduc Charles”, qui évidemment ne s’appelle plus ainsi mais Charles Ier. L’impasse est faite malheureusement sur les succès alliés débouchant sur l’armistice avec la Bulgarie du 29 septembre 1918, autrement plus important en tant que déclencheur de la fin des hostilités que l’armistice avec l’Empire ottoman qui lui est signalé. Ce même chapitre se poursuit avec l'Armistice du 11 novembre et la signature du Traité de paix avec l’Allemagne.
On apprécie beaucoup que les conflits de l’immédiat après-guerre ayant lieu, soient développés en un chapitre entier à partir de l’Expédition de Fiume, menée par le poète italien d’Annunzio. Mussolini est évoqué, sans être représenté, il lâche d’Annunzio afin que ce dernier ne lui fasse pas de l’ombre. Ce dernier apparaissait largement déjà au onzième chapitre destiné notamment à montrer les conditions de l’entrée en guerre de l’Italie. Une case montrait alors Mussolini, présenté à raison comme et directeur au journal “Il Popolo d’Italia”. L’appel à la main d’oeuvre coloniale de diverses origines et aux troupes indigènes revient à quelques reprises. Une page entière est consacrée aux mutineries françaises du printemps 1917.
Beaucoup de lecteurs apprécieront que le dernier chapitre soit consacré à la guerre du soldat de première classe Adolf Hitler, qui n’a jamais été caporal. En Bavière, il montre des sympathies avec le mouvement révolutionnaire jusqu’à son écrasement. Devenu ensuite informateur d’agitateurs au sein de l’armée, il assiste en septembre, comme informateur, à une réunion d’un groupuscule d’extrême-droite. Ce Deutsche Arbeitpartei, Hitler le transformera en Parti national-socialiste des travailleurs allemands. On sait que son objectif était notamment d’effacer le contenu du Traité de Versailles et pour cela de démarrer une nouvelle guerre.
Voilà un ouvrage qui devrait être présent dans les CDI des collèges, où il serait en particulier destiné aux élèves de troisième qui ont la Première Guerre mondiale au programme.
Pour tous publics Beaucoup d'illustrations