Avis de Jean-Pierre : "Des régimes et mouvements européens s’opposant à l’exercice des libertés démocratiques"
Dans l’Entre-deux-guerres apparaissent, singulièrement par crainte du bolchévisme mais pas seulement car les conséquences de la crise économique de 1929 jouent un rôle capital, d’un côté des régimes autoritaires répressifs s’inspirant de modèles réactionnaires traditionnels et de l’autre des régimes fascistes avec des particularités les distinguant particulièrement des premiers.
Dans l’introduction est apportée une information primordiale : « Il y avait, cependant, une affaire de style que ne pouvaient pas ne pas voir les Européens de l’époque : l’héraldique fasciste et son fatras rituel, d’abord – les chemises, le salut romain, la volonté de se construire comme religion séculière, comme révolution politique et esthétique totale – ; le conflit des générations ensuite, car ce qui séparait les jeunes hommes des mouvements fascistes de leurs homologues conservateurs ou contre-révolutionnaires tenait souvent moins aux idées qu’à une génération d’écart. Et cette énergie juvénile faisait tout, car elle poussait l’espoir d’une tabula rasa à son paroxysme – y compris à l’égard des religions installées sur lesquelles s’appuyaient les conservateurs » (page 10).
Miklos Horthy ouvre le feu en Hongrie devenant le chef d’un État autoritaire en novembre 1919 (la terreur blanche sévissant durant l’été de cette même année), Mussolini met l’Italie dans les rails du fascisme deux ans plus tard. Vont basculer dans un camp ou dans l’autre la Yougoslavie en 1929 et l’Allemagne en 1933. On verra, comment à des dates variables, basculent des pays comme la Pologne, la Roumanie, la Lituanie, l’Estonie, la Lettonie, le Portugal et l’Espagne.
Dans certains de ces pays les rivalités entre dirigeants autoritaires et mouvements fascistes sont rudes, la répression des premiers s’installe contre les seconds dans un temps long avant que, profitant de la situation chaotique et de l’appui de l’Allemagne, ne triomphe le fascisme sur le conservatisme. Je n’ai pas trouvé de chapitre spécifique à la Bulgarie où pourtant le rôle d’Alexandre Tsankov, qui crée un parti de type national-socialiste (interdit en 1934), méritait d’être développé d’autant que la monarchie absolue est restaurée en 1935.
L’ouvrage s’intéresse également aux mouvements à objectif factieux qui prennent consistance dans des pays où le régime parlementaire se maintient au moins jusqu’à leur invasion en 1940 par l’armée allemande. Ainsi le contenu de cet ouvrage porte-t-il sur les mouvements d’extrême-droite qui fleurissent au Royaume-Uni, en France et dans les pays du Bénélux.
Les actions de Pierre Taittinger sont largement évoquées, elles sont complexes. En novembre 1931, ses Jeunesses patriotes, aux côtés de l’Action française et des Croix-de-feu, interrompent le Congrès du désarmement international tenu à l’initiative de Louise Weiss. En 1933, il déclare : « La Révolution, le Coup d’État dans la rue, c’est la boucherie certaine. Il serait criminel d’y penser ».
Pour l’hexagone, l’émeute du 6 février 1934 est revisitée. La sociologie des manifestants permet de pointer des personnes majoritairement non sympathisantes des ligues ; on a là des gens de milieux populaires sans être pour autant d’ailleurs issus évidemment de la classe ouvrière. Il est par ailleurs confirmé ici que les ligues ne profitent pas d’un apport significatif de militants suite aux journées de février 1934. Seuls les Croix-de-feu du colonel de La Roque, réprouvant l'activisme et l'opposition systématique au républicanisme, gagnent en effectif. On sait que la dissolution des ce mouvement débouche par la fondation, le 6 juillet 1936, du Partit social français.
On aurait aimé connaître la façon dont la Pologne traite ses minorités dans le cadre du régime autoritaire dont Piłsudski prit la tête après son coupe d’État de 1926, puis celui connu sous le nom de régime des colonels. La Pologne n’est pas étudiée ici mais les pays baltes le sont par contre. Au sujet de la Lettonie et de l’Estonie, il est dit que les deux dictatures mis en place « tout en construisant leur politique de nationalisation culturelle défendront toujours l’idée que les minorités, si elles respectent le nouveau cours, peuvent vivre librement et conserver toute leur place dans chacun des État ».
Parmi les nouveaux États créés, nous ferons remarquer le fait bien connu que la Tchécoslovaquie fut le seul à garder un régime parlementaire. Selon nous c’est parce que la partie la plus dynamique de ce pays (Bohême et Moravie) une certaine vie démocratique était présente avant 1914, du fait de l’appartenance de ces deux régions à l’Autriche. En effet, dans le cadre de l’Autriche-Hongrie, il y avait une grande différence entre les avancées démocratiques selon chacun des deux ensembles à avoir le même souverain.
On perçoit globalement les éléments qui, à partir de problèmes économiques, font basculer dans des régimes oppressifs ne répondant pas aux demandes sociales. Cet ouvrage étant conçu pour faciliter la préparation à l’agrégation d’histoire, chacun des chapitres ait suivi d’une intéressante bibliographie.
Pour connaisseurs Aucune illustration