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Les nouveaux immigrés, transclasses du sud

Les nouveaux immigrés, transclasses du sud
L'Harmattan188 pages
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Avis de Ernest : "Au sud, le diplôme n’est plus ce qu’il était et une nouvelle migration prend de l’ampleur"

Mehdi Ben Hadj Mabrouk est lui-même dans la situation du public qu’il décrit. En effet il est un ancien élève de l’ENS de Tunis, docteur en philosophie, il a enseigné à l’université de Sfax, et a émigré en France où il se penche sur la sociologie des migrations.

Les immigrés transclasses sont des immigrés possédant une qualification de niveau universitaire qui quittent leur pays après souvent y avoir exercé un emploi durant quelques années. Ils sont porteurs d’« idéaux de liberté individuelle, de démocratie même imparfaite, d’égalité des chances et de mobilité sociale, souvent associées à l’Occident (qui) peuvent séduire ceux qui vivent dans des systèmes politiques ou sociaux plus oppressifs ou offrant moins d’avenirs » (pages 11-12).

Aujourd’hui ce public est majoritairement féminin. Il se caractérise par une identité complexe. D’après l’auteur, certaines femmes, qui combattaient l’emprise du religieux dans leur société d’origine, se retrouvent en France à soutenir les femmes musulmanes portant le voile. En effet, elles voient là « un droit fondamental d’expression libre et parfaitement légitime de leur conviction religieuse » (page 31).

Hommes ou femmes sont partis chercher un emploi et un niveau de vie, leur pays leur refusait ou n’avait pas les moyens de leur offrir l’avenir qu’ils espéraient. Certes des personnes hautement qualifiées étaient déjà rentrées en Europe, mais elles avaient fui soit du fait d’un conflit ou une répression visant leur communauté soit en raison de leurs opinions politiques.

Certains avaient déjà une promesse d’emploi dans un organisme ou une entreprise. Fiers de leur intégration dans une nouvelle société, ils sont préoccupés cependant par le maintien de leur identité d’origine. Certains pensent qu’ils ont privé leur pays de leur compétence. Cette dernière aurait pu aider à développer ce dernier. « Ils se sentent coupables de s’être réduits à des marchandises mises à disposition du plus offrant » (page 44). Ces personnes vivent donc avec un sentiment de culpabilité.

L’éducation inspirée du modèle occidental ne garantit plus, comme aux lendemains et surlendemains de l’indépendance, une ascension sociale conséquente dans les pays du sud. Le sentiment de devoir se sacrifier pour la patrie n’a plus court. Localement pouvoir d’achat et conditions de travail sont totalement différents des deux côtés de la Méditerranée.

Pour certains l’idée d’émigrer devient une obsession. Cette idée de quitter son pays d’origine est perçue comme une désertion ou une déloyauté par les nationaux et l’État d’origine. Le potentiel émigré est amené à se trouver des justifications passant parfois par des dénonciations artificielles.

Mehdi Ben Hadj Mabrouk s’attaque au mythe du passage récent à une immigration choisie. En effet les États ont toujours donné une priorité aux étrangers autorisés à travailler en fonction des besoins de l’économie du pays. Il y avait besoin d’une certaine main d’oeuvre dans les usines des Trente Glorieuses. Celle-ci avait à effectuer des tâches répétitives. Ajoutons personnellement que dans les années 1920, l’arrivée des polonais catholiques s’est faite dans un secteur particulier, celui des mines.

Mehdi Ben Hadj Mabrouk pense démonter l’idée que l’immigré serait redevable à l’État de la formation qui lui a été offerte par celui-ci. Il évoque le fait que le transfert d’argent de l’immigré vers son pays d’origine est incomparablement supérieur au coût des enseignements qu’il a reçus. D’autre part les pays du sud ont un surplus de diplômés pour lesquels le pays d’origine s’avère impuissant de trouver un emploi correspondant à leurs qualifications.

Un chapitre est consacré aux difficultés rencontrées par l’immigré, même s’il est dans un pays où soit le français est langue nationale soit où cette langue est largement présente dans les médias et enseignée assez tôt dans la scolarité. Ces problèmes ,se centrent du point de vue du vocabulaire et des comportements. Par contre un usage réduit de la langue maternelle, sur plusieurs années, peut entraîner des troubles psychiques (page 110). Bien plus loin, il réfléchira sur les choix d’un large usage de la langue d’origine avec ses enfants et d’un prénom connoté culturellement.

Plus loin, notre auteur avance que toute opinion sur le système social du pays où l’étranger vit, est mal perçu par les natifs. Cela serait ressenti comme une insolence ou de la condescendance. Dans un autre chapitre, il écrit que la société d’accueil a plus d’exigence vis-à-vis des étrangers que de sa population inscrite dans des origines locales. « Ce qui distingue le national de l’étranger, c’est que le premier peut déroger à certaines règles de conduite, la loi va le sanctionner si ce qu’il a commis est répréhensible par la loi, mais il a le droit de ne pas être exemplaire dans sa conduite ; l’étranger, quant à lui, ne dispose pas de ce droit, de ce luxe, de ce privilège » (pages 137-138).

L’avant-dernier chapitre s’intéresse au cheminement vers la naturalisation. Il rappelle que depuis juillet 2024, la Préfecture oblige les étrangers, en demande d’autorisation de séjour, l’obligation de s’engager à respecter les principes de la République française. L’auteur juge infantilisante et empreinte d’islamophobie cette démarche. Il pense par ailleurs qu’une demande de naturalisation peut couper largement de sa communauté d’origine. Le dernier chapitre est consacrée aux vacances dans le pays d’origine où justement on peut (qu’il soit devenu français ou pas) lui faire percevoir qu’il n’appartient plus à l’univers culturel du pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour tous publics Aucune illustration

Ernest

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