Avis de Patricia : "Lucinde ! Ah beau nom à médicamenter ! (Le Médecin malgré lui)"
L’auteur analyse la représentation de la médecine dans les pièces de Molière. Le premier chapitre dresse les portraits des docteurs apparaissant dans l’œuvre de ce dernier. Ainsi avec Le Bourgeois gentilhomme, on voit que sont déjà présents Diafoirus père et fils plus Purgon. Outre l’érudition sans débouché concret est présente la prescription de saignée et de purge.
On les retrouve dans Le Malade imaginaire et ils sont accompagnés cette fois de l’apothicaire Fleurant. Est mis en avant là tant le désir de s’enrichir aux dépens du patient. le caractère intéressé que l’absence d’écoute de ce dernier ou le recours inlassablement répété aux mêmes prescriptions. Gontran Ondzotto évoque également les docteurs apparaissant dans L’Amour médecin, Le Médecin malgré lui et Monsieur de Pourceaugnac.
Le deuxième chapitre approfondit le dogmatisme des discours, ceux-ci s’appuyant sur les écrits de Galien et Hippocrate se traduisenr par un refus d’adaptation des remèdes au profit de prescriptions immuables. La mise en scène de la relation des personnages avec leur corps joue un rôle important dans le contenu des pièces.
Au troisième chapitre, Gontran Ondzotto analyse la nature de la satire moliéresque. On trouve là une forte « critique de l’enseignement scolastique et un plaidoyer pour l’observation et l’expérimentation ». Les médecins sont tellement remplis d’orgueil qu’ils passent facilement à l’arrogance.
Le chapitre suivant propose de faire le point sur les réelles connaissances en matière de médecine occidentale au XVIIe siècle. Des figures emblématiques de médecins de l’époque nous sont présentées. Les uns appartiennent au courant dogmatique alors que d’autres onr une approche expérimentale de leur art. Notons que l’esprit régnant à l’université de médecine de Paris est plutôt conservateur et celui de la faculté de Montpellier assez progressiste. Les métiers côtoyés par le peuple sont cités, on trouve là notamment les barbiers et les guérisseurs. Le fait que les pèlerinages soient également un recours est mentionné.
Au cinquième chapitre, Gontran Ondzotto creuse en quoi les propres maladies de Molière ont nourri l’inspiration de celui-ci. Les réactions des docteurs du XVIIe, face au discours tenu par Molière dans ses pièces, n’ont pas manqué et les découvrir est une grande première. Elles sont l’objet du sixième chapitre. Le chapitre suivant s’attaque à la relation entre le patient et le médecin dans ces œuvres.
Le huitième chapitre fait connaître les productions dans l’iconographie, la bande dessinée, le cinéma et le théâtre qui ont repris une vision caricaturale des docteurs. Le dernier chapitre a l’intelligence de s’intéresser aux maux de la médecine du XXIe siècle que ceux-ci soient produits à l’origine par les médecins et les patients. Est abordée là également la question de l’intérêt de la critique ironique de la médecine. « En démasquant le charlatanisme ou le dogmatisme par la dérision, on redonne à la science sa juste place : celle de la quête humaine, honnête et toujours en mouvement plutôt que celle d’un dogme intouchable ».
La conclusion est intitulée "Molière, un ausculteur de génie". On peut y lire « que la satire de Molière ne constitue en aucun cas un rejet de la science médicale en elle-même. Molière n’était pas un ennemi de de la connaissance, ni un partisan de l’ignorance. Ce qu’il fustigeait avec une acuité inégale, ce sont les travers profondément humains qui peuvent pervertir la plus noble des professions ».
Des enjeux tels que notamment l’éthique, le consentement, la communication et l’empathie restent contemporains et sont même largement ignorés, par mon expérience propre, d’un certain nombre de médecins actuels engoncés dans leur statut. Ce sont eux et les étudiants en médecine qui gagneraient le plus à la lecture de cet ouvrage, d’ailleurs au contenu encore plus riche que nous avons pu l’exposer. Malheureusement ils seront rares à le faire. Reste que tout patient prendra goût à prendre connaissance du contenu de ce titre.
Les annexes ne manquent pas d’intérêt: une bibliographie thématique d’une quinzaine de titres, un lexique de termes médicaux en usage à l’époque de Molière, une chronologie où se succèdent des faits en rapport avec la vie et les oeuvres de Molière et une liste explicative de grandes avancées médicales au XVIIe siècle. Notons que Gontran Ondzotto n'en est pas à son premier ouvrage et vu la qualité de celui ici présenté, on pourrait avoir envie de découvrir les autres.
coup de coeur !
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