Avis de Benjamin : "La présence des aumôniers demeure une singularité (…) qui nous invite à une réflexion continue sur le sens et la portée de notre modèle laïque"
L’auteure a soutenu en 1998 une thèse intitulée "La conciliation moderne des principes de laïcité de l’Etat et de liberté religieuse. Essai sur l’aumônerie républicaine". Depuis elle a rédigé, autour de la laïcité, de nombreux articles de revues ainsi que des chapitres d’ouvrage et des contributions à des colloques. Elle est maître de conférences en droit public à l’université de Lille.
L’ouvrage est sous-titré Entre principe de laïcité et droit fondamental. Dans son introduction, Pauline Vidal-Delplanque explique l’existence d’aumôniers au sein d’institutions de l’État par le fait que la loi de 1905 n’ignore pas le fait religieux mais entend n’en favoriser aucun et désire permettre une liberté religieuse.
Ce titre est divisé en deux grandes parties, la première dresse un tableau historique. Nommée "De l’aumônerie royale à l’aumônerie républicaine", elle comprend trois chapitres. Ce sont respectivement : Les fondements historiques de l’aumônerie, La loi de Séparation des Églises et de l’État, L’aumônerie républicaine, mariage de raison entre la laïcité de l’État et la liberté républicaine.
La seconde grande section est intitulée "Les aumôneries du XXe siècle", on y fait le tour des caractéristiques des aumôneries hospitalières, pénitentiaires, militaires et scolaires. Les autorités religieuses de chaque culte proposent à chaque administration spécifique les aumôniers locaux. Le cas des départements avec régime particulier (dont ceux avec maintien du Concordat) n’est pas exposé ici.
Le chapelain est l’ancêtre de l’aumônier, au départ la fonction est attachée à un souverain ou un seigneur. Des confréries se créent dès le XIIe siècle afin de venir en aide aux captifs chrétiens sur le territoire du royaume de France ou dans les états barbaresques.
Des textes gouvernementaux régissent la nomination d’aumôniers dans les prisons, l’armée et les lycées durant la période napoléonienne. Sous la Restauration et la Monarchie de juillet, la fonction d’aumônier continue à être réglementée et se développe considérablement.
Au début des années 1880, l’enseignement religieux disparaît dans l’enseignement primaire mais se maintient dans le secondaire où des aumôniers dans les lycées de garçons et un professeur de religion apparaît dans les établissements secondaires avec internat pour les filles.
En 1879 pour 35 millions de catholiques (sur 39 millions de Français métropolitains), on compte 55 000 prêtres, 30 000 religieux et 130 000 religieuses. La loi de Séparation est votée en décembre 1905 et le 12 février le pape Pie X la condamne en février 1906 rejetant définitivement les associations cultuelles six mois plus tard. Des amendements sont votés pour le maintien des aumôneries dans les écoles, hôpitaux, forces armées et prisons.
De la seconde partie, on retiendra que la loi du 3 mai 2017 fait obligation d’une formation pour les aumôniers hospitaliers, militaires et pénitentiaires qui doivent en conséquence suivre un DU sur la laïcité. Lorsqu’un hôpital possède anciennement un lieu dédié spécifiquement au culte catholique (comme une chapelle), il faut prévoir une salle polyvalente pour les autres religions. Si l’aumônier est salarié comme un agent public, il y a de nombreux bénévoles qui agissent au nom d’un culte précis. Les chambres sont considérées comme des lieux privés, même s’il s’agit d’une chambre double. Cela permet en particulier la présence d’un crucifix et une célébration religieuse.
Depuis sept cultes sont agréés pour intervenir en milieu pénitentiaire : catholique, protestant, juif, orthodoxe, musulman, bouddhiste et Témoins de Jéhovah. Des sœurs de Marie-Joseph et de la Miséricorde interviennent encore dans trois établissements pénitentiaires (Gradignan, Fleury-Mérogis et Rennes). L’aumônier pénitentiaire décide de la censure d’ouvrages religieux ayant transmis lors des parloirs. Rajoutons que le port de vêtements religieux est autorisé en cellule et dans les lieux de culte mais pas dans les parties communes. L’alimentation est adaptée dans la mesure du possible.
L’aumônerie militaire est réorganisée en 1880 et joue un rôle non négligeable lors de la Première Guerre mondiale. On signe un contrat d’engagement pour devenir aumônier militaire. L’aumônier scolaire existe depuis le Concordat, elle existe dans des établissements accueillant des internes mais n’est pas réservée aux seuls internes de ces établissements. En 1911 la commune vendéenne du Boupère se voit refuser la présence d’un aumônier Gradignan pour l’école primaire où elle est réclamée car elle ne compte que des externes.
Dans l’enseignement secondaire, il y a de nos jours possibilité d’instaurer une aumônerie si un nombre conséquent de parents en font la demande. On aurait aimé que nous fut citée la Circulaire no 88 -112 du 22 avril 1988 (voir https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf/circ?id=949) du ministre René Monory. Cette dernière, émise dans le but de favoriser le développement des aumôneries catholiques dans des établissements ne comptant aucun interne, n’a pas encore été utilisée par des parents musulmans. En 2012 on comptait 2 800 aumôneries catholiques et 6 protestantes.
Les dernières lignes sont : « Entre le nécessité de garantir la neutralité de l’État et l’impératif de respecter la liberté de conscience et le pluralisme des convictions, la présence des aumôniers demeure une singularité, un point de friction fertile qui nous invite à une réflexion continue sur le sens et la portée de notre modèle laïque » (page 148).
Pour connaisseurs