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Représenter, jouer jusqu’au dernier souffle XVIe-XXIe siècle. Ultime exhalaison

Représenter, jouer jusqu’au dernier souffle XVIe-XXIe siècle. Ultime exhalaison
Presses universitaires de Provence172 pages
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Avis de Adam Craponne : "Mourir sur scène"

On offre ici la publication des contributions produites pour la plupart les Vendredi 17 février et Samedi 18 février 2023 pour des journées d’étude s’étant tenues à l’université Paul Valéry de Montpellier.

L’introduction est évidemment signée par les deux coordonatrices de l’ouvrage. Elle démarre par un mot fameux de Sarah Bernhardt, d’ailleurs repris dans le récent film Eleonora Duse qui rend hommage à une grande comédienne italienne qui vivait également à cheval sur les XIXe et XXe siècle. La phrase en question, prononcée lors d’une répétition, est : « Si vous ne faites pas ce que je veux, j’arrête de mourir ». En effet cette dernière était très connue pour sa maîtrise à mettre en scène la mort de certains personnages qu’elle incarnait.

Cet ouvrage entend répondre aux questions suivantes : « Comment performe-t-on l’instant mortel en scène ? Comment donner, par cet ultime exhaltation qui marque le passage de vie à trépas, l’illusion de la mort ? Suffit-il d’une apnée pour donner le change et présenter au public une dépouille désormais inhabitée et le visage livide d’un cadavre ? Par quels artifices, quelles stratégies dramatiques, chorégraphiques, musicales et scéniques, les artistes donnent-ils à voir et à entendre l’instant fatal ? Doivent-ils feindre l’épuisement pour prolonger l’agonie ou au contraire s’entraîner à la spectaculaire chute (le fameux saut de la mort au cirque) ? Quels processus mettent-ils en œuvre pour provoquer un arrêt sur image au moment du dernier souffle, suspendant ou étirant l’instant de la mort pour en faire une acmé de leur jeu ? La représentation de la mort, enfin, permet-elle de nous approcher d’une vérité ontologique ? » (page 7).

On découvre ensuite la communication suivante : “Is this the promis’d end? : dramaturgies du dernier souffle chez Shakespeare” de Florence March (Université Paul-Valéry Montpellier 3). Celle-ci se clôt ainsi: « Shakespeare conjugue ces constantes à différents modes : épique, tragique, apocalyptique, burlesque, à travers différents états d’un même tgexte parfois, pour donner à appréhender ce passagede vie à trépas dont la fonction dramatique dans l’économie de la pièce varie selon le cas. Cet entre-deux quel qu’il soit, est le creuset d’un formidable imaginaire individuel et collectif de l’agonie, espace de créativité pour l’interprète comme pour le spectateur, à la vertu cathartique, qu’elle soit tragique ou comique » (page 28)

Le texte suivant est ” Mourir dans les tragédies de Voltaire ”, il est dû à Jennifer Ruimi (Université Paul-Valéry Montpellier 3). Vers la fin de ce texte, on peut lire : « S’il y a tant de morts dans le théâtre de Voltaire, et si celles-ci ne se réalisent jamais complétement, n’est-ce pas donc précisément une façon pour le dramaturge de conjurer cette mort qu’il redoutait tant ? » (page 39).

Gillaume Got (Université Paul-Valéry Montpellier 3) livre une réflexion sur la mise en scène de la mort au théâtre du Grand-Guignol. Ce dernier est une ancienne salle de spectacles parisienne qui était située 7 cité Chaptal ; elle exista de 1896 à 1963. Elle fut spécialisée dans les pièces mettant en scène des histoires macabres et sanguinolentes (voir https://www.youtube.com/watch?v=orxe7V1pP-o). Aujourd’hui les locaux sont occupés par l’International Visual Theatre, un lieu consacré à la culture sourde. La dernière phrase de cette communication est : « Dans la Grand Gugnol, au contraire, la violence est comme repassionnée en même temps qu’elle est moralisée » (page 57).

Sandrine Le Pors (Université Paul-Valéry Montpellier 3) propose le texte ”Novarina : mourir et renaître à chaque respiration”. Il est question là du théâtre de Valère Novarina ; ce dernier venait d’ailleurs juste de mourir au moment de la parution de ce livre. Il était né dans le canton de Genève en 1942. Notons que Nicolas Tremblay, dans sa thèse, écrivait : « L'action de ses textes - utopiques ou concrètement scéniques - se déroule sur un plateau épuré et presque libre de tout décor, où les personnages entrent et sortent gratuitement, sans que leur va-et-vient réponde d'une causalité (comme celle d'une mise-en-intrigue) ». Sandrine Le Pors expose l’idée que : « les scènes de mort, de suicide, ou de mise à mort de Valère Novarina, indublitablement des poèmes de vie, sont donc à mettre en perspectiveavec ce qui constitue, chez cet artiste, le drame respiratoire - drame qui aura occupé le coeur de cette contribution précisémentcar il tend vers ce que l’artiste appelle l’exercice du dernier souffle” » (page 68).

On arrive ensuite à Pénélope Dechaufour (Université Paul-Valéry Montpellier 3) pour la contribution ”Convoquer la mort dans la dramaturgie francophone d’Afrique subsharienne et des diasporas : un enjeu postcolonial ?” ». Celle-ci termine ainsi son écrit : « La mort, loin d’être une voie sans retour, s’éternise dans ce dernier souffle qui est l’objet de la quête des personnages, que ce dernier souffle leur soit refusé dans une ultime privation de liberté ou qu’il soit, au contraire, arraché des mains du bourreau dans un geste de résistance. L’ultime exhalaison est donc ce qui justifie l’existence d’un drame qui naît d’une forme de hantise que l’acte théâtral s’emploie à édifier comme une force sur laquelle les vivants peuvent s’appuyer pour atteindre le ressassissement collectif. Les situations dramatiques du trépas sont ici des poétiques du seuil qu’il faut interpréter comme des cérémonies ayant pour vocation, d’une part, la prise en charge d’une mémoire traumatique et, d’autre part, la mise en place des conditions pour pouvoir prendre un nouveau départ » (page 81).

”Jouer la mort quand on est gamin. Les Edward’s Boys et leur répertoire de la modernité. Dialogue avec le metteur en scène Perry Mills” prend donc la forme d’un interview, celui-ci se réalise entre Janice Valls-Russel (ingénieure de recherche à l’IRCL et spécialiste de la réception de l’Antiquité à la Renaissance anglaise) pour les questions et Perry Mills pour les réponses. Ce dernier est professeur de littérature anglaise à la King Edward VI School à Stratford-upon-Avon, mais aussi directeur artistique de la compagnie Edward’s Boys rattachée à cet établissement d’enseignement secondaire accueillant des élèves de 11 à 18 ans. Ces jeunes comédiens sont uniquement des garçons car l’objectif est d’explorer et de jouer un réprtoire écrit pour les compagnies de jeunes garçons de la première modernité. Parfois un garçon tient le rôle d’une fille. Plutôt dans le début de ce texte, on peut lire : « Jouer la mort, c’est répondre à des attentes sociales. La mort sur scène n’est représentée, ne peut s’exprimer, que par des actions et des éléments qui indiquent qu’un personnage est ”mort”, par exemple le costume, la gestuelle (ou l’absence de gestuelle!), l’attitude, les accessoires, le sang, le langage, l’expression vocale et, surtout, les réactions des autres personnages sur scène » (page 87).

” Des gestes mourants dans les arts vivants : Une réflexion à partir de la pièce Pavlova 3’23 de Mathilde Monnier ” est le texte présenté ici par Fernando Lopez Rodriguez (chorégraphe et rrtiste chercheur associé à l’université Paris 8 Vincennes). L’auteur parle notamment d’un geste de la danseuse taïwanaise I-Fang Lin que cette dernière effectue en référence à La Mort du cygne, action située dans l’oeuvre Pavlova 3’23. Selon Fernando Lopez Rodriguez, dans cette pièce, on dévoile l’impossibilité de représenter la mort.

Alix de Morant (Université Paul-Valéry Montpellier 3) livre quelques pages titrées ” Mourir plutôt deux fois qu’une ”. Il est question là du théâtre d’Angelica Liddell à travers la pièce Liebestod qui se traduit par Mort d’amour. L’atmosphère de scènes évoque la corrida « opposant la vulnérabilité de la chair sanguinolente et les effroi de la pensée à l’indifférence et à la froideur calculée des sociétés répressives » (page 132).

Enfin Patrick De Vos (Université de Tokyo) évoque le théâtre nô et le kakubi. Nombre de pages rapportent une discussion entre celui-ci et l’acteur Bandô Tamasaburô V. Sont évoqués là particulièrement Le Trésor des vassaux fidèles, Double Suicide à Amijima pris au filet du ciel de Chikamatsu, Yasuna et La Fille-héron. Dans cette contribution intitulée ” La mort se présent parfois au passé. Dialogue entre Patrick De vos et Bandô Tamasaburô, pur onnagata du kakubi ”, il est aussi question de La Mort du cygne. Bandô Tamasaburô V. parle notamment la dimension du bouddhisme, du chamanisme, de l’animalité et de « la verve hautement cynique de Tsuraya Namboku, qui prenait un malin plaisir à montrer tout un monde interlope, profondément corrompu, mais aussi à défaire les valeurs esthétiques, à gangrener la beauté, à la défigurer jusqu’à l’horrible, pour tendre vers un pathos de l’onnagata » (page 146). Rappelons que Tsuraya Namboku IV est au début du XIXe siècle le principal auteur du Kawarazaki-za un des principaux théâtre kabuki d’Edo (Tokyo de nos jours).

Pour connaisseurs Quelques illustrations

Adam Craponne

Note globale :

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