Avis de Benjamin : "Un homme de goût"
Dominique-Vivant Denon naît en 1747 à Chalon-sur-Saône, sous le règne de Louis XV et décède en 1825 à soixante-dix-huit ans alors que le souverain est Charles X. Il reste dans les mémoires pour avoir été, de 1802 à 1815, le premier directeur du musée du Louvre. Son grand-père a été anobli en prenant la charge de secrétaire conseiller du roi et correcteur en la chambre des comptes, aides et finances du comté de Bourgogne, à Dole. Emmanuel de Waresquiel donne d’autres précisions intéressantes sur la famille de Dominique-Vivant Denon, en particulier sur l’origine de la fortune qu’il hérite de son père et de son oncle.
Le père de Dominique-Vivant Denon est avocat et Dominique-Vivant Denon vient à Paris afin de faire des études de droit. En fait il renonce à la magistrature et se tourne vers les arts. Son premier écrit est une pièce de théâtre Julie, ou le Bon Père jouée à la Comédie-Française en 1769. Le second est un conte érotique, paru une première fois, anonymement, en 1777. Cependant c’est comme graveur qu’il est d’abord connu.
Son entrée au service du ministère des Affaires étrangères lui donne l’occasion, lors d’une mission en Suisse, de rencontrer Voltaire. Il voyage, pour ses fonctions, également en Italie et Russie. Il entretient donc de très bonnes relations avec le comte de Vergennes et le duc d’Aiguillon, ministres des Affaires étrangères. Jeanne du Barry, maîtresse de Louis XV, est sa protectrice. Autour de 1780, notre personnage devient franc-maçon.
Dans les années de la Révolution française, il réside à Venise et rentre à Paris en 1793 pour éviter la confiscation de ses biens. Il évite cela grâce à l’intervention du peintre David qui le fait rayer de la liste des émigrés. Emmanuel de Waresquiel nous informe que Vivant Denon connaît Fanny de Beauharnais depuis la fin des années 1770, cette dernière tient un salon. Cette dernière devient veuve de Claude Beauharnais, frère de François VI de Beauharnais lui-même oncle de l’époux de Joséphine Tascher de la Vigerie. Dominique-Vivant Denon entre donc par là avec le général Bonaparte qui le prend en 1798 pour son expédition en Égypte, afin de dessiner et de décrire les monuments de ce pays.
Là-bas il devient membre de l’Institut d’Égypte créé par Bonaparte. Il fait des croquis des principaux sites des batailles de Napoléon, des monuments pittoresques et des paysages remarquables. On sait qu’à son retour il est nommé directeur général du muséum central des arts installé au palais du Louvre. On verra comment il organise les collections enrichies par les pillages de Napoléon dans les pays occupés, certaines œuvres seront d’ailleurs rendues à leur pays d’origine après les Cent-Jours. Avec la Restauration, il n’est plus directeur de musée. Il avait constitué une collection personnelle qui est vendue aux enchères une année après sa mort.
Dans sa conclusion, Emmanuel de Waresquiel écrit : « Jacques de Norvins, qui l’a pourtant bien connu, met les points sur les i : "Les derniers moments du baron Dominique-Vivant Denon sont, comme l’ont été toutes les années de sa vie, une propriété publique. " Il se trompait. Les reflets d’un homme dans le miroir ne disent qu’à demi ce qu’il est. (…) Le sculpteur Cartellier, qui avait travaillé sous l’Empire aux bas-reliefs de l’arc du Carrousel, lui construit au Père-Lachaise une statue aussi froide que monumentale. On peut encore la voir aujourd’hui. Les épitaphes ont cette particularité de réduire les morts à des épures. Celle de Dominique-Vivant Denon tient en deux dates, 1747-1825, comme si sa vie avait été trop remplie pour pouvoir être racontée sur une pierre tombale. Comme s’il avait voulu emporter son secret avec lui. C’est le sort de ceux dont la vie est un conte et flotte entre les eaux de l’Histoire et de la légende. Il faut savoir en démêler les fils. »
Emmanuel de Waresquiel s’est donné, dans cet ouvrage, la tâche de démêler un certain nombre de clés de mystères (parfois créés et entretenus par le personnage) autour de son personnage. Ceci est fort bien exprimé à travers ces deux citations du début de l’ouvrage :
« Denon c’est Stendhal par l’ambition et le secret, par le charme peu commun d’un tempérament libre et hardi. Ils se ressemblent en plus d’un point. Tous les deux refusent de se marier à l’époque des alliances de famille, des calculs et des intérêts qui faisaient dire à Chamfort que le mariage était « une indécence convenue ». Tous les deux cultivent un égotisme d’entomologiste maniaque et fiévreux. Ils détestent tous les deux l’humidité, le froid et l’ennui ».
« Je découvrais un jour un être précis, pugnace, méthodique, ayant le goût du pouvoir et du commandement ; le lendemain, un Figaro de comédie, bateleur, espiègle et facétieux jusqu’au mensonge ; le jour d’après, un tendre, un sentimental, élégiaque et sensible. Denon est de ceux qui pratiquent avec grâce l’art du camouflage, de ceux qui cachent leurs fragilités par un mot d’esprit et se rassurent par les voies du mouvement et de l’ambition. Un fils des Lumières, de la nature et de la raison, sceptique et franc-maçon, devenu romantique par effraction. Il n’a cessé de se raconter en mille personnages divers : en libertin, en diplomate, en voyageur encyclopédique, en moraliste, en aventurier, en soldat, en collectionneur boulimique, en archéologue, en savant, en administrateur des arts jusqu’à devenir le propagandiste enthousiaste de la gloire de Bonaparte, qui, devenu Napoléon, fera sa fortune, et partant sa propre gloire. »
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