Avis de Octave : "Un grand nombre de femmes de la fin du XIXe siècle se sont exprimées dans la presse anarchiste"
En fait la période étudiée est limitée dans le temps, comme l’explicite le sous-titre Les femmes de lettres dans la presse anarchiste française (1885-1905). La date de départ légèrement postérieure à l’année de naissance de la presse anarchiste en France, avec la fondation en 1882 du journal lyonnais Le Droit social.
Si bien entendu on s’attendait à voir évoquées des femmes comme Louise Michel, on découvre une flopée d’autres noms dans un univers journalistique libertaire où l’Histoire a retenu essentiellement des hommes comme Jean Grave, Kropotkine ou Charles Malato (d’ailleurs tous trois signataires du Manifeste des seize, durant la Première Guerre mondiale). Notons que tant Marie Krysinska, Séverine, Alexandra David-Néel ou Séverine (née Caroline Rémy) n’ont pas donné la majorité de leur production littéraire à la presse libertaire.
Parmi les journalistes essentiellement anarchistes, on relève notamment, pour les plus prolixes, les noms de Madeleine Barbet, Marie Salel, Marie Huot, Mary Huchet, Mariette Soubert, Anna Mahé (compagne d’Albert Libertad), Jeanne Marni et Émilie Lamotte (qui fut la première compagne d'André Lorulot). Certains textes sont écrits avec des pseudonymes non identifiés comme Aurore, Marie L., et M.-G. Louise. La recherche de Marie-Pier Tardiff a porté sur les journaux La Révolte, La Plume, L’Endehors, Le Libertaire, L’Humanité nouvelle et la Revue Blanche.
Marie-Pier Tardif a abouti à la découverte de six cents articles. Les pratiques féminines d’écriture se référant à idéologie libertaire couvrent le plus large panel : la lettre ouverte, l’article journalistique, le feuilleton romanesque, la nouvelle, le conte, la poésie, l’autobiographie et la critique littéraire.
Les thèses que ces femmes défendent ne se limitent pas aux idées libertaires, elles peuvent prôner également, selon certaines, le néomalthusianisme (comme Marie Huot), l’amour libre (telle Marie Huchet), une pédagogie non-directive avant l’heure (pour les institutrices Anna Mahé et Émilie Lamotte), l’abstinence en matière d’alcool et de tabac (avec Émilie Lamotte), le végétarisme (de nouveau Marie Hulot). L’anticléricalisme est une opinion largement partagée chez elles.
À la Belle Époque où le métier de journaliste n’est pas encore professionnalisé, produire une presse militante bon marché est possible et la maîtrise de la lecture a beaucoup progressé chez les Français. L'auteure Marie-Pier Tardif avance que « les périodiques anarchistes apparaissent comme des lieux de réflexion et d’échange qui mettent en place une communauté d’auteurs et de lecteurs. Ils partagent de surcroît un intérêt commun pour les débats littéraires en créant des espaces critiques, notamment des chroniques, qui accordent un sens aux pratiques et aux discours libertaires ».
Dans son introduction, Marie-Pier Tardif précise qu’ouvrir une place aux femmes dans l’histoire de l’anarchisme « doit s’accompagner d’une remise en question plus globale des paramètres historiographiques pour éviter le double écueil d’une histoire idéalisée des femmes, en tant que grandes héroïnes rejetées par une historiographie ouvertement sexiste, et d’une histoire mixte dépolitisée où les rapports entre hommes et femmes seraient présentés de manière tout à fait harmonieuse. »
Notons que l'image d'illustration de l'ouvrage est du caricaturiste Maurice Radiguet, père de Raymond Radiguet auteur du Diable au corps.
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