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Au commencement de l’école républicaine: Jules Ferry et les francs-maçons

Au commencement de l’école républicaine:  Jules Ferry et les francs-maçons
Bord de l’eau240 pages
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Avis de Benjamin : "La franc-maçonnerie entend faire échapper l’instruction publique de l’influence cléricale"

L'ouvrage est une version allégée de la thèse de Jean-Paul Delahaye. Celle-ci se nomme La Franc-Maçonnerie et l'Instruction publique de 1861 à 1882, elle a été soutenue en 2003, sous la direction de Claude Lelièvre, Est étudié ici le rôle du seul Grand Orient (ayant largement le plus de frères) et pas des autres obédiences.

 

Ce livre démarre avec une introduction, l’auteur précise à ce propos qu’il traitera du « contexte dans lequel ont été préparées sous le Second Empire, puis mises en œuvre de 1879 à 1882, les grandes lois républicaines relatives à l’instruction primaire gratuite, laïque et obligatoire ». L’objectif est de savoir « si les francs-maçons avaient un programme pour l’instruction des enfants et (...) si les hommes politiques francs-maçons ont mis en œuvre des idées nées ou débattues dans les loges maçonniques, ou utilisé le réseau des loges pour accompagner et soutenir leur action ». L’Église catholique en était persuadée et faisait d’ailleurs de cette certitude un angle d’attaque pour combattre les réformes scolaires porteuses de l’esprit de laïcité.

 

Cette introduction est suivie d’un glossaire avec une présentation d’environ vingt mots utilisés, avec un sens particulier, par les francs-maçons. On trouve là notamment "Livre d’architecture" qui désigne un registre sur lequel le secrétaire de la loge consigne le compte rendu des travaux de la loge ou "Planche" évoquant un texte maçonnique officiel (feuille de convocation ou invitation), mais aussi un travail (discours, conférence) effectué par un franc-maçon devant les frères de sa loge.

 

Le premier chapitre se nomme "Question scolaire et renouveau de l’activité maçonnique". Avec le soutien de Napoléon III à l’unité italienne, l’Église mécontente du sort fait aux États du pape devient une opposante à l’Empire. D’ailleurs la liberté de l’enseignement supérieur (c’est-à-dire la création d’universités catholiques) contenu dans la loi Falloux, votée à la fin de la Seconde République, n’aboutit pas sous le Second Empire. Le soutien gouvernemental aux congrégations enseignantes s’étiole.

 

Le ministre de l’Instruction publique Victor Duruy, dans la seconde partie du règne de Napoléon III, développe les écoles laïques pour les jeunes filles. Avec notamment l’augmentation de leur traitement, il compte faire des instituteurs, avec un peu de pression, des agents électoraux. Dans le même temps, la franc-maçonnerie est moins muselée et bénéficie même parfois d’un soutien dans son développement.

 

Ceci facilite l’adhésion de républicains au Grand Orient et on vit bien ultériurement la loge « La Justice » recevoir régulièrement les chefs du parti républicain au moment de la crise du 16 mai 1877. Une décision du Grand Orient a facilité l’entrée en maçonnerie de certains républicains, alors rebuté par la référence au Grand Architecte comprise comme la personne de Dieu.Frédéric Desmons, pasteur libéral originaire du Gard, porta l’idée de la suppression des références à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme, la mesure est prise en 1877. Frédéric Desmons fut par la suite parlementaire radical du Gard de 1881 à 1909. L’Église dès lors va combattre la franc-maçonnerie et la période de l’Ordre moral voit les autorités publiques tenter de contrôler celle-ci. Les républicains s’emparent des leviers du pouvoir à partir de 1879 et un certain nombre de francs-maçons sont des parlementaires de la nouvelle majorité.

 

Le second chapitre est intitulé "L’évolution du recrutement des loges". Non seulement on a un afflux d’adhésion, mais nombre d’anciens maçons plus conservateurs cessent leur affiliation. Les opportunistes laïques, comme Jules Ferry, font même face de plus en plus, au début de la IIIe République, à des libres-penseurs. La majorité des membres appartiennent à la petite et moyenne bourgeoisie. Les instituteurs sont présents de façon exceptionnelle car la cotisation est assez importante, vu leur revenu.

 

Le titre du chapitre suivant est "Les méthodes de travail et les moyens d’influence de la franc-maçonnerie". « La règle de discrétion sur les questions politiques et religieuses est peu appliquée ». "L’enseignement, un sujet qui mobilise les francs-maçons" est le sujet du quatrième chapitre. C’est un thème sociétal sans être pour autant directement politique. Les idées avancées par le positivisme et le spiritualisme portent les discussions. « Ce que retiennent les francs-maçons de la doctrine positiviste, c’est tout d’abord l’idée que l’ordre est la condition essentielle du progrès, et que cet ordre n’est possible que si le peuple est suffisamment instruit pour pouvoir comprendre la complexité du monde et trouver la place qui lui revient dans l’ordre des choses. L’instruction est pensée par eux comme une absolue nécessité pour préserver le corps social et empêcher le désordre ». D'après eux, c’est l’ignorance qui permet à l’Église catholique d’asseoir sa puissance.

 

La connaissance de la doctrine pour conduire l’action des francs-maçons en matière de développement de l’enseignement est développée dans le cinquième chapitre nommé "Les questions qui font globalement consensus dans les loges". Les francs-maçons sont d’accord sur la gratuité et l’obligation de l’instruction primaire. Le projet de Jules Simon (devenu franc-maçon, dans la loge le Réveil de Boulogne-sur- Seine, deux mois avant la chute du Second Empire) allant dans ce sens avait été rejeté par les députés monarchistes en 1871.

 

Pour celui-ci « l’instruction […] est la plus grande force des peuples modernes et la plus puissante barrière contre les mauvaises passions ». Cependant, en tant que spiritualiste, il conçoit une morale qui fasse référence à l’existence de Dieu. En opposition avec le clergé, la franc-maçonnerie demande également la laïcisation des enseignants à une époque où les congréganistes se sont vus confiés la charge de nombreuses écoles communales. La séparation de l’Église et de l’État est souhaitée depuis 1864 au Grand Orient en réaction à la publication du Syllabus. « L’idée que l’École doit préparer les citoyens à devenir des patriotes, soucieux de participer à la revanche, apparaît dans de nombreuses déclarations maçonniques de l’époque », doit-on ajouter. Cela débouchera d’ailleurs sur les bataillons scolaires.

 

Le sixième chapitre est baptisé "Les questions sources de débats et de désaccords dans les loges". Il est question là de la place à accorder ou ne pas accorder à Dieu dans la morale enseignée à l’école. Certains francs-maçons cherchent donc à mettre en forme une morale indépendante de la religion. Le philosophe Alexandre Massol est le principal artisan de l’élaboration de cette dernière. Sa confortable élection au Conseil de l’Ordre au Convent de 1871 marque la poussée des laïques intransigeants. Les obsèques civils de Massol en 1875 se transforment en une manifestation contre l’Ordre moral.

 

Une loge exprime une opinion précise en la matière, à savoir révéler: « la dignité de l’homme, ses droits, ses devoirs, la règle du bien et du mal ; que des nobles accents ravivent au fond des âmes l’amour du juste, du beau, du grand, et le culte de l’honneur ; que des instituteurs d’élite, glorifiant l’homme de bien, exaltent sa félicité et fassent craindre le supplice du remords ; qu’ils mettent au plus haut prix, après les satisfactions de la conscience, les témoignages de sympathie et d’estime publique ; qu’enfin ces honorables maîtres, indiquant la marche ascendante de l’humanité, annoncent les heureux destins et la gloire qui l’attendent sous le règne souverain de la justice et de la vérité ».

 

L’idée d’un laïcisme de combat contre la religion fait des émules, en particulier dans l’ouest du pays. Aussi se pose la question du choix entre la liberté de l’enseignement ou le monopole de l’État et les avis sont très partagés en la matière au tout début de la IIIe République. La question de l’unité de l’enseignement laïque divise aussi, persisteront ainsi parfois jusqu’aux environs de 1970 (comme à Cholet), des classes primaires dans les lycées. Le contenu fait aussi débat, certains frères réclamant un enseignement moins abstrait, une méthode plus expérimentale et un objectif d’émancipation intellectuelle.

 

Le chapitre suivant expose la question controversée du niveau d’instruction à donner aux jeunes filles, ceci est en lien avec la place que l’on conçoit pour la femme dans la société et le rôle d’éducatrice qu’on lui assigne. Dégager le sexe féminin d’une influence cléricale alors assez globalement pesante est l’objectif commun à tous.

 

Avec le huitième chapitre "La fondation de cours et d’écoles", on accède à la seconde partie appelée "Une philanthropie au service de l’instruction". L’action des francs-maçons dans le mouvement général d’ouverture des cours d’adultes est abordée. Sous le Second Empire, l’ouverture de ces classes du soir est une initiative privée. Les loges sont à l’initiative d’un grand nombre, cependant peu de personnes suivent régulièrement ces cours, vu la longueur de la journée de travail. Par ailleurs des cours ont lieu dans les locaux du Grand Orient, rue Cadet. En province, à la toute fin du Second Empire, il y a quelques initiatives temporaires du même type dans les temples. Quelques écoles privées laïques sont ouvertes comme à Nantes ou Marseille. La guerre de 1870 et la période de l’Ordre moral viennent clore la plupart de ces expériences.

 

Le chapitre suivant est consacré à la création de bibliothèques pour séparer le Livre et l’Église. En 1859, le ministre de l’Instruction publique décide d’encourager la création de bibliothèques communales. Les maçons s’investissent dans les ouvertures et la gestion de celles-ci. Ils publient des listes d’ouvrages qu’ils recommandent à l’acquisition. Les productions d’Hetzel sont régulièrement valorisées que ce soit les livres ou le périodique Magasin d’Éducation et de Récréation.

 

Le dixième chapitre se penche sur la distribution de prix pour encourager une meilleure fréquentation scolaire et le succès scolaire. "Le soutien à d’autres associations" est le titre du onzième chapitre. L’aide financière la plus conséquente va à la Ligue de l’enseignement dont le fondateur Jean Macé est lui-même franc-maçon.

 

La troisième partie est baptisée "L’intervention des francs-maçons dans le débat politique". On démarre avec un douzième chapitre ayant pour nom "De la prudence à l’engagement, l’adaptation au régime en place". La franc-maçonnerie avait été très contrôlée sous le Second Empire et à partir de 1872 elle se prononce ouvertement pour une République. Progressivement l’opinion majoritaire des frères verra une diminution de la pensée opportuniste pour le radicalisme.

 

Le treizième chapitre s’intéresse à la présence de députés et sénateurs dans les loges, celle-ci est conséquente et des noms sont cités comme Jules Viette député du Doubs. Ce dernier rend hommage aux frères qui l'ont aidé à être élu, apportant leur concours à la lutte contre les représentants du passé. En effet en 1871, la majorité des députés élus de ce département étaient des monarchistes et certains avaient été déjà députés sous le Second Empire.

 

L’auteur expose dans le chapitre suivant que la réalisation du programme républicain se fit sous la pression des loges. Jean-Paul Delahaye explicite ici notamment les relations, pas toujours apaisées, qu’entretiennent la majorité des francs-maçons avec leurs frères Jules Simon et Jules Ferry en tant que ministres de l’Instruction publique. Les idées développées par ces frères, dans le sixième chapitre, ne sont que partiellement concrétisées par des mesures gouvernementales.

 

Le quinzième chapitre permet d’approcher le rôle des députés francs-maçons au parlement pour faire avancer, en matière d’instruction publique, les désirs des loges. Resort en particulier l’action de Désiré Barodet, fils d’instituteur et lui-même instituteur en Saône-et-Loire.

 

Le seizième chapitre évoque le poids politique des francs-maçons. Ceci permet de découvrir plus particulièrement la personnalité d’Alfred Rambaud natif de Besançon. Cet historien fut chois par Jules Ferry comme son directeur de cabinet à l’Instruction publique et il fut lui-même ministre de l’Instruction publique du 29 avril 1896 au 29 juin 1898. Il est devenu par ailleurs franc-maçon en 1881 et deux ans plus tard il devient un des fondateurs du journal Le Petit Comtois. Selon Jean-Paul Delahaye, au parlement on compte en 1879, un nombre de 72 députés et 17 sénateurs ayant été francs-maçons. Le doute réside dans le fait de savoir s’ils le sont encore ou ne le sont plus. Au total les parlementaires des loges sont bien plus actifs dans les débats que la moyenne des parlementaires et ils prennent très souvent la parole dans les débats concernant la laïcité et l’instruction publique.

 

Le dix-septième chapitre est intitulé "L’attitude des députés et des sénateurs francs-maçons dans les premiers débats législatifs". On parle là de l’opinion des parlementaires des loges sur les projets de Jules Ferry. Globalement ces derniers veulent aller plus vite et plus loin dans ce que présente le député des Vosges. Désiré Barodet se montre très actif dans ce domaine. On découvre que sur le projet de loi supprimant les privilèges accordés, durant la période d’Ordre moral, aux établissements catholiques de l’enseignement supérieur, les parlementaires francs-maçons interviennent encore plus que d’habitude. Il est question là notamment de la collation des grades, et de l’attribution aux seuls établissements de l’État des noms de faculté et d’université. Relevons qu’au cours de cette discussion, le député vendéen Baudry d’Asson dépose un amendement qui se propose d’exclure de l’administration et de l’enseignement tout affilié à la maçonnerie.

 

Le dernier chapitre est dénommé "Les parlementaires francs-maçons et le triptyque gratuité, laïcité et obligation". On rapporte là les échanges d’arguments et parfois de diatribes entre les partisans de ces trois principes (très souvent francs-maçons) et leurs adversaires.

 

Dans sa conclusion, Jean-Paul Delahaye rappelle que, sous le Second Empire, le régime a encouragé la franc-maçonnerie à engager une action philanthropique en faveur de l’École. Au début de la IIIe République, les loges ont pensé l’instruction gratuite, laïque et obligatoire et aidé à sa réalisation. Certaines questions soulevées n’ont pas fait consensus dans celles-ci aussi il y a eu des ruptures avec notamment le départ de Jules Simon en 1880 et la démission du Conseil de l’Ordre de Charles Cousin en 1885. La franc-maçonnerie n’a pu tenir un discours homogène, divisée principalement autour de la liberté d’enseignement, sur le rythme de la laïcisation ainsi que par rapport au contenu de la morale à enseigner et marginalement sur les méthodes d’enseignement ainsi qu'autour de l’existence de deux systèmes parallèles d’enseignement (le lycée avec ses classes pour des élèves de début de scolarisation et l’école communale d’où on sort difficilement pour pouvoir accéder aux classes supérieures du lycée menant au baccalauréat).

 

 

 

 

 

coup de coeur !

Pour connaisseurs Aucune illustration

Benjamin

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